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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:18

Il y un an, l'AFIC (Association Française des Investisseurs de Croissance) s'inquiétait de la baisse des fonds levés par les acteurs du capital investissement. La tendance n'a pas changé. Les banques et les assureurs sortent du marché sous la pression des réglementations Bâle III et Solvabilité II ; les épargnants se restreignent et font des économies en prévision des notes diverses qu'ils vont recevoir du percepteur.

 

Alors que font les entrepreneurs ambitieux, notamment ceux de l'Internet qui doivent à tout prix viser une forte croissance ? En effet, sur Internet, il y a une prime élevée au numéro un et il est difficile d'exister si on ne fait pas la course en tête. Pour trouver les fonds nécessaires à cette croissance, ils font feu de tous bois et vont chercher des fonds dans le monde entier. Certains commentateurs prétendent qu'ils vont ailleurs qu'en France parce que les fonds de capital risque et de développement français ne pourraient plus suivre. Ce n'est pas aussi simple ….

 

L'observatoire des investissements dans l'Internet récemment publié par KPMG qui a étudié les levées de fonds entre janvier 2010 et juin 2012, permet d'éclairer en partie la situation.

 

Les sociétés françaises de l'Internet ont levé 830 millions d'euros sur un total de 238 opérations sur cette période de 18 mois. Les 20 opérations les plus importantes représentent 40% des fonds levés. Le secteur du commerce électronique est le plus dynamique avec 93 levées de fonds (39% du total) et 404 millions € soit 49% du total. Suivent les secteurs du service électronique (120 M€), du marketing (100 M€) et du social (94 M€) et le tiercé gagnant est constitué de : Fotolia (120 M€ en mai 2012), ShowroomPrive (37 M€), CommentCaMarche (27 M€).

 

La très forte majorité des montants levés viennent des fonds d'investissement (54%) et d'investisseurs privés (business angels) (44%) ; les fonds d'entrepreneurs (Kima, Isai, Jaina), les fonds corporate et les fonds à capitaux publics interviennent chacun pour 9%, plusieurs types d'investisseurs pouvant être représentés dans une même opération. Et il y a eu seulement 3 introductions en Bourse ...

 

En fait, les sociétés de l'Internet les plus dynamiques ont des ambitions mondiales. Afin de s'implanter rapidement dans une région du Monde, il est particulièrement important de lever des fonds dans la région même. Par exemple Criteo a successivement levé 3 M€ en France, puis 5 M€ aux Etats-Unis (avec Bessemer) et dernièrement 30 M€ au Japon (avec Softbank). Criteo a pu ainsi déclencher une visibilité renforcée sur chacun de ces marchés et s'assurer l'aide des investisseurs locaux pour développer l'activité. Pour Criteo, la prochaine étape est la Chine, un marché très fermé selon son dirigeant Jean-Baptiste Rudelle. Une nouvelle levée de fonds s'imposera, avec des investisseurs chinois, cette fois-ci. Il semble que le fait de se rapprocher avec l'« éco système » local soit plus important que le montant des fonds levés. Bien sûr, les actionnaires des précédentes levées doivent accepter d'être dilués, mais c'est le prix à payer pour une développement mondial et une présence significative sur les marchés clefs.

De même, après plusieurs levées de fonds en Europe, Fotolia a levé 120 M€ en mai 2012, auprès de KKR à New York avec pour principal objectif d'accélérer son développement en Amérique du Nord.

 

Tout ce qu'on peut donc souhaiter à nos jeunes pousses de l'Internet, c'est de franchir les frontières et d'aller au-delà des océans pour rencontrer des investisseurs aux poches profondes qui les aideront dans leur développement mondial. Sont-elles toutes prêtes à franchir le pas un jour ? Sinon, il leur arrivera ce qui s'est produit par exemple pour Price Minister : se faire avaler par un groupe, le japonais Rakuten en l'espèce, ou par un concurrent comme cela a été la cas pour iBazar rachetée par eBay en 2001. Dans les deux cas, c'est la disparition à plus ou moins brève échéance.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:04

Le feuilleton Lacoste vient d'aboutir à sa conclusion : tous les membres de la famille vont céder leurs parts dans l'entreprise créée en 1933 par René Lacoste, au groupe suisse Maus Frères. Le prix proposé était vraiment attractif : il valorise l'ensemble des parts à 1,25 milliards €. Difficile de résister, quand on sait que le chiffre d'affaires de Lacoste est d'environ 140 millions €.

 

La galaxie Lacoste

 

René Lacoste, champion de tennis des années 1920, fit confectionner en 1927 pour son usage, un lot de chemises en coton en maille aérée, absorbant la transpiration. En 1933, il s'associe avec André Gillier, dirigeant d'une des plus grandes bonneteries de Troyes fondée en 1825, et créateur de la première marque de sous vêtements masculins Jil en 1929, pour lancer cette chemise en « jersey petit piqué » blanc, nommée la « 1212 » avec son emblème le crocodile.

Pour la première fois, un vêtement est commercialisé avec sa marque, le fameux crocodile, brodée à l'extérieur, bien en évidence. René Lacoste est à l'origine d'autres inventions destinées au sport qui le passionne : en 1927, une machine à lancer les balles de tennis, en 1961, une raquette en acier qui donnera le signal de l'abandon du bois. Cette raquette innovante commercialisée par Wilson gagnera 46 tournois de Grand Chelem de 1966 à 1978 !

 

En parallèle, Lacoste licencie d'autres partenaires : en 1968, une Eau de Toilette pour hommes avec le parfumeur Jean Patou, racheté depuis par Procter & Gamble ; en 1985, des chaussures de sport avec Pentland ; une ligne de maroquinerie avec Samsonite reprise par Devanlay en 2010, des montres (Movado), du linge de maison (Zucchi te Uchino), des bijoux (GL Bijoux), des lunettes (Marchon) ….

 

Aujourd'hui, un réseau de plus de 1000 boutiques Lacoste et 2000 autres points de vente diffusent les produits de la marque dans plus de 110 pays, dont 15% aux Etats Unis, 9% en France, 6% en Chine et 6% en Italie, pour un total des ventes 2011 de 1,6 milliards € … Les vêtements réalisés par Devanlay restent le point fort de la marque avec 60% des ventes, Lacoste touchant 8% de royalties sur ces ventes.

 

 

Devanlay

 

Pierre Levy qui a épousé l'héritière d'une usine de maille, rachète l'usine Devanlay-Recoing dans les années 30, puis l'ensemble des Etablissements Gillier en 1961, plusieurs années après le décès d'André Gillier en 1935.

En 1975, Léon Cligman, gendre de Pierre Levy, reprend la direction de Devanlay alors en difficulté et la redresse, en renouant avec les bénéfices trois ans plus tard. En 1996, Devanlay avait un chiffre d'affaires de 300 millions € et un bénéfice de 17 millions €, constitué essentiellement de la marque Lacoste et de marques de sous-vêtements (Scandale, Jil, Coup de coeur, Orly). Agé de 77 ans en 1998, Léon Cligman, vend son groupe à Maus Frères pour 440 millions €.

Aujourd'hui, Devanlay poursuit son développement en France avec 8 sites industriels, plus de 1000 salariés, dans l'Aube, la Marne, la Meuse,... et des ventes de 1,4 milliards €, se consacrant depuis 2000, à la confection de tous les articles en maille Lacoste. On notera qu'elle est confrontée à une pénurie de main d'oeuvre qualifiée …

 

 

Maus Frères

 

Le groupe suisse Maus Frères rachète ainsi en 1998, 90% de Devanlay, 10% étant conservé par Lacoste. Ce groupe fondé en 1902 par Ernest et Henri Maus et Léon Nordmann avec l'ouverture en 1902 de leur premier supermarché à Lucerne. Les enfants des fondateurs poursuivent le développement dans la distribution en créant un réseau de grands magasins, à Bâle, Lausanne, Genève puis, en 1974, un premier hypermarché Jumbo à Dietlikon, dans les années 1980, une chaîne de restaurants Manor et en 1985 avec l'ouverture des premiers City-Disc, en 1994, les premiers magasins electroPlus et Jeans & Co, puis en 1995, le premier magasin Athleticum, enfin en 1998, la franchise des magasins de mobiliers Fly.

À partir de 1996, le groupe se développe hors de Suisse avec l'achat des parapharmacies françaises Parashop. Après l'acquisition de Devanlay en 1998, Maus Frères rachète en 2003 la marque de sport et d'extérieur Aigle et en 2008, devient l'actionnaire principal de la marque de vêtements suédoise Gant.

Cet empire familial dirigé par Didier Maus, 56 ans, de la quatrième génération, a un chiffre d'affaires global de 4,4 milliards € (2011) et 22 000 salariés.

 

 

La famille Lacoste

 

Pendant 35 ans, le fils ainé de René Lacoste, Bernard a présidé l'entreprise. En 2005, il démissionne pour raisons de santé et décèdera peu après. Son frère Michel lui succède. En 2012, agé de 69 ans, il doit céder sa place et essaye de favoriser sa nièce Béryl, fille de Bernard. Mais c'est sa fille âgée de 36 ans, Sophie Lacoste-Dournel qui est élue le 24 septembre 2012, par le conseil d'administration, après plusieurs années de conflit avec son père.

C'est alors que Michel Lacoste décide de céder sa participation de 30,3% dans Lacoste à Maus Frères qui en possède déjà 35% depuis l'acquisition de Devanlay et qui élargit son offre à l'ensemble de la famille. Michel a préféré confier l'avenir de Lacoste aux suisses plutôt qu'à sa fille qu'il taxe d'incompétence. Il a ainsi déclaré à la presse : "ne pas vouloir mettre en péril l'avenir de Lacoste" et qu'une cession était "la meilleure façon de soutenir la marque".

Pendant quelques jours, les autres membres de la famille qui possèdent 28,3% du capital, recherchent un financement qui pourrait leur permettre de bénéficier de leur droit de préemption prévu au pacte d'actionnaires et empêcher la prise de contrôle par le groupe suisse. Il y a quelques années, ils avaient pu racheté ainsi la part d'Anne et de Christine, deux filles de François (un autre frère), mais au bout de deux ans et demi de procédure...

Cette fois-ci, cela n'a pu fonctionné, la barre a été fixée trop haut par Maus Frères.

Ils ont accepté leur offre. Sophie Lacoste-Dournel a expliqué à la presse, que cette décision avait été "très difficile et très douloureuse", mais que "c'était la seule qui puisse être prise pour la pérennité de l'entreprise et de ses salariés", ajoutant que "ces actions nous avaient été léguées par nos grands-parents, non pas dans un esprit de possession mais de transmission".

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Clairement, l'adage selon lequel de nombreuses affaires familiales disparaissent à la 3è génération se trouve en quelque sorte confirmé : le père crée et développe, les enfants maintiennent et les petits enfants dilapident.

Dans le cas de Lacoste, on pourrait même dire que les enfants ont commencé le travail.

En effet, à la fin des années 1990, Bernard et Michel Lacoste confient à Devanlay la moitié des 1 200 boutiques du groupe, situées dans 114 pays. Et en 2010, Michel met un terme à son partenariat avec Samsonite pour la maroquinerie et offre la licence à Devanlay. Lacoste devient de plus en plus dépendent de Devanlay qui pèse 70 % du chiffre d'affaires de la marque.

En 2002 puis en 2008, Maus Frères avaient déjà tenté de racheter Lacoste, profitant de luttes entre les héritiers.

 

Comme toujours, une transmission familiale qui tourne à l'échec est le résultat de nombreuses années d'impréparation et de mauvaise gestion des conflits. A l'évidence, dans le cas Lacoste, très tôt, Bernard n'a pas su ou n'a pas pu organisé sa succession. Et il ne fallait surement pas que son frère lui succède. Personne, parmi la 3è génération, n'a pu être formé au sein de la famille qui ait les qualités et les capacités pour maintenir les liens, obtenir la confiance de tous, notamment de ceux de la 2è génération, et communiquer une vision et une stratégie pour l'avenir.

Cela n'était certainement pas très facile, Lacoste étant une affaire assez particulière dont le savoir-faire est essentiellement dans le développement d'une marque et faisant confiance à des licenciés pour fabriquer et diffuser. Mais le cas est fréquent dans le domaine du luxe et de la mode.

Il est certain par exemple, que la stratégie initiale d'ouverture de boutiques vendant tous les produits de la marque quel que soit le licencié, sous un même toit, était un élément clef de pérennité de l'entreprise, assurant le contact avec les clients finaux et le marketing aval. Le transfert de quelques 600 boutiques à Devanlay à la fin des années 90 a été un premier signe de divergence loin d'une stratégie de poursuite de l'entreprise à long terme.

 

On peut s'interroger pourquoi une entreprise familiale suisse dirigée par la 4è génération a su reprendre une pépite française à la 2è et 3è génération ?

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 21:06

Pricewaterhouse Coopers (PwC) et l'association FBN France viennent de réaliser une enquête sur les entreprises familiales françaises en interrogeant 270 dirigeants. Membre du réseau international de 25 associations du Family Business Network (FBN), FBN France fédère les membres familiaux d’entreprises dont le capital est contrôlé par la même famille depuis au moins deux générations ; elle accompagne aussi les familles qui préparent leur première transmission ; sa mission est de favoriser le succès et la pérennité des entreprises familiales.

 

En résumant la définition de la Commission Européenne, sont désignées comme familiales les entreprises contrôlées par un ou plusieurs membres d'une famille, qu'ils soient de la première génération ou des suivantes. En France, elles représentent 83% des entreprises (60% en Europe).

 

En préambule, on notera que les seules indications sur la population des dirigeants interrogés, sont que le chiffre d'affaires de leur entreprise est compris entre 10 millions € et 1,5 milliards €, qu'ils sont de la 1re à la 4e génération et dans toutes les régions de France et dans tous les secteurs. Aucune autre information n'est fournie tendant à déterminer le caractère représentatif de l'échantillon. On peut penser que les personnes interrogées sont des membres de FBN France, mais ce n'est pas certain. 

Les résultats devront donc être interprétés avec prudence et plutôt en termes qualitatifs, en tant qu'indicateurs de tendance.

 

Une croissance supérieure à la moyenne, tirée par l'international

 

60 % des dirigeants interrogés confirment une croissance supérieure à 5 % de leur chiffre d’affaires 2011 par rapport à 2010, 33 % d'entre eux, une croissance supérieure à 10 % et 7% supérieure à 25%. Les deux facteurs dominants pour les entreprises de croissance sont la présence à l'international et la taille (supérieure à 50 millions €). On ne s'en étonnera pas ! Il existe bien sûr un « cercle vertueux » : à partir d'une certaine taille sur son marché, une entreprise a la capacité d'investir en développement international, elle aborde alors un potentiel beaucoup plus large qui se retrouve dans une croissance plus dynamique.

Le caractère ambitieux et dynamique de l'échantillon des dirigeants interrogés se confirme par le fait que 57 % d’entre eux annoncent une stratégie de croissance et d’expansion pour 2012, en hausse par rapport à 2011 (53%).

 

Il y a 20 ou 30 ans, on constatait que la présence à l'international se résumait souvent par une activité en Europe et dans les pays francophones, en Afrique en particulier. Cette situation a considérablement évolué : 51% des répondants sont en Asie et 39% en Amérique du Nord. A l'évidence, la « grande exportation » se développe.

 

Une relation privilégiée avec les banques

 

Il est tout à fait remarquable que plus des 3/4 des dirigeants interrogés considèrent leurs banques comme de véritables partenaires qui savent s’adapter à leurs besoins et y répondre rapidement et efficacement, capables de les accompagner dans le développement de leur entreprises. Il semble que cette relation de confiance se soit bâtie au fil des années, parfois depuis plusieurs générations..

Il est aussi certain que ces entreprises présentent un risque faible pour les banques.

 

Et l'autofinancement ?

 

Les auteurs de l'étude décernent un étrange satisfecit aux entreprises, en prétendant qu'elles affichent un taux important de réinvestissement des bénéfices. 

Les chiffres en parlent autrement : 57% des répondants ont réinvesti de 1 à 10% des bénéfices sur les deux derniers exercices. Ce qui signifie en fait qu'entre 90 et 99% des bénéfices ont été versés en dividendes pour les actionnaires. Et seuls 17% des répondants ont réinvesti 25% ou plus des bénéfices. Aucune information n'est donnée sur les entreprises qui auraient réinvesti 50% ou même 100% de leurs bénéfices.

On est loin du comportement des entreprises de forte croissance, les fameuses gazelles, qui devraient réinvestir la totalité de leurs bénéfices pour financer leur développement, la récompense venant pour les actionnaires au moment de la mise en bourse ou du rachat de leurs parts.

Contrairement à ce que prétendent les auteurs, même les entreprises familiales, supposées les mieux gérées et ayant une stratégie de long terme, s'autofinancent peu en France. Il en résulte qu'elles manquent de fonds propres !

Ce qu'il en ressort, ce que nous savons par d'autres études, c'est que les entreprises françaises même familiales ont une rentabilité faible et des bénéfices limités, ce qui les oblige à les utiliser en grande partie pour rémunérer les actionnaires et à avoir recours au financement bancaire pour leur développement. Voilà en corollaire, l'explication du « message d'amour » envoyé aux banques.

 

Une volonté de transmission familiale

 

Les répondants appartiennent pour 36% à la 1ère génération, 26% à la 2è et 38% au-delà. 58 % des dirigeants de 1re génération ont déclaré vouloir transmettre à la génération suivante. Ce taux apparaît très élevé et s'explique certainement parce qu'il s'agit sans doute de membres de FBN France qui adhèrent à l'Association justement pour qu'elle les aide à transmettre à leurs enfants.

Il me semble par contre symptomatique du tissu des entreprises françaises que les entreprises de 3è génération et au-delà soient minoritaires : il témoigne de la difficulté en France de transmettre au delà de 1, 2 ou 3 générations.

Il est certain qu'un effort est fait pour impliquer la nouvelle génération dans l'entreprise et la préparer à prendre les rênes. C'est ce qu'on répondu 53% des dirigeants. 

Toutefois 1/4 d'entre eux sont prêts à considérer ou ont déjà recours à un DG externe pour se donner du temps et identifier le repreneur au sein de la famille.

 

Alors se pose la question du financement de la transmission : le pacte Dutreil institué seulement en 2003, est cité comme étant un élément important. Il permet en effet de réduire de 75% la valeur pour le calcul des droits de mutation, de l'entreprise donnée aux héritiers, à condition que ces derniers s'engagent à conserver les titres. Mais on sait pas vraiment si il est largement utilisé. Il semble cependant que le pacte Dutreil soit insuffisant pour la transmission des grosses PME et ETI familiales. 

Favoriser la transmission familiale est un chantier encore inachevé et pourtant stratégique pour la pérennité des entreprises et de l'emploi.

 

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 21:24

La SNCF sait que l'environnement des transports va devenir de plus en plus concurrentiel en France où elle réalise près de 80% de son chiffre d'affaires. Elle s'attache donc à améliorer sa compétitivité en France, avec l'aide bienveillante de l'Etat qui finance le TGV, des régions qui achètent pour elle des rames de TER, des entreprises qui la subventionnent par le versement transport et en s'adossant à une dette de près de 16 milliards € (*), qu'on peut considérer comme garantie de manière illimitée par l'Etat français.

 

Mais la SNCF n'a pas les ressources nécessaires pour développer et financer ses filiales et même les manager comme des entreprises normales. On a vu comment elle a laissé SeaFrance péricliter jusqu'à la liquidation, comment elle a fait reprendre Sernam par sa filiale Geodis, alors qu'elle l'avait vendue en mauvais état aux cadres dirigeants en 2005 ; cette reprise a permis d'éviter un drame de l'emploi, mais a fragilisé Geodis au passage.

 

Sa filiale de ferroutage Novatrans était en grandes difficultés avec des pertes de 18 millions € en 2011 et 13 millions € en 2010, sur des ventes respectives de 87 millions € et 80 millions €, et des capitaux propres négatifs de – 15,7 millions € au 31 décembre 2011 ! Faute d'une recapitalisation d'urgence, elle allait à la liquidation. Le groupe Charles André vient de lui apporter la solution cette semaine, en proposant la reprise de 110 salariés sur un total de 257 ; les autres iront grossir les effectifs de la SNCF … Voilà une reprise dont on ne va sans doute pas beaucoup parler : encore une filiale d'un groupe public qui partait à la dérive, sauvée par un groupe privé !

 

Ce qui est plus grave, c'est que la SNCF n'a pas la possibilité de permettre à un de ses plus beaux fleurons : Geodis, de se développer à l'international en logistique et en transport de frêt, alors que le marché français et européen devient plus difficile, notamment avec la concurrence d'Euro Cargo Rail (filiale de Deutsche Bahn) et d'Eurotunnel. En effet, selon Les Echos, cet été, Geodis ambitionnait de racheter Phoenix International, basée dans l'Illinois, pour 500 millions $. Cette entreprise de 2000 salariés et 800 millions $ aurait permis à Geodis d'accentuer sa présence en Amérique du Nord. La seule solution possible était de financer par de la dette, ce qui n'a pu passer compte tenu de l'énorme endettement du groupe. Un concurrent américain de Geodis, C.H. Robinson a donc racheté Phoenix.

 

Naturellement, personne ne songe à privatiser, même partiellement, la SNCF. Pourquoi ? On peut se le demander, en partie certainement à cause d'un manque de courage politique. Il faudrait d'abord la transformer en société anonyme, puis ouvrir le capital peut–être à hauteur de 15% comme on l'a fait pour EDF. Cela permettrait au groupe de se financer autrement que par de la dette, de se développer à l'international, d'utiliser son savoir-faire sur des marchés en croissance, et finalement mieux contribuer à la richesse nationale. Je suis prêt à parier que les politiques qui oseront le faire ne sont pas encore nés.

 

(*) dettes financières de 15,839 milliards € tiré des comptes 2011 publiés sur le site ; différent des chiffres publiés par la presse (8,3 milliards €) : pourquoi ?

On notera au passage que la dette de RFF (à qui la dette de la SNCF a été transférée en 1997) à fin 2011 est de 28,6 milliards € et augmente de 1 à 2 milliards € par an. La SNCF a donc réussi à se reconstituer une dette de près de 16 milliards en 15 ans ! Voilà de belles bombes à retardement qui vont un jour sauter à la figure de qui ? 

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 16:10

L'Institut Pasteur est un foyer assez remarquable de création d'entreprises dans le domaine des biotechnologies : depuis 1987, plus de 15 entreprises ont été créées à partir de ses travaux de recherche. Pour les accueillir, un incubateur Pasteur Biotop a été fondé en 2000. Actuellement, ces entreprises génèrent un chiffre d'affaires global d'environ 35 millions € et emploient plus de 250 personnes. Deux d'entre elles ont été introduites en Bourse sur Alternext : Hybrigenics et Cellectis.

 

Les jeunes pousses incubées à l'Institut Pasteur ont des besoins de financement très différents des sociétés de l'Internet et de logiciel, fréquemment bien connues du public. Souvent, ces dernières peuvent aller loin dans le développement de leurs produits avec des ressources limitées ; elles peuvent aussi générer rapidement du chiffre d'affaires. Au contraire, dans le domaine des thérapies, du diagnostic, de la médecine, plus généralement des biotechnologies, des fonds importants sont nécessaires afin de conduire la recherche et surtout les essais pré cliniques puis cliniques ; et les premières ventes sont réalisées plusieurs années après les premiers résultats de la recherche.

 

Theravectys lève 7,5 millions €

 

Parmi les jeunes entreprises de l'Institut Pasteur, Theravectys poursuit le développement de vaccins basés sur la technologie dite des vecteurs lentiviraux ; la première application visée est celle d'un vaccin curatif contre le SIDA.

Theravectys vient de réussir une levée de fonds d'un montant de 7,5 millions €, la troisième depuis sa création en 2007, en vue notamment des essais cliniques de phase I et II de ce vaccin. Beaucoup d'espoirs sont fondés sur ce nouveau vaccin, en particulier parce qu'il sera curatif et permettra d'éliminer les polythérapies coûteuses et contraignantes, auxquelles les pays en voie de développement n'ont pas accès.

 

Fait remarquable, cette levée de fonds a été entièrement réalisée avec dix investisseurs privés, dont le fonds Tethys détenu par la famille du fondateur de l'Oréal et des personnalités et entrepreneurs du monde la finance et de l'alimentaire … Tout se passe comme si ces investisseurs, des business angels de « gros calibre », prenaient la place des acteurs traditionnels du capital risque, les fonds d'investissement de « private equity ».

 

Il y a quelques mois, en octobre 2011, une autre jeune entreprise de l'Institut Pasteur, Cellectis a, elle aussi, levé des fonds, 50 millions €, grâce pour la moitié, à un investisseur privé, chef d'entreprise diplômé de Centrale Lyon, venant de l'industrie des équipements électriques. L'autre moitié a été apportée par l'Etat (le FSI) ...

 

Les intermédiaires financiers sont à l'évidence court-circuités, peut-être en partie à cause de leurs mauvais résultats au cours des dix dernières années comme on le constate en parcourant mon récent article ; ils sont donc affairés à sauver leurs participations et ont beaucoup de mal à lever de nouveaux fonds. Il y a aussi l'effet des règlementations Bâle III et Solvabilité II qui entraînent la fuite des banques et des assureurs : ils abandonnent leur rôle de financement de l'économie dans les domaines comme le capital risque où il faut avoir des équipes solides pour effectuer les bons choix d'investissement et où la rentabilité est sujette à de forts aléas.

 

On a déjà vu dans le domaine de l'Internet que les entrepreneurs qui réussissent, se regroupent pour créer leur propre véhicule d'accompagnement des jeunes pousses dans leur domaine ; certains même comme Xavier Niel ou Marc Simoncini, lancent leur propre structure de financement. Naturellement, ils se sentent bien plus à l'aise que d'autres pour juger personnellement de la qualité des créateurs et de leurs projets.

 

Tout ce que l'on peut espérer, est que ces investisseurs privés tiennent bon et restent avec nous, malgré « la chasse aux riches » en cours actuellement.  

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:09

Avant la conférence sociale début juillet 2012, l'institut COE-Rexecode (*) a publié une étude macro économique sur la situation des entreprises en France, à partir des données de l'INSEE. Selon le président de l'institut, « le tissu productif français a subi un double choc au cours de la dernière décennie. D'abord, un choc de coût lié à la réduction de la durée du travail au début des années 2000, suivi ensuite par une forte récession (en 2008-2009) qui a accentué la dégradation des capacités financières des entreprises. »

 

L'institut constate une rupture de tendance au tournant de l'an 2000 : au sein de la zone Euro, la part des exportations françaises vers le reste du Monde s'est maintenue autour de 16% dans les années 90 puis a chuté progressivement jusqu'à 13,1 % en 2011, avec toutefois une relative stabilisation à partir de 2007 (entre 13,4 et 13,1 %), témoin d'une perte des parts de marché et de compétitivité.

Plus près de nous, entre 2007 et 2011, le PIB (produit intérieur brut) a stagné, sa croissance de 5,7 % en € correspondant à la hausse des prix, indiquant que l'effet de la crise financière de 2008-2009 n'a pas encore été surmonté.

Dans ce laps de temps, la valeur ajoutée (**) des entreprises (hors entreprises individuelles, agriculture, secteur financier et activités immobilières) a diminué de 1,2 % (sa croissance a été inférieure à l'inflation). A l'opposé, le revenu disponible brut des ménages a augmenté de 2,6 %, partagé entre 50 % d'augmentations de salaires et 50% de prestations sociales. La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a en effet augmenté de 64,6 % à 67,8 % – ce qui est supérieur de 2 % au niveau moyen des années 90 ; alors que l'EBE des entreprises (ce qui reste de la valeur ajoutée après paiement des salaires, charges sociales et impôts) a lui diminué de 11 %.

 

Plus généralement, depuis 2000, le taux de marge des entreprises (EBE/valeur ajoutée, 30,7 % en 2000 et 31,7 % en 2007) est tombé à 28,6 %, son plus bas niveau depuis 1985.

De 2000 à 2011, la situation financière des entreprises s'est donc dégradée :

  • baisse du profit net (après amortissements) de 63,2 à 56,1 milliards € (après correction de 19,8 % pour l'inflation),

  • baisse de l'autofinancement de 7 % (capacité de l'entreprise de financer elle-même son développement commercial et ses investissements)

 

On remarquera au passage que, dans les faits, et malgré la crise financière de 2008-2009, le précédent gouvernement a "respecté" sa promesse de privilégier le pouvoir d'achat des salariés et il l'a fait à peu près à parité d'une part au détriment de la marge des entreprises et d'autre part en augmentant le déficit public !

Maintenant, il en résulte que les entreprises qui ont puisé dans leurs fonds propres et emprunté pour investir, ont des capacités de rebond très amoindries, d'autant plus que l'accès au crédit bancaire devient plus difficile, notamment à cause des contraintes de Bâle III.

Notons en plus qu'au lieu d'encourager l'orientation de l'épargne des particuliers vers le financement des entreprises qui en ont bien besoin, on met en place toutes sortes de mesures notamment fiscales qui vont dans le sens opposé. Les particuliers qui ont bien compris le message, fuient d'ailleurs la Bourse et achètent de l'immobilier.

 

Et l'industrie ?

 

Au milieu de cette évolution globalement défavorable des entreprises, en examinant le diagramme des taux de marge depuis 2000 ci-dessous, on constate que c'est l'évolution de l'industrie manufacturière qui en est presqu'uniquement la cause ; en effet, la construction et le bâtiment vont même mieux en 2011 qu'en 2000 et les services se maintiennent avec seulement une légère érosion de leur marge ; l'industrie, quant à elle, voit son taux de marge passer de 33 % en 2000 à 21,6 % en 2011, soit une baisse de 40 %. L'EBE de l'industrie est passé de 9,3 % de son chiffre d'affaires global en 2000 à 5 % en 2011 !

C'est parait-il, comme certains de nos politiques l'affirment, à cause d'erreurs stratégiques de la part de nos industriels, notamment dans l'automobile ! Mon lecteur comprendra que cette affirmation n'est pas sérieuse et ne prend pas la mesure du problème qui est global en France.

On peut dès maintenant méditer sur le fait que la construction et le bâtiment et, dans une moindre mesure, les services sont des secteurs isolés de la concurrence internationale. Bien sûr, il y a la crise du logement et il faut construire. Alors on favorise cette industrie essentiellement locale qui ne risque pas de perdre des contrats face aux coréens et autres taïwanais et en plus, on pousse les particuliers à investir dans l'immobilier (Scellier), alors que l'industrie est en danger !

taux de marge

Pourquoi cette perte de rentabilité ?

 

De 2000 à 2011, la valeur globale de la production industrielle a diminué de 1,5 %.

En parallèle, les consommations intermédiaires – tout ce qu'achète l'industrie, notamment l'énergie, les matières premières, ont augmenté de 22,9 %, ce qui a conduit à un recul de la valeur ajoutée de 8,1 %.

Côté salariés, les rémunérations ont augmenté de 34 %, le nombre d'heures travaillées diminuant de 25 % (mouvement enclenché par les 35h). Il en résulte que la part de la rémunération des salariés est passé de 61,8 % en 2000 à 72,8 % de la valeur ajoutée, le taux de marge connaissant une évolution opposée.

Il apparaît que l'industrie n'a pas pu répercuter cette hausse de l'ensemble de ses coûts dans ses prix tant en France qu'à l'export. C'est bien ce que l'on appelle une perte de compétitivité.

 

Pourtant les entreprises investissent et font de la R&D !

 

Rapporté à la valeur ajoutée, le taux d'investissement des entreprises est même plus élevé en 2011 qu'en 2000 (20 % pour 18 %). Ce qui les amène à s'endetter, faute d'un autofinancement suffisant.

Et les dépenses de R&D se situent à 7,3 % de l'EBE soit légèrement au-dessus de la période 1995 - 2010, et un peu en dessous de l'Allemagne (7,7 %), mais compte tenu de la faible rentabilité des entreprises françaises, le taux est de 1,4 % du PIB français pour 1,8 % en Allemagne ...

 

Et l'industrie européenne ?

 

D'après les données d'Eurostat, entre 2000 et 2011, l'EBE de l'industrie française a baissé de 35 %, alors qu'il a progressé de 18 % dans la zone Euro et de 51 % en Allemagne. L'EBE industriel allemand est ainsi passé de 1,5 fois à 3,5 fois l'EBE industriel français !

Le taux d'autofinancement des entreprises françaises est tombé de 88 % en 2000 à 67 % en 2011 alors que dans la zone Euro, le mouvement a été inverse, passant de 75 % à 91 %.

Et le coût du travail salarié industriel a progressé de 18 % de plus en France qu'en Allemagne.

 

Qu'en conclure ?

 

Ce qui est encourageant, c'est que pendant ces années difficiles, l'industrie française a continué d'investir en équipements et de dépenser en R&D, le crédit impôt-recherche, une mesure qui fait l'unanimité des industriels y contribuant largement. Il est certain qu'un élargissement de ce crédit d'impôt à l'innovation sous d'autres formes et pas seulement technologiques, pourrait amplifier le mouvement. Il paraît que l'avantage compétitif le plus significatif des produits français se situe dans le design et l'ergonomie. C'est donc un domaine à encourager fortement.

 

Un autre indice remarquable est le mouvement de relocalisation de certains industriels, moyennant des investissements de production importants. Se pose alors la question du financement de ces investissements : il paraît impératif d'influer sur les règles de Bâle III pour permettre aux banques françaises de développer leur rôle de financier des biens d'équipement industriel.


Récemment, le ministre des affaires étrangères a indiqué que notre réseau d'ambassades et de consulats devait amplifier son rôle économique ; c'est sûrement une excellente démarche notamment pour aider nos PME à s'implanter sur les marchés à potentiel.

 

(*) Coe-Rexecode est une association qui se présente comme le premier institut français d'études économiques, indépendant des pouvoirs publics, est né de la fusion en 2006, de Rexecode créé en 1957 par Paul Huvelin et du Centre d'Observation Economique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris. Ses 80 adhérents sont des grandes entreprises, PME, institutions financières, organisations professionnelles ou administrations publiques.

(**) Valeur Ajoutée de l'entreprise = Valeur des biens et services produits − Valeur des consommations intermédiaires (tout ce que l'entreprise achète : matières premières, produits semi-finis, services, etc.)

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 15:10

Début 2012, TEB a annoncé qu'elle rapatriait de Chine sa production de caméras robotisées de surveillance vidéo. Située à Meursault, au coeur des vignobles bourguignons, cette entreprise de 90 employés a bien choisi son moment, en pleine campagne de « patriotisme économique ». On peut penser que nos politiques ne se feront pas prier pour célébrer cette relocalisation.

 

Mais cette décision n'a bien sûr aucun rapport avec les calendriers électoraux. Fondée en 1978 par le père du dirigeant actuel, TEB a délocalisé en 2004 la production de ses caméras bulle rotatives et robotisées. Selon le dirigeant, cette démarche a été rendue nécessaire par l'arrivée sur le marché de produits coréens et taïwanais moins élaborés et surtout moins chers.

 

Après une collaboration sans accroc avec un sous-traitant chinois choisi avec soin, des problèmes de qualité apparaissent en 2009, conduisant TEB à organiser sa propre qualité sur place. Puis des doutes sur le respect de la confidentialité par le sous-traitant et le développement d'une nouvelle gamme haute résolution (de « 4è génération ») sont les principaux éléments déclencheurs ayant entraîné la décision d'organiser à nouveau la production en France.

 

A l'évidence, cette nouvelle démarche est l'aboutissement d'une réflexion stratégique : la direction de TEB a dû se rendre compte que, face aux concurrents asiatiques, la solution pour être compétitif était de prendre de l'avance avec des produits plus performants et innovants. Elle développe notamment des logiciels avancés d'analyse comportementale, certains produits étant capables de détecter des « agissements suspects » à partir d'une simple analyse des images. Et pour assurer la protection des ces innovations, la qualité de réalisation et la réactivité nécessaire pour conserver cette avance stratégique, il faut que la production ne soit pas loin des bureaux d'études et des marchés.

 

Contrairement à ce que certains cassandres prétendent, il existe des sous-traitants performants en France qui ont investi et amélioré leur productivité ces dix dernières années. C'est ce que TEB a constaté en s'adressant à des entreprises voisines, à Dijon, Chalon-sur-Saône et Oyonnax. Il lui a fallu investir elle-même 1/2 million d'euros dans une nouvelle ligne d'assemblage et au bout, ses coûts sont tout à fait compétitifs, toujours selon le dirigeant, Stéphane Bidault.

 

TEB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 15 millions € en 2012, ce qui, après tout, ne lui fait pas dépasser sa meilleure année : 2008 avec des ventes de 16,4 millions € et un résultat net de 1,06 million €. A l'époque, elle avait plus de 3 millions € en trésorerie : heureusement pour elle, cela lui a permis d'affronter une baisse importante des ventes tout en investissant.

Et toujours en 2012, l'exportation contribuerait à hauteur de 25 % soit 3,75 millions : voilà en fait la grande nouveauté pour TEB. Ces dernières années, les ventes export oscillaient entre 15 et 20 % du total. Le grand effort à réaliser maintenant est de développer les ventes internationales, face à une concurrence exacerbée. Sur ce point, je ne suis pas convaincu que la bonne stratégie soit en place, avec 3 filiales : Espagne, Pologne et Shanghaï (filiale historique pour le contrôle de la production en Chine). Seule la filiale polonaise est bien placée, le dirigeant annonçant qu'il mettait l'accent sur l'Europe de l'Est et la Russie, délaissant la Chine. Les ventes sont parait-il significatives en Allemagne, mais seulement via des partenaires.

 

En fait, ce qui pénalise TEB, c'est de dépenser bon an mal an 10 % de son chiffre d'affaires en R&D. Peut-être veut-elle en faire trop, en couvrant tous les segments possibles : commerce (des grandes surfaces aux petits détaillants), distribution, logistique, banque, industrie, collectivités, ministères, transport, BTP,... ? Cela lui laisse moins de ressources pour le développement commercial. Et c'est là une faiblesse commune à de nombreuses PME françaises. Il lui faut faire croître les ventes, d'abord en Europe, puis sur des marchés plus lointains tout en limitant l'effort de R&D. C'est un effort de longue haleine, qui exige notamment des produits adaptés pour tous ces marchés, une qualité sans faille et un service disponible même pour les clients les plus lointains, tout cela dans la durée.

 

Prendre cette orientation et s'y tenir, c'est ce que je souhaite à l'équipe de TEB.

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 14:34

L'industrie du capital-investissement joue un rôle clef dans la création, le développement et la pérennité de nos entreprises. Il paraîtra évident à mes lecteurs que, pour que cette industrie joue pleinement son rôle, il faut qu'elle soit en bonne santé, qu'elle soit capable d'attirer les talents et les souscripteurs, en un mot que ses performances soient de qualité.

Depuis 2004, l'AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance) qui regroupe la plupart des sociétés de capital-investissement, étudie avec Ernst & Young et Thomson-Reuters leurs performances et publie toute une batterie d'indicateurs. Année après année, le nombre d'acteurs participant à l'étude augmente ; en 2011, un total de 887 fonds d'investissement ont répondu à l'enquête.

 

 

Le TRI


Le paramètre clef utilisé par toute la profession pour mesurer la performance des fonds est le TRI – taux de rendement interne, que l'on définit par "le taux d’actualisation qui annule la Valeur Présente en un instant T d’une série de flux financiers".

Vu très simplement, si l'on investit 100 et que n années plus tard, on est remboursé par le fonds à hauteur de X, le TRI est tel que X=100 x(1+TRI)par exemple si X=200 c'est-à-dire que l'investissement a doublé de valeur et n=8 ans, le TRI=21/8– 1= 9,05%. L'équation se complique bien sûr si il y a des flux financiers chaque année au cours de la période où l'on souscrit à un fonds, comme par exemple des appels de fonds successifs, des frais de gestion et des distributions aux souscripteurs sous la forme de liquidités ou de parts. Le TRI net prend en compte l'ensemble de ces flux.

 

Le TRI long terme des fonds depuis 1988 est de 8,31% selon l'étude. Mais les résultats sont très différents selon le type de fonds : capital risque, développement ou transmission :

–1,5% pour le Capital Risque (Venture Capital) qui intervient en phase de création ou au début de l'activité d'une jeune pousse (start-up),

+7,9% pour le Capital Développement auquel la jeune pousse a recours quand elle commence à dégager des profits et souhaite accélérer sa croissance,

+14,5% pour le Capital Transmission qui intervient associé à une équipe de dirigeants et accompagné de financiers pour réaliser l'acquisition d'une entreprise existante. Le recours à une dette pour compléter le financement permet un effet de levier (LBO).

L'étude de l'an dernier donnait des résultats sensiblement différents : 9,3% pour l'ensemble des fonds, –2,5% en capital risque, +8,7% en capital développement et +16,2% en capital transmission.

Sur 10 ans, le TRI est de 8,5% à comparer à la performance de 0,2% de l'indice CAC40 et de 2,5% du SBF250 (les 250 premières valeurs de la Bourse) : le capital investissement est bien plus rentable que la Bourse ... 

 

 

Le capital transmission

 

La baisse des TRI en capital transmission entre 2010 et 2011, serait due à des prix de cession plus bas et une diminution des valeurs d'entreprise en portefeuille ; des prix de cession plus bas reflètent l'atonie du marché de la transmission, causée en grande partie par la réticence des banques à financer des transmissions. Bien que les banques continuent officiellement de financer l'économie, en réalité, les dossiers de transmission prennent depuis des mois l'escalier avec des étapes à de nombreux étages où ils peuvent rester bloqués, tandis que les dossiers de financement de machines ou d'immobilier prennent facilement l'ascenseur …

Cette situation est confirmée par l'étude récente d'Argos Soditic pour la zone Euro, qui observe depuis le début de 2012, une baisse de 9,1% de la valeur des entreprises lors des opérations de transmission LBO avec des prix étant passés de 7,4 x EBITDA(*) à 6,6 x EBITDA ; sur le 1er semestre 2012, l'activité LBO représente seulement 10% des acquisitions d'entreprises moyennes, le niveau le plus bas depuis 2002. Par contre, les acquéreurs industriels et surtout étrangers à la zone Euro (chinois pour un grand nombre d'entre eux ?) pour plus de 50%, sont eux prêts à offrir des prix plus élevés de l'ordre de 7,5 x EBITDA. Les acteurs du capital-transmission ne peuvent pas suivre, faute de pouvoir lever de la dette. Ceci est en partie causé par les contraintes que Bâle III impose aux banques.

La transmission est un facteur essentiel de la pérennité des entreprises. Que peut faire un entrepreneur qui ne trouve pas de solution pour transmettre son entreprise ? Soit il continuera de la diriger dans l'attente d'une solution et jusqu'à quand ? soit il arrêtera l'activité et remerciera ses employés ...

Voilà des éléments qui peuvent faire réfléchir nos têtes pensantes du Ministère du redressement productif : est-il préférable de favoriser le rachat d'entreprises françaises par des industriels venus de pays lointains ou la transmission à un fonds d'investissement européen ?

 

 

Le capital risque

 

Sauf sur une courte période entre 2003 et 2006, l'investissement dans la création d'entreprise a un taux de rendement négatif en France. Naturellement, ce n'est pas le cas pour tous les fonds de capital risque, certains sont bien meilleurs que d'autres : la moyenne par quartile (c'est-à-dire la moyenne des 25% les moins performants, des 25% suivants, et ainsi de suite) va de –12,6% à +9% en passant par –5,4% et –0,6%. Il faut bien avoir en tête qu'il s'agit là de taux annuels et que, par exemple sur 5 ans, le quartile le moins performant correspond à une perte de 50% des sommes investies, le quartile le plus performant donnant une plus value de 54% ! Il sera donc recommandé aux souscripteurs de fonds de capital risque d'être super attentif quant aux compétences et aux stratégies de l'équipe d'investissement avant de se décider pour l'un ou pour l'autre.

Au niveau européen, le Royaume-Uni présente les meilleurs résultats avec +4,5%, l'Allemagne et l'Italie étant à –2,6%. L'Europe fait vraiment pale figure face aux Etats-Unis où le capital risque s'offre un taux de rendement de 14,6% ! Ce taux élevé reflète une plus grande réussite des start-ups américaines, qui se développent plus vite et en plus grand nombre.

Nous avons vraiment des leçons à apprendre de la part des américains : comment obtiennent-ils ce résultat ? En une phrase, on peut dire que l'entrepreneuriat est au premier rang des valeurs américaines et que les américains aiment leurs entrepreneurs. Au point que de nombreux présidents des Etats-Unis sont des entrepreneurs. Regardons de notre côté qui sont nos présidents ? C'est à la fois un symbole et un symptôme ! Aucun de nos ministres actuels ne vient du monde de l'entreprise, comment peuvent-il le comprendre ?

 

(*) l'EBITDA issu du jargon anglo-saxon correspond à l'EBE ou excédent brut d'exploitation, c'est-à-dire le bénéfice de l'entreprise avant amortissements, frais financiers et exceptionnels et impôts.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 21:14

Les fonds d’investissement LBO ont souvent mauvaise réputation : lorsqu’ils rachètent une entreprise, n’ont-ils pas pour premier souci de la réorganiser, de rembourser la dette, de maximiser sa valeur et de la revendre avec une bonne plus-value après 5 ou 6 ans, quitte à sacrifier son développement à long terme et les investissements.

 

L’histoire de Buffet Crampon n’est-elle pas un contre exemple qui fera mentir les pourfendeurs des fonds ?

 

En 1789, la famille Courtois fabrique pour la première fois en France des intruments de musique en cuivre à Paris, rue Mazarine. En 1825, Denis Buffet-Auger installe son atelier à Paris et se fait connaître par la qualité de ses clarinettes à 13 clefs. La création de Buffet-Crampon par Jean-Louis Buffet son fils et Zoé Crampon remonte à 1836. La société est rachetée en 1981 par le groupe d'éditions musicales Boosey&Hawkes de Londres (dont l’origine remonte à 1760). En 2005, son dirigeant Paul Baronnat s'associe avec le fonds d'investissement Argos Soditic pour la racheter dans le cadre d'un MBO (management buy-out) pour un montant de 37 millions €. C'est alors que la stratégie change et que, grâce à une succession d'acquisitions, Buffet Crampon prend une place de plus en plus importante sur l'échiquier mondial des instruments à vent. Successivement, Buffet-Crampon fait l'acquisition en 2006 d'Antoine Courtois créé en 1803, et de Besson créé en 1837, et en 2010 de W.Schreiber et de J. Keilwerth. Elle élargit ainsi sa gamme avec des cuivres – cornets, altos, euphoniums, tubas, trompettes, trombones, bugles, saxhorns, des saxophones et des bassons.

 

En 5 ans, le chiffre d'affaires du groupe passe de 44 à 67,2 millions € en 2011, augmentant de 50% avec une bonne rentabilité (EBE de 7 millions) ; sa production est répartie en 70% de clarinettes, 15% de cuivres, 8% de saxophones et 7% de hautbois ; ses 570 employés, aux 2/3 des maîtres luthiers et des chaudronniers, sont localisés sur 3 sites en France et un en Allemagne. Le groupe réalise plus de 93% de son chiffre d’affaires hors de France avec un réseau de distribution mondial, des filiales aux Etats-Unis, au Japon, en Allemagne et en Chine.

 

En avril 2012, le fonds d'investissement Fondations Capital reprend la participation de 91% d'Argos Soditic avec CDC Entreprises pour 6,7% et les dirigeants de Buffet Group, et chose assez inhabituelle en matière de reprise, en réduisant la dette de 4 millions €. L'objectif affiché est en effet d'accélérer le développement à l'international et par croissance externe dans une industrie où il y a beaucoup de petits acteurs familiaux, la réduction de la dette ayant pour but de faciliter l'autofinancement de la croissance. La valorisation de 58 millions € correspond à un multiple de 8 fois l'EBE, alors que d'autres sociétés comme les pianos Stenway pèse 328 millions $ en Bourse à New York. On peut donc supposer qu'un jour, les nouveaux actionnaires envisageront aussi une introduction en Bourse …

 

Cependant on ne peut guère imaginer clairement quelle sera la stratégie à moyen terme de Fondations Capital : c'est un fonds de création récente (2007) à vocation majoritaire dans des ETI leaders sur leur marché telles que Courtepaille, Sepur (opérateur de collecte de déchets, nº2 en Ile de France), Tarmac devenu Alkern (pavés et bordures en béton), Buffet Group est seulement son 4è investissement. Xavier Marin, fondateur de Fondations Capital a ainsi déclaré en 2008, lors de l'arrivée d'un nouvel associé, Philippe Bernard, ancien président d'Elis : « Nous partageons avec Philippe Bernard la même approche de création de valeur par le développement des entreprises et l'attention particulière que nous portons au capital humain. » Il affiche un horizon d'investissement de 5 ans et se présente comme un investisseur engagé en étroite collaboration avec les dirigeants, « en tant qu'agent de changement et de transformation » en vue de « réaliser pleinement leur potentiel de développement ».

 

Nous verrons les résultats dans quelque temps ….

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 21:12

Lesquels d'entre vous, chères lectrices et chers lecteurs avez entendu parler de Criteo ?

Pourtant cette jeune société française affirme sa présence tous les jours sur vos écrans de navigation Internet.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, après avoir visité un site marchand  (= un annonceur) et sélectionné quelques articles sans les avoir achetés, vous retrouviez les mêmes articles ou des articles voisins en bannières sur d'autres sites non marchands comme un journal ou un magazine (= un éditeur) ? Criteo a développé des outils qui repèrent vos visites sur les sites marchands et mettent en place automatiquement des bannières correspondant à ces sites, sur les pages des autres sites que vous allez visiter. En cliquant sur la bannière, vous retournez instantanément sur la page du site marchand. Il semble que la chance que vous effectuiez alors l'achat soit relativement élevée. Comment ces outils repèrent-ils vos visites ? A l'aide de petits messages appelés « cookies », que votre navigateur Internet enregistre chaque fois que vous visitez un site, par exemple un site marchand. Les algorithmes mis au point par Criteo permettent d'identifier les cookies enregistrés par votre navigateur et commandent l'affichage des bannières lorsque vous visitez un autre site, tout cela bien sûr sans vous connaître personnellement. Grâce à cette technologie, Criteo revendique un taux de clic 10 fois supérieur aux bannières conventionnelles qui elles, s'affichent sans lien avec les comportements de l'internaute.

 

Depuis longtemps, les éditeurs de site sur Internet cherchent à développer leur revenus grâce à la publicité et les annonceurs visent à augmenter leurs ventes. Ce que les outils de Criteo leur offrent, c'est une amélioration très importante de l'efficacité de la publicité en la rendant ciblée sur les habitudes et les goûts individuels des internautes. Cette formule rencontre un grand succès, témoin la croissance explosive à 3 chiffres de Criteo : 9 millions $ de ventes en 2009, 60 en 2010, 200 en 2011 et 400 millions $ prévus en 2012. Ce chiffre correspond selon le cofondateur de Criteo, Jean-Baptiste Rudelle, à 1,4% d'un marché évalué à 27,3 milliards de $ en 2012 et qui croit de 20% par an ! L'avantage compétitif de Criteo réside dans sa « technologie qui permet un ciblage très précis (des comportements de internautes), en temps réel (quelques millisecondes) et sur des volumes extrêmement importants (plus de 100 000 requêtes par seconde). »

Il semble que l'efficacité du procédé de Criteo est équivalente à celle des liens « sponsorisés » qui apparaissent lors des recherches avec un moteur comme Google ou Bing, qui tirent une grande partie de leurs revenus des clics sur ces liens.

 

Criteo a été créée en 2005, a consacré 3 ans au développement de sa technologie avant de démarrer son exploitation commerciale en 2009. La société s'est immédiatement installée à travers le monde, notamment en Californie et 80% de ses ventes sont réalisées hors de France. Elle a aujourd'hui 15 bureaux dans le monde : Palo Alto, New York, Chicago, Boston, Tokyo, Sao Paulo, Londres, Munich, etc... En mai 2012, Criteo avait 600 employés dont 200 ingénieurs et prévoit d'en embaucher 150 de plus d'ici fin 2012. Une grande partie de ces ingénieurs travaille dans les CriteoLabs ouverts en avril 2011 en plein Paris.

Ce développement accéléré a été financé par des fonds de capital-risque, successivement en 2006 par AGF Private Equity et Elaia Partners (3 mil€), en 2008 par Index Ventures situé à Londres (7 mil€) et en 2010 par Bessemer Venture Partners dont le siège est près de New York (7 mil€).

 

Comment s'explique la réussite de Criteo ? Par le tryptique : globalisation, technologie et service ; clairement les fondateurs ont l'ambition de bâtir une entreprise globale, adressant tout le marché, se positionnant comme un « bébé Google » selon les mots mêmes de Jean-Baptiste Rudelle ; ils souhaitent creuser l'écart en technologie sur les concurrents en investissant toujours plus en R&D – ils apprécient le crédit impôt-recherche, une des motivations principales pour se maintenir en France ; et enfin ils s'attachent à fournir le meilleur service aux quelques 2 000 clients annonceurs qui leur font confiance.  

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