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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 16:17

Le gouvernement actuel a su mener une réforme qui avait été longtemps différée et qui a le mérite de simplifier l'organisation et d'améliorer les services rendus : la réforme de la carte judiciaire. De manière assez étonnante pour notre pays, cela a pu se faire sans trop de vagues, de mouvements divers et de modifications pour satisfaire les intérêts particuliers de tel ou tel. On peut noter en particulier que la carte judiciaire des tribunaux de commerce a été réformée en suivant le projet proposé par les tribunaux de commerce eux-mêmes : un grand succès de démocratie !

 

A l'opposé, depuis des mois, la réforme des collectivités territoriales subit des assauts de toutes parts. Les élus locaux défendent tant et si bien leurs « postes » que les nouvelles assemblées territoriales vont rassembler plus de la moitié de la somme des conseillers régionaux et des conseillers généraux actuels (près de 3500 contre 6000). Par exemple l'assemblée de Midi-Pyrénées comprendra 255 conseillers pour 91 conseillers régionaux actuellement. Ce qui signifie, comme l'indique l'économiste Jacques Bichot dans un article récent, que le bâtiment accueillant l'assemblée devra être agrandi. A l'heure où il est question d'économies, on est en train de programmer des dépenses que l'on peut qualifier de déraisonnables. Car comment justifier qu'une région comme Midi-Pyrénées ait besoin de 255 conseillers territoriaux ?

 

Jacques Bichot cite également nos assemblées parlementaires : 577 députés et 343 sénateurs alors que le Congrès américain compte 435 représentants et 100 sénateurs pour un pays cinq fois plus peuplé que la France. L'argument d'assurer une bonne représentation démocratique ne tient pas. Par contre, ce qui est évident est que chacun des 100 sénateurs américains a un poids politique très important. Ils sont connus des médias, d'une majorité de la population et leurs interventions pèsent sur les choix du gouvernement américain. A l'opposé, les sénateurs français ont beaucoup de difficultés pour dépasser un niveau d'audibilité minimal. On peut argumenter que les rôles et responsabilités sont différents, ce qui est incontestable. Mais dans les deux cas, les sénateurs sont considérés comme des parlementaires expérimentés, compétents et ayant potentiellement une stature d'homme d'état. A l'évidence, il y a un lien entre leur pouvoir d'influence et leur réputation d'une part et leur nombre d'autre part. A l'opposé, on peut se rappeler que le Soviet suprême d'URSS qui était composé de deux assemblées de 750 membres, n'était qu'une chambre d'enregistrement des décisions du Politburo. La situation est similaire dans la Chine actuelle. On peut donc avancer avec assurance que moins une assemblée législative est nombreuse, plus elle aura de poids face au pouvoir exécutif, chaque membre de l'assemblée tirant une autorité accrue notamment du fait qu'elle/il représente un plus grand nombre d'électeurs.

 

Dans le cadre des réformes en cours, d'une amélioration du fonctionnement de nos institutions et d'une réduction des dépenses et dans l'esprit de ce que prône le Président de la République, qui est de rééquilibrer les pouvoirs entre exécutif et législatif, il serait tout à fait judicieux de réduire le nombre de députés et surtout des sénateurs et de prévoir un nombre de conseillers territoriaux au plus égal au nombre de conseillers régionaux actuels.

 

Le cumul des mandats

 

Cette nouvelle organisation aurait également l'avantage de rendre la discussion sur le cumul des mandats quasiment sans objet : les représentants dans chaque assemblée étant moins nombreux, leurs rôles et responsabilités accrus rendront le cumul bien plus difficile à justifier. On ne pourra plus admettre qu'un sénateur ou un député soit également maire. Ces deux fonctions seront encore plus incompatibles dans la mesure où le contour des représentations sera différent : comment un sénateur représentant par exemple un secteur de 400 000 habitants peut-il être aussi maire d'une ville centre moyenne de 100 000 habitants ? La vision et l'intérêt général attachés à chacun de ces deux ensembles ne peuvent être semblables.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 12:45

Chaque année à l'époque des Internationaux de France à Roland-Garros qui, rappelons-le, ne durent que 15 jours par an, la Fédération Française de Tennis accentue son lobbying intense auprès de la Ville de Paris. Elle agite la grande menace : que Paris perde le Master en terre battue au profit de Madrid qui dispose d'installations beaucoup plus vastes et plus modernes. Notons en passant que les installations de Roland-Garros sont largement sous-utilisées : essentiellement pendant les Internationaux et les Championnats de France ...

 

Le premier projet en cours de tractations est la suppression du petit stade Hébert, en face du lycée La Fontaine, qui sert uniquement à la pratique sportive des jeunes du quartier, tout au long de l'année ; pour le remplacer par trois stades de tennis de compétition avec toit ouvrant. Afin de relier ces stades à l'enceinte de Roland-Garros, l'on évoque une passerelle en béton qui empiètera sur les Serres d'Auteuil qui est un espace vert « ultra-protégé ». Mais il est bien connu que ces considérations n'arrêtent pas l'actuel maire de Paris.

 

Le deuxième projet dont la presse vient de se faire l'écho ces derniers jours (Les Echos du 25/05) et qui a été évoqué lors d'une conférence du directeur général de la FFT, Gilbert Ysern, est encore plus étonnant : il s'agit ni plus ni moins de supprimer les Serres d'Auteuil et de prendre un hectare de terrain sur le Bois de Boulogne. On peut s'interroger d'ailleurs pourquoi s'arrêter à un hectare ? En effet, Roland-Garros étant notoirement trop petit, il faudrait envisager au moins le doublement de sa surface pour faire bonne mesure face au concurrent madrilène et recoller au peloton des autres installations du Grand Chelem ! Mon lecteur retiendra que ce deuxième projet ne serait même pas une demande de la FFT mais qu'il s'agirait de propositions de la Ville de Paris ; une Ville de Paris prête à passer en force sans souci du bien des parisiens, du sport de masse de proximité et de la protection des espaces verts ; espace verts qui sont déjà les plus réduits parmi les grandes métropoles du monde entier.

 

Bien sûr, on évoque l'étude de trois autres sites en région parisienne : Marne-la-Vallée, Versailles ou Gonesse. Il s'agirait d'une implantation d'une trentaine d'hectares (alors que Roland-Garros n'en occupe que neuf ) mais voici un grande partie du problème : le transfert coûterait 600 millions € alors que les projets sans déménagement ne coûteraient que 200 millions €. On peut d'ailleurs penser que, comme pour le projet scandaleux de Jean Bouin, la Ville de Paris mettrait la main à la poche pour la plus grande joie des contribuables parisiens corvéables à merci. Il est évident que les municipalités des trois autres sites n'ont pas les moyens de concurrencer Paris sur ce plan.

 

Tout ce qu'on peut espérer, c'est que notre secrétaire d'Etat au Grand Paris, Christian Blanc prenne les choses en main et fasse cesser ce jeu de la Ville de Paris et de son maire qui cherchent à tout prix à conserver des implantations qui étouffent à l'intérieur des modestes 10 540 hectares de la Ville (dont 850 ha pour le Bois de Boulogne, en voie de réduction par les bons soins du maire) et qui menacent d'étouffer les parisiens par empiètements successifs.

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 14:19

L'Union européenne et le FMI demandent à la Grèce de réduire de 10 points son déficit public en deux ans. Les marchés, par leurs réactions de ces jours derniers, ne semblent pas croire que cela soit possible.

 

Et pourtant, plusieurs pays, dans les 20 dernières années, ont réussi à mettre en oeuvre une réduction drastique du déficit public, et pas seulement en augmentant les impôts !

 

C'est ainsi que le Canada est passé, de 1995 à 1998, d'un déficit budgétaire de près de 6 % du produit intérieur brut (PIB) à un léger excédent. Comment a-t'il fait ? Il a simplement entrepris une très sévère réforme de l'Etat qui a conduit à une forte réduction des budgets, à la suppression d'un cinquième des postes fédéraux et à des hausses d'impôts. Le budget de l'exercice 1997-1998 était à l'équilibre et en excédent pour 1998-1999, rompant avec près de trente ans de déficits budgétaires chroniques. Les dépenses du gouvernement fédéral ont baissé de 15% de 1993 à 1997 et la dette publique a été réduite, passant de 70% en 1995 à moins de 50% en 2001. Ce cercle vertueux n'a pas été anéanti par la conjoncture en 2009, puisque le budget d'excédentaire de +0,7% en 2008 est devenu déficitaire de seulement 2% en 2009. Et après une baisse du PIB de 2,6% en 2009, il est prévu une croissance de 3,1% en 2010, 3,2% en 2011 et 3% en 2012 !

 

La Suède qui fait souvent figure de modèle pour nos politiques – à croire que ce modèle est largement fondé sur l'image que l'on a de ce pays plutôt que sur la réalité de ses politiques publiques, a conduit un politique d'austérité budgétaire sans précédent dans le courant des années 1990 en licenciant des milliers de fonctionnaires et en réformant le système des retraites et de protection sociale. De 16% du PIB en 1993, le déficit public est passé à moins de 3% en 1997 !

Le budget suédois est resté en excédent depuis 2002 jusqu'en 2008, passant au rouge de 0,6% seulement en 2009. Dans le même temps, la dette publique est descendue de plus de 75% du PIB en 1995 à moins de 50%. La Finlande a elle aussi mis en oeuvre un programme de réduction du déficit qui est passé de 8% en 1993 à 2,5% en 1996.

 

Et l'Irlande que l'on cite souvent comme un maillon faible de la zone Euro, projette de réduire son déficit à moins de 3% en 2014 contre 11,6% en 2009. Les économies prévues comprennent une baisse de 6% des salaires des fonctionnaires, la réforme de leur régime de retraite et le gel des embauches, une baisse des prestations familiales et des allocations chômage et une réduction des dépenses d'investissement. Côté recettes, une taxe carbone et une augmentation de l'impôt sur le revenu ont été mises en place. Connaissant d'expérience la vigueur et le volontarisme des Irlandais, on peut leur faire confiance pour mener à bien ce programme.

 

Et la France ?

 

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 08:15

Lors d'une récente conférence, François Heisbourg, Président de l'International Institute for Strategic Studies, a évoqué l'évolution du rôle stratégique de la Chine. En 1979, Deng Xiaoping a défini ainsi la stratégie de la Chine pour les années suivantes : « La Chine est un pays en développement qui a besoin de la paix pour sortir de la pauvreté. La Chine n'est pas une grande puissance. » Effectivement, depuis cette date, elle n'a été en guerre avec personne et a réussi une décollage économique remarquable.

 

Maintenant la Chine est devenue une grande puissance et la définition de Deng Xiaoping n'est plus d'actualité – bien que les officiels chinois soient toujours tentés de s'y référer.

 

Quel peut être maintenant son rôle stratégique ? François Heisbourg cite quatre voies, qui sont autant de tentations :

  • le multilatéralisme notamment au sein du G20
  • le front du refus au sein du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) : c'est aux pays occidentaux développés d'assumer les conséquences de leurs erreurs, notamment sur le plan du climat et de l'environnement
  • le G2 avec les Etats-Unis, qui est apparu lors de la conférence de Copenhague
  • l'unilatéralisme : l'Empire du Milieu, une tradition plusieurs fois séculaire

Selon François Heisbourg, la Chine n'a pas choisi et oscille entre ces quatre voies selon les circonstances et l'environnement dans lesquels elle intervient.

 

Mon impression est que les trois premières voies sont des voies de façade pour l'essentiel et que la voie de fond reste l'unilatéralisme. Au regard de leur passé, je pense que les Chinois n'ont pas confiance dans les autres pays, notamment les occidentaux et les Japonais. Ils se souviennent toujours du sac du Palais d'Eté, l'équivalent de Versailles qui a été détruit par les Anglais et les Français au XIXè siècle ; ils se souviennent du joug japonais au XXè siècle. Leur civilisation est plus ancienne que la nôtre, remontant à il y a près de 4 000 ans, et les Chinois la considèrent souvent comme supérieure aux autres. C'est ainsi qu'ils ne sont pas prêts à accepter l'influence d'autres pays sur leurs grands choix stratégiques. On le constate dans leur politique de change, dans leur attitude vis-à-vis de l'Iran ainsi que dans leur stratégie vis-à-vis des pays africains et de leur développement. Et s'appuyant sur leur succès économique actuel, on ne voit pas ce qui les contraindrait à abandonner l'unilatéralisme.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 20:50

Voilà un titre qui fera bondir certains de mes lecteurs ... Pourtant une étude de James Gwartney, Randall Holcombe et Robert Lawson publiée en 1998 inspirée par une étude réalisée pour le Joint Economic Committee du Sénat et de la Chambre des Représentants américains, démontre qu'il existe une relation négative, forte et durable, entre la taille de l'État mesurée par les dépenses publiques et la croissance du produit intérieur brut.


Cette relation a été vérifiée tant pour les économies développées (les 23 pays de l'OCDE) que pour un ensemble élargi de 60 pays du monde entier. La traduction de cette étude en français est disponible sur le site de l'Institut Économique de Montréal (IEDM). Cette étude a été récemment actualisée et la relation négative a été confirmée.

 

En France, nos hommes politiques se demandent depuis longtemps pourquoi les taux de croissance de 3% et plus que nous connaissions durant les « Trente Glorieuses » ne se reproduisent plus ; et pourquoi la plupart des économies développées ne dépassent plus le taux de 3,5%. De l'analyse présentée par cette étude, il résulte que c'est la taille de relative de l'État et de ses dépenses qui a ralenti la croissance économique. Une réduction de 10 points des dépenses publiques conduit à une hausse d'environ un point du taux de croissance du produit intérieur brut.

 

En 1960, pour l'ensemble des pays de l'OCDE, les dépenses de l'État représentaient en moyenne 27% du PIB ; en 1996, elles atteignaient 47% du PIB. Les dépenses de l'État en France sont passées de 34,6% à 54,7% du PIB sur la même période. Pour d'autres pays très comparables, l'Allemagne, le Japon et les Etats-Unis, les dépenses de l'Etat sont passées respectivement de 32,4%, 17,6%, 28,4% en 1960 à 56%, 36,9%, 34,6% en 1996.

 

L'étude rappelle que la théorie économique définit certaines fonctions dites « premières » de l'État et qui peuvent promouvoir l'efficacité et favoriser la croissance économique. Il s'agit notamment : (1) du rôle protecteur de l'état (protection des individus et de leur propriété contre le pillage, garantie d'exécution des contrats, bon fonctionnement du système judiciaire pour le règlement des conflits) et (2) de la production de biens et services dits publics que, pour toutes sortes de raisons comme les routes ou la défense nationale, il s'avère difficile d'obtenir par le marché. En 1992, ces fonctions premières de l'Etat représentaient pour les pays de l'OCDE moins de 15% du PIB. Aux Etats-Unis, ces dépenses sont passées de 15,98% en 1960 à 14,16% en 1992. Même en Suède où le secteur public est très développé, la part de ces fonctions premières était de 13,3% en 1992.

 

Ces dépenses publiques ont un rendement élevé mais l'expansion des dépenses par delà ces activités essentielles, conduit à un rendement décroissant pour les raisons suivantes :

- plus les taxes et les emprunts supplémentaires requis pour financer les dépenses de l'État s'élèvent, plus le fardeau de ces prélèvements s'appesantit sur l'économie,

- à mesure que l'État prend de l'expansion,

a) sa productivité décroît, à mesure que la part des ressources canalisées vers les activités inappropriées à l'administration publique, les rendements tourneront négatifs et c'est la croissance économique du pays entier qui en souffrira

b) le redistributionnisme et l'activisme réglementaire prennent invariablement le dessus sur ses autres activités

- le processus politique gêne l'entrepreneuriat qui sert d'assise à la croissance économique ; là où les marchés suscitent vigilance et pénalisent sur-le-champ et durement les décideurs mal inspirés, le secteur public s'avère lent à réagir et à s'ajuster aux changements.

 

Trois pays de l'OCDE ont connu des périodes d'expansion de l'Etat suivies de périodes d'amaigrissement de l'Etat : l'Irlande, la Nouvelle Zélande et le Royaume-Uni. A chaque fois, le taux de croissance a été supérieur lors de la période d'amaigrissement. Par exemple, la Nouvelle-Zélande a eu un taux de croissance de 1,2%/an sur 1974-1992 avec une part de l'Etat croissant de 34,1% à 48,4% du PIB suivi d'un taux de 3,9%/an sur 1993-1996 avec une part de l'Etat diminuant de 48,4% à 42,3% du PIB. De même, l'Irlande est passée de 3,4% à 5,4% de croissance annuelle quand la part de l'Etat est passée successivement de 43,7% à 52,3% puis 37,7% sur les périodes 1977-1986-1996.

 

On observe que les résultats en termes de croissance et les prévisions ne cessent de confirmer cette relation. Les prévisions récentes du FMI confirment la capacité de rebond des Etats-Unis avec une croissance de 3% en 2010 alors que la zone euro se traîne avec 0,8% pour 2010 et 1,5% pour 2011. Même l'Allemagne qui parait-il, bénéficie du moteur de ses exportations, ne devrait croître que de 1,2% en 2010 et 1,7% : à l'évidence, son secteur public important l'empêche de vraiment accélérer. Le drame de la zone euro et de la France est que la grande majorité des pays la composant, connaissent une part de l'Etat supérieure à 50%. Leur croissance ne décollera jamais tant que l'Etat n'aura pas suffisamment maigri !

 

Et le drame du gouvernement actuel de la France et de son Président est qu'ils n'ont pas réussi à diminuer les dépenses publiques, ne serait-ce que de 5 points depuis 2007 : cela aurait permis d'augmenter le potentiel de croissance de 0,5% !

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 19:16

Commentant la crise grecque actuelle, Paul Klugman, prix Nobel d'économie 2008, qui signe des éditoriaux dans le New York Times depuis 1999, avance dans un de ses articles publié le 16 février 2010 (article repris par Courrier International) que l'Europe n'était pas prête pour une monnaie unique quand l'Euro a été adopté. La seule solution pour que l'Euro puisse fonctionner, serait de faire avancer l'Europe vers une Union politique, de sorte que les pays européens opèrent comme les Etats Unis d'Amérique. Le problème fondamental de l'Euro serait l'« hubris » – l'orgueil démesuré, des dirigeants européens qui ont créé cette monnaie unique alors qu'ils savaient que l'Europe n'était pas prête.

 

Paul Klugman n'a cependant pas perçu que la manière dont l'Euro a été créé correspond tout à fait à toutes les créations européennes antérieures : une démarche pas à pas, pragmatique et progressive, telle que l'a conçu Jean Monnet et les autres pères fondateurs. Cette démarche a commencé avec la Communauté du charbon et de l'acier à six créée le 18 avril 1951, puis le Traité de Rome du 25 mars 1957, ensuite les élargissements successifs, le traité de Maastricht de 1992 et tout dernièrement le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009. Chaque fois, la communauté s'est approfondie ou s'est élargie, les nouveaux entrants adoptant les accords signés antérieurement. Comme l'espace Schengen, la création de l'Euro constitue une opération très pragmatique dans laquelle seuls les Etats prêts à participer ont signé l'accord.

 

Ce qui a porté avec succès cette démarche sur près de 60 ans, est la volonté des hommes politiques. Les plus profondément européens ont été les tandems franco-allemands : De Gaulle-Adenauer, Giscard d'Estaing-Schmidt, Mitterand-Kohl. Ce sont eux qui ont été les moteurs de l'intégration, ayant toujours en mémoire l'horreur des anciens conflits et pour vision un rapprochement des Etats qui les bannisse à jamais.

 

Les difficultés auxquelles nous faisons face maintenant, notamment avec la crise grecque et aussi tout récemment avec des menaces sur le Portugal, résultent en partie du fait que le processus d'intégration s'est arrêté avec la création de l'Euro. Les historiens ne manquent pas de rappeler que d'anciennes unions monétaires comme l'Union Latine, se sont dissoutes faute de les avoir « approfondies ». A l'évidence, les tiraillements entre les partenaires se font de plus en plus fort quand les politiques fiscales, budgétaires et économiques divergent, ce que l'évolution récente n'a fait qu'exacerber, alors que la politique monétaire n'est plus de leur ressort depuis depuis le 1er janvier 2002.

 

Ce dont les hommes politiques devraient prendre conscience, c'est qu'il est urgent et important de redémarrer le processus d'intégration dans ces domaines : fiscal, budgétaire, économique. Le projet de Fonds Monétaire Européen est sûrement une bonne chose, dans la lignée des initiatives antérieures, pragmatiques et communautaires. Mais cela ne suffit pas, d'autres initiatives de relance dynamique sont nécessaires. Finalement, la crise grecque a un aspect positif dans la mesure où elle fait apparaître les insuffisances de la situation actuelle, que s'impose la nécessité de plus d'Europe et que cela pénètre la conscience des Européens. Espérons que ces derniers vont faire pression sur les politiques pour qu'ils dépassent leurs considérations locales – notamment les enjeux électoraux de court terme, et mettent en oeuvre une vision commune de l'avenir.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 23:31

Ces derniers jours, nous avons eu droit à toutes sortes d'explications et d'interprétations sur le taux élevé d'abstention – supérieur à 50%, aux élections régionales des 14 et 21 mars 2010.

 

Ce qui me paraît à la fois étonnant mais aussi parfaitement explicable, c'est que personne n'a osé mentionner 1)  l'idée imprécise que la plupart des électeurs ont du rôle de la région et 2) le mode de scrutin et de détermination des élus. A mon sens, tous les politiques sont complices de l'état de fait actuel et ne sont pas prêts à le remettre en question.


Depuis que les régions ont été créées, aucune autre collectivité n'a été supprimée. Le millefeuille des institutions s'est épaissi et l'électeur moyen a beaucoup de difficultés pour déterminer quels sont les rôles et responsabilités de chacune d'entre elles. On vote chaque année : les municipales, les européennes, les régionales, la présidentielle, les députés … Un certain désintérêt s'installe et l'électeur est conduit à faire des choix et à se déplacer seulement pour les élections qu'il considère comme les plus importantes. Sûrement pas les régionales !

 

D'une part le scrutin de liste – et c'est aussi le cas pour les élections européennes, fait qu'on ne vote pas pour "son conseiller régional" mais pour une liste impersonnelle sur laquelle on ne sait pas qui siègera finalement au conseil régional. Corrélativement, personne ne peut demander des comptes sur son action à un conseiller régional déterminé. Ce type de scrutin est à comparer aux autres élections directes : présidentielle, assemblée nationale, conseil général des départements, où les électeurs votent clairement pour un candidat unique et sont ainsi conduits à le regarder comme leur représentant. Le lien est alors beaucoup plus fort entre élu et électeurs et la motivation pour participer aux élections l'est aussi.

 

D'autre part le système de désignation du nombre d'élus qui favorise la liste arrivée en tête, conduit les électeurs à ressentir que le résultat des élections ne correspond pas fidèlement au rapport des votes exprimés. L'idée sous-jacente de dégager une majorité à tout prix pour l'assemblée régionale ne peut guère se justifier. Elle peut avoir du sens pour les élections nationales dont les enjeux sont plus importants et pour lesquelles la stabilité de la majorité de gouvernement reste un impératif face aux mauvais souvenirs laissés par la 4è république lorsque la représentation nationale était proportionnelle. Les électeurs ne sont-ils pas conduits à penser que les résultats sont "manipulés" du fait de ce système et que cela ne vaut pas la peine de se déranger pour voter ? Un mode de désignation proportionnel au nombre de voix avec un seuil minimum serait plus clair pour les électeurs et la gestion par les conseils régionaux serait sûrement plus consensuelle.

 

Il est urgent de simplifier nos institutions et la réforme en cours va dans la bonne direction !
Il serait aussi nécessaire de rendre ces élections comme d'ailleurs les élections européennes, plus "normales" en remplaçant le système de liste par des élections personnalisées. Mais alors les conseillers élus seraient plus légitimes et mieux connus de leurs électeurs, ils prendraient plus de poids, ce qui constituerait une menace pour les vieilles institutions en place et leurs défenseurs, les autres élus !

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:34

Le 18 mars 2010, Simone Veil a rejoint l'Académie Française, prenant le fauteuil nº13 que Racine avait occupé le premier. Ce n'est qu'en 1980 que les académiciens ont pour la première fois élu une femme : Marguerite Yourcenar. Elle resta la seule élue jusqu'à sa mort en 1987. Ensuite furent élues : Jacqueline de Romilly, helléniste en 1988, Hélène Carrère-d'Encausse, historienne en 1990, Françoise Delay, écrivain en 2000, Assia Djebar, écrivain en 2005.

 

Il est remarquable de noter que Jacqueline de Romilly a été aussi la première élue au Collège de France ! Ainsi les assemblées les plus masculines s'ouvrent peu à peu. On peut regretter qu'elles se soient pendant si longtemps refusées à accorder une place à la moitié de l'humanité. Mais on peut aussi se réjouir de l'évolution en cours et encourager sa poursuite, surtout en l'absence de quota, simplement par décision des assemblées elles-mêmes.

 

Et encourageons les académiciens et les autres à continuer dans cette voie. Cela ne fera qu'augmenter la diversité et la richesse de leurs débats et de leurs travaux.

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:53

Le grand public a découvert les hedge funds en 1992 lorsque George Soros, estimant que l'Angleterre en récession ne pourrait supporter les contraintes du système monétaire européen (SME, le prédécesseur de l'€), a vendu à découvert 10 milliards de livres sterling et a obligé la Banque d'Angleterre à sortir du SME. Depuis les hedge funds continuent de faire parler d'eux, sans que l'on en sache grand chose.

 

On peut définir les hedge funds comme des fonds d'investissement non cotés recherchant une diversification du risque par rapport aux portefeuilles classiques d’actions et d’obligations. Leurs objectifs affichés sont des rentabilités stables et élevées. Ils prétendent « faire de l'alpha », c'est-à-dire qu'ils seraient capables d'augmenter la part α du rendement des investissements qui est affranchie de tout risque par rapport aux investissements classiques ; en quelque sorte d'obtenir des rendements élevés sans risque. En fait les experts considèrent que leur profil de risque est très éloigné des risques des marchés classiques avec un biais important vers les pertes à la fois extrêmes et très rares.

 

A l'origine, seuls des investisseurs privés, des personnes fortunées ont investi dans les hedge funds. Ces derniers pouvaient alors légitimement se présenter comme des gérants de fortunes privées. Mais depuis le début des années 2000, les rendements financiers étant devenus faibles, les institutionnels notamment les banques, les assureurs mais aussi les fonds de pension, les agences gouvernementales et même les universités américaines ont investi dans les hedge funds. Le nombre de fonds est passé de 3800 en 2000 à plus de 10000 en 2007. Dans le même temps, le volume des fonds investis a presque quadruplé, passant de 500 milliards de $ à près de 1900 milliards de $. Sur un montant global d'environ 1 300 milliards de $ en 2009 (selon Hedge Fund Research), 6% seulement est détenu par la clientèle privée.

 

Les hedge funds mettent en oeuvre une grande variété de stratégies d'investissement.

Ils utilisent abondamment

  • les produits dérivés, en particulier les options,
  • la vente à découvert c'est-à-dire la vente de titres que l'on ne possède pas dans l'espoir de les racheter à un cours inférieur au cours de vente,
  • l’effet de levier, c’est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux emprunté qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur des capitaux propres dont on dispose.

 

Selon les experts, notamment Michel Aglietta, professeur à Nanterre et membre du Conseil d'Analyse Economique, les hedge funds sont des propagateurs de risque systémique. Il y a souvent une forte corrélation entre leurs stratégies provoquées par un même événement de marché, ce qui peut conduire à des situations de « stress », des ruptures d'équilibre, les marchés ne pouvant opérer d'ajustement. C'est ce qui s'est produit à l'automne 2008, lors de la crise des « subprimes ».

 

Jusqu'à maintenant, les hedge funds se sont développés sans aucune réglementation, sans obligation d'information sur leurs stratégies ou leurs performances, sans limite d'engagement des capitaux empruntés. Les statistiques les concernant sont fortement biaisées car les fonds qui disparaissent ne sont pas inventoriés. De plus ils fonctionnent suivant un système de commission asymétrique : par exemple 20% sur les gains, 0% sur les pertes, plus une commission de gestion !

 

Un consensus commence à s'imposer sur le caractère nécessaire d'une réglementation, mais celle-ci devra s'imposer dans tous les pays, sinon il y a un risque d'évasion vers de nouveaux paradis, les hedge funds étant déjà généralement localisés dans ces paradis fiscaux. Il faudrait une volonté politique forte pour qu'une telle réglementation se mette en place. Naturellement, les défenseurs des hedge funds prétendent qu'ils jouent un rôle de stabilisateur des marchés. Mais les crises spectaculaires comme celles de LTCM et de la banque d'affaires Bear Stearns dont la faillite a été provoquée par le hedge fund Carlyle Capital démontrent que cela est obtenu au prix de risques extrêmes.

 

Lors d'une conférence le 11/02/2010, Michel Aglietta a détaillé ses recommandations pour une supervision des hedge funds :

  • enregistrement des gérants
  • limitation de l'effet de levier
  • obligation d'informations sur leurs prises de risque
  • rémunérations avec partage des pertes
  • régulation indirecte via les banques d'affaires
     

L'Union Européenne élabore actuellement une directive qui mettra en application un commencement de supervision. De l'autre côté de l'Atlantique, Paul Volcker tente d'imposer un certain nombre de règles dont l'interdiction aux banques d'effectuer du « trading pour compte propre », c'est-à-dire de spéculer avec leurs ressources propres. Mais il sera bien difficile d'obtenir que les paradis fiscaux soient règlementés et des actions de « lobbying » intense se poursuivent à Bruxelles et à Washington, qui risquent d'atténuer la portée des mesures prises.


Pourtant cette supervision est absolument nécessaire d'une part pour diminuer les risques du système financier et d'autre part le ramener dans le droit chemin du financement de l'économie, qui est son rôle essentiel.


 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 13:59

Notre cher institut de la statistique et des études économiques – l'INSEE, nous répète à longueur d'année et plus particulièrement à cette époque des voeux que la consommation est le moteur de la croissance de l'économie française. Naturellement, les médias reprennent en coeur ce leit-motiv. Consommez, consommez, consommez, voilà le refrain que l'on ne cesse de chanter aux oreilles des Français, et grâce à la croissance de la consommation, le chômage diminuera et tout ira mieux.

Et pourtant, il est sûr qu'une croissance de la consommation contribue à gonfler les importations et à pousser dans le rouge la balance des paiements. Ceci en fait conduit à un appauvrissement du pays.

Et pourtant, un facteur est potentiellement beaucoup plus efficace pour générer de la croissance : ce sont les exportations ; elles constituent environ 1/4 du PIB et peuvent croître beaucoup plus rapidement que la consommation puisque le marché auquel elles s'adressent est le marché mondial ! Une croissance de 10% des exportations induirait donc une croissance d'environ 2% du PIB et bien sûr les emplois qui vont avec.

Quand on constate ce qui se produit chez nos amis allemands : leurs exportations peuvent redémarrer rapidement avec des progressions de plusieurs dizaines de %, et alors leur économie s'en trouve dynamisée de manière incomparable. 
 

Bien sûr, le problème est que l'INSEE a bien des difficultés pour prévoir l'évolution du commerce extérieur alors qu'il possède une surabondance d'outils pour prévoir la consommation ! Quand on pense à l'importance du commerce extérieur pour l'économie francaise, le tuteur de l'INSEE qui est l'Etat serait bien avisé de l'engager à améliorer sérieusement ses outils de mesure et de prévision du commerce extérieur. Les industriels (qui font plus 80% des exportations) en seraient bien reconnaissants.

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