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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:34

Le 18 mars 2010, Simone Veil a rejoint l'Académie Française, prenant le fauteuil nº13 que Racine avait occupé le premier. Ce n'est qu'en 1980 que les académiciens ont pour la première fois élu une femme : Marguerite Yourcenar. Elle resta la seule élue jusqu'à sa mort en 1987. Ensuite furent élues : Jacqueline de Romilly, helléniste en 1988, Hélène Carrère-d'Encausse, historienne en 1990, Françoise Delay, écrivain en 2000, Assia Djebar, écrivain en 2005.

 

Il est remarquable de noter que Jacqueline de Romilly a été aussi la première élue au Collège de France ! Ainsi les assemblées les plus masculines s'ouvrent peu à peu. On peut regretter qu'elles se soient pendant si longtemps refusées à accorder une place à la moitié de l'humanité. Mais on peut aussi se réjouir de l'évolution en cours et encourager sa poursuite, surtout en l'absence de quota, simplement par décision des assemblées elles-mêmes.

 

Et encourageons les académiciens et les autres à continuer dans cette voie. Cela ne fera qu'augmenter la diversité et la richesse de leurs débats et de leurs travaux.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 20:04

 

La perte récente du marché des quatre centrales nucléaires pour les Emirats Arabes Unis a retenti comme une catastrophe inattendue parmi les médias français et les porte-paroles des différents acteurs.

 

Pourtant, le Président de la République et les politiques en général manifestent une ferme volonté de stopper le déclin de l'industrie française et de la faire croître. Les domaines prioritaires devraient logiquement être ceux où l'industrie française détient une expérience et un savoir-faire supérieurs. L'industrie nucléaire en est incontestablement un.

 

Mais le problème rencontré par le consortium Areva-GDFSuez-EDF & Co aux Emirats augure mal de l'avenir. Ne sommes-nous pas face au même syndrome qui a atteint le Rafale et d'autres bijoux conçus à la demande et sur spécifications des donneurs d'ordre franco-français sans s'intéresser aux données du marché mondial et notamment à la stratégie et à l'offre des concurrents ?

 

Un article de Business Week du 2 mars 2010 nous apprend ainsi que l'équivalent sud coréen d'Areva, Doosan Heavy Industries & Construction, a déjà gagné les appels d'offres aux Etats Unis pour six réacteurs nucléaires et une douzaine de générateurs de vapeur que Westinghouse va employer pour construire six centrales nucléaires. Ces projets vont bénéficier de la garantie de l'Etat américain annoncée le 16 février par Barack Obama pour les programmes nucléaires. Et pendant ce temps que font Areva et EDF sur le marché américain qui paraît vraiment redémarrer ?

 

Il y a quelques semaines, le président coréen Lee Myung Bak a déclaré que la Corée était devenu le pays le plus compétitif sur le gigantesque marché nucléaire. Il apparaît que cette affirmation vient d'être confirmée par ce qui s'est produit aux Emirats.

 

La compagnie d'électricité sud-coréenne Kepco, s'appuyant sur une expérience de la construction de plusieurs dizaines de centrales en Corée et sur un réseau de fournisseurs comprenant notamment Doosan, Hyundaï et Samsung, a conçu un réacteur l'AP1400 dont le coût par kW installé serait de $2 300, 20% moins cher que les équivalents français et japonais. Les coréens ont annoncé qu'ils visaient la vente de 80 centrales nucléaires d'ici 2030 aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Quelle va être la réponse des spécialistes français ?

 

L'État français est actionnaire à 100% d'Areva et de 85% d'EDF. Il est donc bien placé pour en contrôler la stratégie et mener une politique industrielle qui permette le développement de la filière nucléaire à l'international. Sauf que depuis quelques années, les difficultés s'amoncèlent. Les premières centrales construites en Chine par EDF n'ont pas eu de suite car les chinois se débrouillent maintenant tout seuls. L'affaire finlandaise d'Olkiluoto est un fiasco. Manifestement le contrôle de l'Etat n'est pas la solution.

 

Tous, industriels, politiciens, syndicats, médias et public français, devraient bien s'imprégner de ce que signifie le mot « compétitivité » et l'appliquer. C'est un mot que les allemands et les coréens connaissent bien et savent mettre en oeuvre. Notamment les accords de modération salariale signés récemment par IG Metal sont au nom de cet impératif incontournable pour gagner des marchés et conserver des clients. A l'Etat et à notre Président de se focaliser sur cette unique objectif : compétitivité, et de tout faire pour permettre à nos entreprises d'être plus compétitives. On note cependant que, dans le compte-rendu du journal Les Echos de l'intervention du Président de la République de jeudi 5 mars sur la politique industrielle, il n'est rapporté le mot compétitivité qu'une seule fois dans l'expression « pôle de compétitivité », ce qui n'est guère une nouveauté et n'a pas vraiment fait ses preuves en termes justement d'amélioration de la compétitivité. Il y a donc beaucoup de chemin à faire pour que ce mot pénètre la conscience de tous.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 16:12

A une époque où il est généralement convenu que les ressources en combustibles fossiles sont limitées et que l'on a très probablement dépassé le pic de production de pétrole, l'arrivée du gaz naturel dit « non conventionnel » sur le marché apparaît presque comme une provocation. C'est sans doute pourquoi l'on en parle si peu ou pas du tout (en France du moins), sauf bien sûr dans les milieux pétroliers et gaziers.

 

Avec le gaz non conventionnel, on assiste, grâce au progrès technique notamment dans le domaine de l'exploitation des gisements de gaz, à un saut quantitatif très important en termes de ressources disponibles de gaz naturel. L'industrialisation de deux techniques nouvelles : le forage horizontal et surtout la fracturation hydraulique des formations de schistes, a rendu économique leur mise en oeuvre au niveau actuel du prix du gaz naturel et a ainsi permis de réaliser une percée exceptionnelle. Le gaz piégé dans ces roches étanches est devenu accessible. Avec la mise en exploitation rapide de ces nouveaux gisements, les Etats-Unis sont devenus en 2009 le premier producteur mondial de gaz naturel. Les prix du gaz se sont mis à baisser, se déconnectant de l'indexation sur le prix du pétrole. Les experts américains et le Département de l'Energie estiment que les réserves prouvées ont augmenté de 40% en deux ans. La consommation actuelle de gaz naturel aux Etats-Unis étant de 740 milliards m3, les ressources qui sont évaluées maintenant à 65 000 milliards de m3, correspondent à 90 ans de production. De nombreux autres pays qui possèdent des gisements similaires et notamment la Chine, vont suivre.

 

Au delà du gaz de schistes, il est aussi envisagé l'exploitation du gaz présent dans les mines de charbon (le grisou) et de celui qui est piégé dans les sables et carbonates. Le pétrole est aussi concerné : avec un prix du baril de pétrole stabilisé autour de $70-80, la mise en oeuvre d'autres techniques telles que l'injection de vapeur dans les anciens puits devient économique ; ces puits retrouvent alors une nouvelle jeunesse. C'est ainsi que Business Week cite le champ de Kern River en Californie qui produit depuis 1899. En 1942, on estimait son potentiel à 54 millions de barils. Entre 1942 et 1995, il en a produit 736 millions et on pensait alors que le potentiel restant était de 970 millions de barils. En novembre 2007, la production cumulée avait atteint 2 milliards de barils et aujourd'hui, on estime le potentiel du champ à 480 millions de barils.

 

D'autres techniques dont l'objectif est généralement de diminuer la viscosité du pétrole brut, sont maintenant couramment utilisées ou en cours de développement : l'injection de gaz carbonique, d'azote, d'agents chimiques et même de micro organismes. Actuellement seulement 35% du pétrole présent dans les gisements peut être récupéré : il y a donc une marge considérable d'amélioration.

 

Comme pour toutes les ressources naturelles, la conjonction du progrès technique et d'un prix plus élevé rend possible l'accès à des gisements nouveaux. L'évaluation des ressources disponibles publiée par les organismes officiels, tient toujours compte du prix actuel, de l'état des techniques et bien sûr de l'inventaire actuel des gisements. Il est certain que ces données publiées par les organismes comme l'U.S. Geological Survey, n'ont rien à voir avec les projections que des acteurs tels que les compagnies pétrolières utilisent pour leur planification stratégique.

 

A l'évidence, en augmentant, les prix vont permettre de poursuivre les investissements en R&D, le progrès technique va se poursuivre et les ressources disponibles en gaz et en pétrole vont continuer à croître ; les promoteurs des énergies alternatives qui annoncent la fin du pétrole et du gaz pour demain, doivent en tenir compte au risque de perdre leur crédit. 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:53

Le grand public a découvert les hedge funds en 1992 lorsque George Soros, estimant que l'Angleterre en récession ne pourrait supporter les contraintes du système monétaire européen (SME, le prédécesseur de l'€), a vendu à découvert 10 milliards de livres sterling et a obligé la Banque d'Angleterre à sortir du SME. Depuis les hedge funds continuent de faire parler d'eux, sans que l'on en sache grand chose.

 

On peut définir les hedge funds comme des fonds d'investissement non cotés recherchant une diversification du risque par rapport aux portefeuilles classiques d’actions et d’obligations. Leurs objectifs affichés sont des rentabilités stables et élevées. Ils prétendent « faire de l'alpha », c'est-à-dire qu'ils seraient capables d'augmenter la part α du rendement des investissements qui est affranchie de tout risque par rapport aux investissements classiques ; en quelque sorte d'obtenir des rendements élevés sans risque. En fait les experts considèrent que leur profil de risque est très éloigné des risques des marchés classiques avec un biais important vers les pertes à la fois extrêmes et très rares.

 

A l'origine, seuls des investisseurs privés, des personnes fortunées ont investi dans les hedge funds. Ces derniers pouvaient alors légitimement se présenter comme des gérants de fortunes privées. Mais depuis le début des années 2000, les rendements financiers étant devenus faibles, les institutionnels notamment les banques, les assureurs mais aussi les fonds de pension, les agences gouvernementales et même les universités américaines ont investi dans les hedge funds. Le nombre de fonds est passé de 3800 en 2000 à plus de 10000 en 2007. Dans le même temps, le volume des fonds investis a presque quadruplé, passant de 500 milliards de $ à près de 1900 milliards de $. Sur un montant global d'environ 1 300 milliards de $ en 2009 (selon Hedge Fund Research), 6% seulement est détenu par la clientèle privée.

 

Les hedge funds mettent en oeuvre une grande variété de stratégies d'investissement.

Ils utilisent abondamment

  • les produits dérivés, en particulier les options,
  • la vente à découvert c'est-à-dire la vente de titres que l'on ne possède pas dans l'espoir de les racheter à un cours inférieur au cours de vente,
  • l’effet de levier, c’est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux emprunté qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur des capitaux propres dont on dispose.

 

Selon les experts, notamment Michel Aglietta, professeur à Nanterre et membre du Conseil d'Analyse Economique, les hedge funds sont des propagateurs de risque systémique. Il y a souvent une forte corrélation entre leurs stratégies provoquées par un même événement de marché, ce qui peut conduire à des situations de « stress », des ruptures d'équilibre, les marchés ne pouvant opérer d'ajustement. C'est ce qui s'est produit à l'automne 2008, lors de la crise des « subprimes ».

 

Jusqu'à maintenant, les hedge funds se sont développés sans aucune réglementation, sans obligation d'information sur leurs stratégies ou leurs performances, sans limite d'engagement des capitaux empruntés. Les statistiques les concernant sont fortement biaisées car les fonds qui disparaissent ne sont pas inventoriés. De plus ils fonctionnent suivant un système de commission asymétrique : par exemple 20% sur les gains, 0% sur les pertes, plus une commission de gestion !

 

Un consensus commence à s'imposer sur le caractère nécessaire d'une réglementation, mais celle-ci devra s'imposer dans tous les pays, sinon il y a un risque d'évasion vers de nouveaux paradis, les hedge funds étant déjà généralement localisés dans ces paradis fiscaux. Il faudrait une volonté politique forte pour qu'une telle réglementation se mette en place. Naturellement, les défenseurs des hedge funds prétendent qu'ils jouent un rôle de stabilisateur des marchés. Mais les crises spectaculaires comme celles de LTCM et de la banque d'affaires Bear Stearns dont la faillite a été provoquée par le hedge fund Carlyle Capital démontrent que cela est obtenu au prix de risques extrêmes.

 

Lors d'une conférence le 11/02/2010, Michel Aglietta a détaillé ses recommandations pour une supervision des hedge funds :

  • enregistrement des gérants
  • limitation de l'effet de levier
  • obligation d'informations sur leurs prises de risque
  • rémunérations avec partage des pertes
  • régulation indirecte via les banques d'affaires
     

L'Union Européenne élabore actuellement une directive qui mettra en application un commencement de supervision. De l'autre côté de l'Atlantique, Paul Volcker tente d'imposer un certain nombre de règles dont l'interdiction aux banques d'effectuer du « trading pour compte propre », c'est-à-dire de spéculer avec leurs ressources propres. Mais il sera bien difficile d'obtenir que les paradis fiscaux soient règlementés et des actions de « lobbying » intense se poursuivent à Bruxelles et à Washington, qui risquent d'atténuer la portée des mesures prises.


Pourtant cette supervision est absolument nécessaire d'une part pour diminuer les risques du système financier et d'autre part le ramener dans le droit chemin du financement de l'économie, qui est son rôle essentiel.


 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 09:29

Depuis de nombreuses années, Bolloré achète et vend des actions Vallourec qui est un grand fournisseur de l'industrie pétrolière, notamment en tubes pour le forage des puits, les oléoducs et gazoducs.  Comme pour tous les "parapétroliers", le cours des actions Vallourec dépend en grande partie de l'évolution du cours du pétrole, qui est lui-même extrêmement spéculatif.  C'est ainsi que Bolloré en a vendu récemment pour 156 Millions € via sa Compagnie de Cornouaille.

 

Mais en parallèle, le FSI, grand exécutant de la politique industrielle de l'État, dont le but officiel est "la réponse initiée par les pouvoirs publics aux besoins en fonds propres d'entreprises porteuses de croissance et de compétitivité pour l'économie française", vient, selon l'AMF, de franchir un seuil de détention des actions Vallourec

 

Au lieu de participer au renforcement de nos entreprises, l'État ne participe-t'il pas aux mouvements spéculatifs sur les marchés boursiers ?  On peut aussi se demander pourquoi acheter quand Bolloré vend ?

 

 

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 13:42

Une fois de plus, les clients de la SNCF vont souffrir demain 3 février 2010, d'une nouvelle grève pour la défense de l'emploi notamment dans l'activité fret. Le budget 2010 de la SNCF prévoit en effet selon Le Monde, « 1 400 suppressions de poste, avec près de 2 600 postes en moins dans le fret mais des créations d'emplois ailleurs. »
 

En fait la SNCF se débat pour rendre le fret compétitif et pour limiter ses pertes alors qu'elle a déjà perdu des parts de marché importantes depuis l'ouverture à la concurrence mi-2006, tandis que le marché s'est lui-même contracté de 25% en 2009 par rapport à 2008. Selon l'indicateur de RFF (Réseau Ferré de France), le trafic en 2009 a été de 84 millions de trains-km (nombre de trains par distance parcourue) contre 107 millions en 2008. Simultanément, les concurrents de la SNCF ont pris 14% du marché fin 2009 contre 8% en 2008, selon les estimations des Echos ; ces concurrents seraient donc passés de 8,5 millions de trains-km à près de 12 millions de trains-km en un an soit une croissance de 40%, la SNCF fret passant de 98,5 à 72 millions de trains-km, soit une baisse de 27% ! Les concurrents de la SNCF dont les deux principaux sont Euro Cargo rail, filiale de la Deutsche Bahn avec 8% du marché et Eurotunnel (qui a racheté Veolia Cargo France) (Les Echos du 28/01), eux ne souffrent pas de la crise.

 

SNCF reste lestée par des tarifs non compétitifs et un service désastreux, ponctué de grèves : ce cocktail empoisonné a fait fuir les clients vers la route par le passé ; maintenant qu'une alternative ferroviaire se présente, les clients se précipitent. Si la SNCF cesse ses manoeuvres déloyales dans l'allocation des sillons à ses concurrents, il est prévisible que leur part de marché continue à croître rapidement, que je suis prêt à estimer à 22% en 2010 et 30% en 2011 ! Il est probable que la panique s'emparera de tous à ce moment-là, la division fret étant alors à 100% dans un univers de concurrence, sans qu'il puisse être question de missions de service public. On peut imaginer que la solution serait de céder cette division à un concurrent, la coupant du cordon la reliant à l'EPIC SNCF. Mais qui voudra l'acheter et à quelles conditions ?

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 23:30

Le lancement de la dernière nouveauté d'Apple donne lieu à une couverture médiatique absolument étonnante. Bien sûr les rumeurs diffusées bien avant le lancement officiel ont contribué à « conditionner » les médias, les journalistes et le public. Quels merveilleux alliés que ces médias qui vont contribuer à garantir le succès rapide du produit tout en réduisant l'investissement nécessaire en communication pour Apple. C'est ainsi qu'Apple risque fort d'avoir encore une année de rêve en termes de ventes et de résultat !

 

Mais cela n'a pas toujours été le cas : un article récent du Guardian (du 20/01/2010) repris dans l'édition du 28 janvier 2010 de Courrier International évoque l'histoire d'Apple qui a été faite de hauts et de bas. A l'évidence, la qualité de l'ergonomie des produits est une constante ; on peut ajouter que l'ergonomie a toujours eu la priorité sur la technologie, au point que les premiers produits ont souvent été victimes de performances techniques insuffisantes, les ingénieurs consacrant semble-t-il leurs efforts à l'ergonomie. Steve Jobs n'avait-t-il pas résumé la stratégie en disant qu'Apple concevait des ordinateurs pour chacun d'entre nous ? J'ai personnellement découvert le Macintosh en 1986 dans la société où je travaillais aux Etats-Unis : l'ensemble du département marketing était équipé de Macs, en toute indépendance, au grand dam des informaticiens qui de leur côté, consacrait une grande énergie à faire tourner un série de VAX, des super mini devenus 5 ans plus tard des monstres obsolètes. Avec ce Mac de première génération, j'ai pu réaliser des plans dignes d'un architecte pour une extension de ma maison à Cleveland, avec lesquels j'ai obtenu des services de la ville un permis de construire ! Bien sûr sans aucune formation sur le programme utilisé.

 

Il y a cependant un facteur important que l'auteur du Guardian, Charles Arthur ne fait qu'effleurer et qui paraît fondamental dans les succès des produits Apple des dix dernières années et qui coïncide avec le retour de Steve Jobs en 1997. Avant 1997, Apple a constamment lancé des produits entièrement nouveaux sur de nouveaux marchés. Il s'agissait à la fois de créer la demande (le marché) et de convaincre les clients d'acheter les produits. C'était une stratégie à haut risque qui a failli conduire Apple à sa ruine. Deux exemples à noter : le Newton, premier assistant personnel sans clavier, le Macintosh portable, premier ordinateur portable. Ces produits sont apparus trop tôt et n'ont pu plaire qu'à une minorité du public, alors que la concurrence n'offrait rien d'équivalent et que les performances techniques n'étaient pas au rendez-vous.

 

Depuis 1997, une stratégie totalement différente a été mise en oeuvre : sur des marchés que la concurrence avait déjà créés et où existe une demande latente et prête à accueillir de nouveaux produits plus performants et plus innovants, Apple a lancé des produits qui ont écrasé la concurrence grâce à leur ergonomie supérieure. Apple a aussi bénéficié des technologies développées pour ces mêmes concurrents et arrivées à maturité grâce à des séries produites plus longues, lui permettant de concevoir des produits techniquement performants à faible coût. Cela n'avait pas été le cas avant 1997 ! C'est ainsi que l'iPod puis l'iPhone sont arrivés sur des marchés qu'Apple n'a pas eu besoin de créer, où les utilisateurs avertis ont très rapidement compris ce qu'apportaient ces produits et que les concurrents n'avaient pas. Il est à prévoir que les efforts fournis par Amazon pour promouvoir le Kindle et par Sony pour vendre sa tablette vont profiter à l'iPad d'Apple qui va instantanément apparaître comme supérieur tant par son ergonomie que par la gamme étendue d'applications.

 

Dans la lignée de cette stratégie, imaginer quel sera le produit suivant d'Apple, c'est identifier un nouveau marché qui peine à décoller et où quelques produits à l'ergonomie limitée tentent de convaincre les utilisateurs à grand renfort de promotion.

 

Etre le premier pour créer un marché apparaît ainsi très risqué ! Il vaut mieux laisser à d'autres l'investissement initial et arriver derrière avec un produit infiniment supérieur. Mais le clef est bien dans la capacité de réaliser l'« infiniment supérieur ».

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 22:43

Les médias européens, les observateurs et la plupart des dirigeants européens se sont largement fait l'écho de la conférence de Copenhague comme d'un échec. Mais d'autres considèrent que le bilan est positif; ainsi Nicolas Sarkozy a déclaré le 6 janvier 2010 que « Copenhague c'est infiniment mieux que Kyoto ». Pour beaucoup, ce serait avant tout un échec de l'Europe qui n'a pas su promouvoir ses innovations et ses normes ; les Etats-Unis et la Chine, le G2, qui génèrent à eux deux 50% du CO2 de la planète se seraient mis d'accord ensemble pour ne s'engager sur rien.

 

Selon Christian de Perthuis lors d'une conférence le 26 janvier, c'est surtout l'échec d'un processus de négociation de 2 ans mené par l'ONU. A l'inverse de Kyoto qui a été essentiellement une négociation Europe – Etats-Unis, le processus de Copenhague a été une négociation globale où les autres pays ont eu leur mot à dire : le centre de gravité de la négociation climatique s'est déplacé. Le monde change et le tandem Europe – Etats-Unis ne peut plus imposer à tous ses schémas et ses politiques. Par contre, toujours selon C. de Perthuis, la diplomatie américaine a réussi à ramener à elle les BRIC et d'autres pays émergents majeurs.

 

L'échec majeur, c'est qu'aucun instrument économique contraignant n'a pu être établi, garantissant que chaque pays se conformerait à ses engagements. En cela Copenhague est tel que Kyoto. Comme toujours, les engagements n'engagent vraiment que ceux qui les croient.

 

L'Europe risque d'être marginalisée par les Etats-Unis qui ont en projet un dispositif plus complet traitant à la fois des émissions fixes et mobiles (moyens de transport). Le marché européen des permis de CO2 ne traite actuellement que des émissions fixes (les usines, les bâtiments).

 

L'Europe doit se ressaisir, reprendre le leadership en matière de politiques climatiques et ensuite prendre son bâton de pèlerin pour convaincre. Sinon les normes américaines vont s'imposer. Les entreprises internationales ont besoin de certitudes, et ce serait à l'avantage de nos entreprises européennes d'être établies là où les normes se définissent.

 

L'Europe doit poursuivre ses efforts pour arriver à un accord consensuel à 27 et s'y tenir, afin d'éviter la cacophonie de Copenhague où chaque dirigeant national a souhaité tirer la couverture à lui, face à ses médias nationaux. Il est sûr qu'une représentation européenne émiettée ne facilite pas les choses. On comprend que le reste du monde ait beaucoup de mal à discerner, qui du Président du Conseil Européen, du Président de la Commission, du pays qui préside le Conseil européen – l'Espagne, qui des 27 chefs d'Etat est le porte-parole de l'Europe ? Il faut surmonter ce handicap ! C'est possible, en effet à l'OMC où les enjeux sont aussi importants, cela fonctionne depuis plusieurs années. Alors pourquoi pas pour les négociations climatiques ?

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 13:59

Notre cher institut de la statistique et des études économiques – l'INSEE, nous répète à longueur d'année et plus particulièrement à cette époque des voeux que la consommation est le moteur de la croissance de l'économie française. Naturellement, les médias reprennent en coeur ce leit-motiv. Consommez, consommez, consommez, voilà le refrain que l'on ne cesse de chanter aux oreilles des Français, et grâce à la croissance de la consommation, le chômage diminuera et tout ira mieux.

Et pourtant, il est sûr qu'une croissance de la consommation contribue à gonfler les importations et à pousser dans le rouge la balance des paiements. Ceci en fait conduit à un appauvrissement du pays.

Et pourtant, un facteur est potentiellement beaucoup plus efficace pour générer de la croissance : ce sont les exportations ; elles constituent environ 1/4 du PIB et peuvent croître beaucoup plus rapidement que la consommation puisque le marché auquel elles s'adressent est le marché mondial ! Une croissance de 10% des exportations induirait donc une croissance d'environ 2% du PIB et bien sûr les emplois qui vont avec.

Quand on constate ce qui se produit chez nos amis allemands : leurs exportations peuvent redémarrer rapidement avec des progressions de plusieurs dizaines de %, et alors leur économie s'en trouve dynamisée de manière incomparable. 
 

Bien sûr, le problème est que l'INSEE a bien des difficultés pour prévoir l'évolution du commerce extérieur alors qu'il possède une surabondance d'outils pour prévoir la consommation ! Quand on pense à l'importance du commerce extérieur pour l'économie francaise, le tuteur de l'INSEE qui est l'Etat serait bien avisé de l'engager à améliorer sérieusement ses outils de mesure et de prévision du commerce extérieur. Les industriels (qui font plus 80% des exportations) en seraient bien reconnaissants.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 22:05

Dans un rapport sur la transmission familiale des entreprises remis le 30 octobre 2009 à Hervé Novelli, Secrétaire d’État chargé notamment des PME, Olivier Mellerio codirigeant de la joaillerie Mellerio, entreprise familiale depuis 1613, soutient que seule une entreprise sur dix fait l’objet d’une transmission familiale en France. Pourtant il note que l’entreprise familiale reste majoritaire en nombre (83 %) et contribue de façon conséquente à la richesse du pays (environ 50 % du PNB).

 

A partir de ce constat, O. Mellerio considère que ce « phénomène ne peut, sur longue période, qu’entraîner des conséquences durables sur la position concurrentielle de la France par rapport à ses voisin » et ajoute « Mais, après tout est-ce si grave ?». Il note cependant qu'aucune statistique nationale ne répertorie les entreprises familiales.

 

La population qu'O. Mellerio a étudiée est constituée des entreprises de plus de 1 million € de chiffre d'affaires et de plus de 10 salariés. Pourtant les chiffres qu'il avance sont repris d'une étude KPMG de 2007 qui elle considérait un échantillon bien différent de 240 entreprises dont le chiffre d'affaires est compris entre 7,5 millions € et 100 millions € ! Il est aisé de comprendre que la proportion de transmissions familiales sera plus faible pour les entreprises de 7,5 à 100 millions d'€ de chiffre d'affaires que pour les entreprises plus petites.

 

A cela s'ajoute le fait que les transmissions familiales se produisent en moyenne tous les 30 ans – soit l'écart entre générations –, les autres types de transmission s'effectuant tous les 10 à 15 ans. Cette différence explique d'une part la faible proportion de transmissions familiales observées pendant une période donnée et d'autre part la permanence d'une forte proportion d'entreprises familiales. Par ailleurs, les entreprises créées dans les 30 dernières années sont naturellement en grande majorité des entreprises familiales, ayant leur fondateur à leur tête ! Tout simplement le cycle de vie des entreprises familiales est différent de celui des autres.

 

Il s'avère que parmi les très nombreuses propositions formulées dans le rapport d'O. Mellerio, la plus pertinente est à l'évidence la mise en place de statistiques de suivi des entreprises familiales. On pourra alors identifier avec précision les évolutions et comparer les performances respectives des entreprises familiales avec les autres.

 

Est-il vraiment certain que les entreprises ayant fait l'objet d'une transmission familiale, c'est-à-dire dirigées par la 2è, 3è génération ou plus sont plus performantes que les autres ? qu'elles se développent plus vite ? Un adage fréquemment cité indique que « le fondateur crée et développe, les enfants maintiennent et les petits enfants dilapident ». J'ai constaté personnellement dans la famille de mon père une illustration parfaite de cette adage : mon grand-père avait créé 3 entreprises (un cinéma, une bijouterie et une affaire de matériaux pour la chimie et la construction), ses enfants ont chacun poursuivi l'exploitation d'une des entreprises qui ont ensuite disparu l'une après l'autre sous la houlette des petits enfants !

 

L'étude de cas de réussites dans la transmission familiale conduit à penser que l'élément essentiel réside dans la vision et la stratégie du dirigeant fondateur :

- si une croissance forte est possible et souhaitée, le dirigeant doit savoir introduire d'autres actionnaires et abandonner une partie de son pouvoir.

- très tôt, le dirigeant doit faire en sorte que la génération suivante soit attachée à l'entreprise, adhère à sa culture et souhaite s'y impliquer. 

- le dirigeant doit organiser très tôt la transmission opérationnelle en accompagnant celui des héritiers qui a les meilleures qualités pour reprendre. Ce facteur est particulièrement sensible, dans la mesure où une condition nécessaire du succès est que l'héritier qui prend la relève devrait le faire volontairement et parce qu'il en a envie et s'en sent capable, et non, comme il arrive parfois, comme une obligation ou même un "sacerdoce".

- le dirigeant doit également préparer la transmission de l'actionnariat familial.

Une fois ces éléments en place avec succès, on peut observer que le processus peut se poursuivre de génération en génération.

 

Les aménagements fiscaux, financiers et autres proposés par O. Mellerio sont intéressants. Mais rien ne remplacera le soin avec lequel le dirigeant fondateur établira – si il le souhaite, la poursuite de l'entreprise au sein de la famille.

 

 

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