Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 14:24

  

Depuis plusieurs années, EDF poursuit de gros efforts pour se développer aux Etats-Unis. Le marché est à coup sûr très attirant, compte tenu de l'appétit dévorant en énergie des américains, qui sont aujourd'hui encore consommateurs d'environ ¼ de l'énergie produite dans le monde.

 

Mais ce marché, pour grand qu'il soit, est hyper protégé. Nos amis américains, tout en proclamant urbi et orbi la libre circulation des biens et services, savent très bien sauvegarder leur pré carré. On le constate par ailleurs avec l'affaire des avions ravitailleurs pour le DOD, sur laquelle EADS bataille depuis plusieurs années avec une meilleure offre que Boeing, sans pouvoir décrocher le contrat.

 

Dans l'affaire Constellation qui fait actuellement la une des médias, un projet de centrale nucléaire, EDF est prisonnier d'une participation limitée à 49,99% dans les actifs nucléaires de Constellation, qui est imposée par la loi américaine. On a un peu l'impression qu'EDF est la bienvenue avec son savoir-faire technique et son appui financier, mais que c'est l'américain qui prend les décisions, en fonction particulièrement de sa situation financière qui n'est pas brillante ! Il y a bien sûr aussi les séquelles de la tragédie de Three Miles Island qui font que les banquiers refusent de financer la construction d'une centrale nucléaire, si il n'y a pas une garantie de l'Etat fédéral. Une telle garantie est dès lors sujette à de nombreux aléas, notamment politiques. On évoque aussi le fait que, dans les derniers mois, le prix du gaz a beaucoup baissé suite à la mise en production du gaz non conventionnel, qui rappelons-le, permet aux Etats-Unis de comptabiliser 100 ans de réserves de gaz au lieu de 30 ans auparavant. La compétitivité du nucléaire s'en trouve bien sûr affectée, et ceci d'une façon durable !

 

Mais ne faut-il pas mettre en cause l'ensemble de la stratégie d'EDF aux Etats-Unis ? Pourquoi aborder le marché par un projet, qui semble le plus difficile qui soit : construire une centrale avec une nouvelle technologie, l'EPR, qui n'est pas encore prouvée ; la première centrale depuis Three Miles Island il y a plus de 30 ans, alors qu'aucun acteur 100% américain ne s'y est risqué ; avec un partenaire qui n'est pas très solide financièrement ; ne prendre une participation financière que dans les actifs nucléaires de Constellation et non dans l'entreprise elle-même, ce qui donne à cette dernière toute liberté d'entreprendre d'autres constructions qui pourraient entrer en concurrence avec le projet ?

 

Ne faudrait-il pas d'abord considérer les technologies traditionnelles : centrales hydroélectriques, thermiques au gaz ou au charbon, ou des marchés de moindre ampleur tels que l'éolien ou le solaire. Une stratégie à petits pas pour peu à peu se familiariser avec le marché américain et ses contraintes, ne serait-elle pas la meilleure solution ? L'histoire est remplie de rachats d'entreprises américaines importantes par des étrangers qui se sont mal terminés : American Motors par Renault, Chrysler par Daimler pour ne citer que l'automobile, domaine qui dans un certain sens, est proche des entreprises d'électricité, par la lourdeur des investissements, le peu de flexibilité à court terme et les conséquences lourdes de mauvaises décisions stratégiques. Au contraire, toujours dans le domaine automobile, Honda, Volkswagen et Toyota ont montré la route en menant des politiques de long terme avec des investissements progressifs et contrôlés.

 

Notons au passage le fait qu'EDF est une entreprise détenue majoritairement par l'Etat, qui reste un actionnaire inconsistant, versatile et peu exigeant ; une entreprise bourrée d'ingénieurs, fière de sa technologie et de son savoir-faire dans le domaine nucléaire mais ayant de ce fait, une vue déformée de la situation hors de France ; une entreprise protégée par une position de quasi-monopole en France qui l'autorise à faire des erreurs dans les autres pays où elle intervient.

Alors EDF saura-t'elle adapter ou réorienter sa stratégie aux Etats-Unis ?

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 22:12

Depuis plusieurs mois, l'activité de fusions-acquisitions des grandes entreprises renait et fait la une des journaux économiques. Après une année 2009 où il leur était impératif de contrôler sévèrement leurs coûts et de réduire leurs dettes, elles cherchent maintenant des relais de croissance en pouvant souvent s'appuyer sur d'abondantes liquidités. Des taux d'intérêts faibles et une capacité d'emprunt renouvelée leur permet aussi d'envisager de nouvelles opportunités. De plus, le cours élevé de l'euro vis-à-vis de toutes les grandes monnaies, permet aux entreprises européennes de faire leur marché à bon compte, notamment en Amérique du Nord.

 

Dans cette ligne, on peut citer la récente acquisition de l'américain L-1 Identity Solutions par Safran ; Sanofi Aventis lance une OPA hostile sur Genzyme cotée au NASDAQ ; depuis l'éclatement de la crise financière, BNP Paribas a racheté plusieurs banques de financement et d'investissement aux Etats-Unis et ses effectifs ont cru de 2550 employés à plus de 3600 en trois ans, selon Les Echos. Les grands groupes américains ne restent pas les bras croisés tel General Electric qui vient d'annoncer deux acquisitions majeures pour un total de 4,5 milliards de $, mais on comprendra que ces groupes se cantonnent aux Etats-Unis, vu la faiblesse actuelle du dollar.

 

Phénomène important, ce redémarrage de l'activité de fusions-acquisitions se produit également parmi les PME et ETI françaises, notamment industrielles. Cela mettra sûrement du baume dans le coeur de nos têtes politiques qui ont fait des voeux de croissance rapide pour elles.

 

Martek Power

 

Fondé en 1987 par Marcel Katz, ce groupe d'environ mille employés est un spécialiste des convertisseurs d'énergie pour de nombreux domaines : aéronautique, ferroviaire, télécoms, médical et militaire. Il s'est développé largement par croissance externe en rachetant notamment Sefelec en France, Powertron au Royaume-Uni en 2007, Semelec en France en 2009. En 2008, des actionnaires familiaux sont sortis du capital pour être remplacés par Barclays Capital Equity à hauteur de 60% du capital.

Le dirigeant du groupe déclarait à l'époque que cette opération allait fournir des moyens supplémentaires pour financer la croissance externe.

Et récemment, Martek qui prévoit des ventes 2010 à hauteur de 80 M€ en croissance de près de 20% en 3 ans, a annoncé l'acquisition du groupe américain Laser Drive Inc (CA 2009 : 10 M$) spécialisé dans les systèmes d’alimentation pour les lasers et autres sources de lumière. Martek va ainsi consolider ses positions aux Etats-Unis où il réalisait jusque là la moitié de son chiffre d'affaires.

 

Onduline

 

Onduline est un groupe d'origine française qui fait peu parler de lui et pourtant. Il a été fondé en 1950, par Gaston Gromier avec le lancement des premières ardoises en bitume mono-couche. Dès 1964, ses premières filiales internationales ont été créées en Allemagne et en Italie. En 2000, les ventes dans les pays émergents dépassent 50% des ventes totales du groupe.

En 2006, l'actionnariat est restructuré avec le rachat du groupe par la Financière Ofic SAS, détenue par les 50 principaux cadres du groupe associés avec deux fonds d'investissement : Abénex et Astorg. Cette opération a sans aucun doute permis de pérenniser la stratégie de long terme du groupe tout en instituant une forte motivation des dirigeants.
Et en 2010, alors que les ventes atteignent 300 M€, le groupe annonce le rachat de son concurrent américain Tallant (ventes 2009 : 35 M$).

 

D'autres opérations se produisent entre acteurs français comme le rachat d'Opsys par Archimed dans l'édition de logiciels, qui permet de constituer un petit groupe de plus de 10 M€ dans un secteur où les acteurs français de poids moyen sont peu nombreux.

Dans le secteur sinistré de la sous-traitance automobile, le groupe savoyard Maike (ventes 2009 : 220 M€) qui a racheté une vingtaine d'entreprises en moins de 10 ans, vient de faire l'acquisition d'EM Technologies (ventes 2009 : 42 M€) qui produit des régulateurs de pression pour turbo, des radiateurs et certaines pièces contribuant à la sécurité des véhicules. On peut comprendre qu'il y a de solides opportunités dans ce domaine où les valorisations de nombreuses entreprises ont beaucoup diminué, affaiblies par la baisse des ventes et la délocalisation intensive des fabrications de Renault en particulier. L'avenir est à l'évidence l'obtention d'une taille critique qui permet d'établir un meilleur rapport de force avec les constructeurs et les grands équipementiers. Il est certain que Maike poursuit la bonne stratégie avec sa croissance externe à marches forcées.

 

Ces quelques exemples récents permettent d'identifier quelques facteurs clés conduisant à une croissance rapide des entreprises :

- doivent être présentes une volonté, une vision et une ambition de la part du/des fondateurs et/ou des dirigeants,

- s'assurer que cette volonté, cette vision, cette ambition soient partagés par les actionnaires ; lorsque des actionnaires familiaux désirent sortir pour concrétiser leur gain, il est fondamental de pouvoir trouver de nouveaux partenaires de moyen/long terme qui vont adhérer à la stratégie de croissance,

- même dans les secteurs difficiles comme l'automobile, il est possible de bâtir des groupes qui de part leur dimension, possèdent des capacités décuplées par rapport aux PME initiales, mais cela ne peut réussir que si c'est un projet entrepreneurial ; point n'est besoin de subventions ou d'interventions politiques ou administratives.

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 21:45

Depuis plus de dix ans, Apple multiplie les succès, lançant de nouveaux produits sur des marchés où elle n'était pas présente. Le dernier succès en date se place en Bourse où après avoir détrôné Microsoft de sa place de nº1 des sociétés de technologie, Apple est devenue le 28 septembre 2010 la deuxième capitalisation boursière au Monde, juste derrière Exxon. On peut se demander quelles formules Apple applique pour obtenir de si bons résultats.

 

Lors de la dernière conférence All Things Digital « D8 » en juin 2010, Steve Jobs a dévoilé quelques éléments du cocktail permettant une si belle réussite.

 

Sur le plan technologique, Steve Jobs indique que le succès d'Apple provient notamment de ses paris sur le bon « cheval technologique », sur des technologies qui sont dans leur enfance et qui ont du potentiel. On peut citer les interfaces USB et firewire, les écrans tactiles et la reconnaissance d'écriture. Aujourd'hui, Apple considère que Flash est dépassée et que la technologie qui émerge est HTML5. Ce qui est remarquable parmi les sociétés de technologie, est qu'Apple n'hésite pas à abandonner d'anciens systèmes pour en imposer de nouveau, même si cela peut faire grincer les dents des utilisateurs à court terme. Ainsi, elle a abandonné le lecteur de disquette lorsque l'iMac a été lancé à la fin des années 90, alors que la société était vraiment en difficulté. Elle a abandonné l'ancienne lignée des systèmes Mac OS pour Mac X, elle a migré des processeurs de Motorola/IBM vers ceux d'Intel. En se débarrassant des anciennes technologies et en adoptant de nouvelles, Apple a permis à ses ingénieurs de créer des produits plus simples d'utilisation, plus fiables et plus riches en fonctionnalités. A l'évidence, si nous prenons l'exemple de Microsoft qui prétend continuer de supporter DOS avec les dernières versions de Windows, les entraves imposées aux développeurs sont grandes qui conduisent à plus de conservatisme et de complexité, et encore moins de fiabilité.

 

Finalement, la philosophie d'Apple est de mettre la technologie au service des utilisateurs et non l'inverse. La meilleure technologie du moment se doit de leur être proposée ; leur satisfaction est la clef du succès. Alors que de nombreux acteurs cherchent à imposer leur technologie sur le marché, tel Google cherchant à imposer Androïd, Apple cherche à créer de merveilleux produits pour tous ses clients, en intégrant l'innovation dans le matériel et le logiciel. Sa maîtrise de ces deux mondes est aussi à coup sûr un avantage stratégique, car il permet de doser pour chaque nouveau produit la proportion d'innovations qui va à l'un ou à l'autre, afin d'obtenir le meilleur compromis.

 

Sur le plan du marketing et des ventes, Apple multiplie les innovations, avec une audace étonnante. Par exemple, sur le marché du téléphone mobile, où elle n'était pas présente, elle réussit à imposer une exclusivité avec un opérateur, AT&T aux Etats-Unis, Orange en France. On peut penser que cela a produit un effet de rareté qui a stimulé la demande tout en simplifiant dramatiquement la commercialisation, le résultat final étant une profitabilité sans égale : rapidement Apple a fait plus de profit que le leader Nokia, en vendant 100 fois moins d'unités !

 

Le lancement de l'iPad est une autre opération particulièrement réussie où le marketing viral, le « buzz » a fait connaître le produit, avant de commencer toute livraison ; cela a généré un énorme demande initiale alors que les frais de lancement sont restés particulièrement limités.

 

Sur le plan de l'organisation, Steve Jobs nous dit qu'Apple est une entreprise incroyablement « collaborative », structurée comme une jeune pousse. Tout au long de la journée, Steve rencontre les équipes et travaillent avec elles sur de nouvelles idées et les nouveaux problèmes afin de déboucher sur de nouveaux produits. Il semble qu'une grande liberté de création soit maintenue, tout en gardant le cap vers des solutions en ligne avec une stratégie de satisfaction des clients.

 

Le résultat final se trouve dans le cours de Bourse qui intègre les attentes des opérateurs : ceux-ci constatent qu'Apple est capable d'envahir de nouveaux marchés de technologie, d'y prendre rapidement des parts significatives tout en étant extrêmement profitable. Ce qu'Apple a fait dans les dix dernières années, pourquoi ne serait-elle pas capable de le faire dans l'avenir ?

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 15:02

Avec l'annonce du rachat par Safran de l'américain L-1 Identity Solutions pour environ 1,09 milliard de dollars, je constate avec satisfaction que Safran a pris une décision tout à fait raisonnable en se décidant à faire une acquisition sur un marché où sa présence est à développer, le marché américain. 

 

De plus Safran poursuit avec cohérence la stratégie annoncée en début d'année : le développement du pôle Sécurité qu'il ambitionne de faire grossir jusqu'à 20% des ventes totales du groupe. Une fusion avec Zodiac dont l'évocation a échauffé le marché boursier pendant tout l'été, aurait eu l'effet inverse.

 

Malgré les démentis de la direction de Safran, tout le monde a compris que Safran abandonnait le projet d'acquisition de Zodiac. Cela devenait d'ailleurs de plus en plus hypothètique avec la signature d'un nouveau pacte entre les principaux actionnaires familiaux de Zodiac qui représentent 26,8% des actions et surtout 36,2fi des droits de vote. L'espoir pour Safran d'enfoncer un coin dans la solidarité entre les nombreux actionnaires familiaux de Zodiac s'est ainsi quasi évanoui.

 

Je n'ose pas penser que la direction du groupe a suivi le conseil que je donnais en juillet à http://0z.fr/M872a. Peut-être que son actionnaire principal, l'Etat, le lui a aussi conseillé. 

 

Stratégiquement, pour la France, il vaut mieux deux champions (Safran et Zodiac) dans l'équipement aéronautique plutôt qu'un seul même plus gros et que ces deux champions s'efforcent de se développer sur les marchés porteurs où leur part se doit de croître.

Partager cet article
Repost0
20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 19:25

A l'aube du XXè siècle, la gaz acétylène a émergé comme un moyen d'éclairage simple et très efficace notamment pour les véhicules ; son usage s'est poursuivi sur une large échelle pendant un demi-siècle. A l'origine de cette technique, on trouve l'industrialisation de la production de carbure de calcium réalisée par Henri Moissan – prix Nobel de chimie en 1906 – en 1892 et par Louis-Michel Bullier, son collaborateur, en 1894. Le carbure de calcium combiné avec de l'eau permet la production contrôlée de gaz dans des lampes compactes et faciles d'emploi.

 

De nombreux fabricants se sont lancés avec des dispositifs innovants pour toutes sortes de véhicules. C'est ainsi que Louis Blériot, bien connu pour avoir traversé le premier la Manche en avion en 1909, créa son entreprise en 1895 dès sa sortie de l'Ecole Centrale, avec l'idée d'un dispositif portatif de production de l'acétylène. Rapidement, autour de l'année 1900, il a mis au point et produit des phares pour automobiles avec une belle réussite, ces phares permettant de rouler la nuit en sécurité, avec une visibilité jusqu'à 30 mètres. Ce n'est que 10 ans plus tard, qu'apparut l'éclairage électrique des automobiles avec l'introduction des dynamos.

 

Au même moment, un inventeur originaire du Berry, qui se trouve être mon grand-oncle, mit au point une lampe à acétylène extrêmement simple et compacte. Cette lampe, qui porte son nom, a eu un grand succès pendant des années dans le centre de la France pour équiper les carrioles et les cycles et leur permettre de circuler la nuit. Témoin de son succès, on en trouve encore souvent sur les étals des vide-greniers du Berry et du Poitou.

 

100920 LampeAcet 968

 

 

 

 La lampe à acétylène pour cycles et carrioles

(offerte par ma cousine)

Partager cet article
Repost0
5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 22:13

Les ETI, catégorie d'entreprise créée par la LME de 2008 (Loi de modernisation de l'économie), sont, parait-il, la clef de notre développement économique. C'est ainsi que l'Etat s'est fixé un objectif de « créer » 2 000 nouvelles ETI de plus de 500 salariés d’ici 2012. Un nombre considérable de rapports et d'études ont été publiés sur les ETI depuis la LME, manifestant l'intérêt et la sollicitude que nos décideurs et têtes pensantes portent à cette catégorie d'entreprises. On peut penser qu'Yvon Gattaz qui a milité pendant de nombreuses années pour la reconnaissance des ETI notamment patrimoniales, est en grande partie à l'origine de cette réussite. Cela provient aussi de la haute considération dans laquelle est tenu le tissu solide d'ETI allemandes, le Mittelstand, qui serait à l'origine d'une grande partie des performances récurrentes de l'Allemagne à l'exportation.

 

Qu'est-ce qu'une ETI ?

 

Pour mémoire, les ETI, entreprises de taille intermédiaire, sont caractérisées par un nombre d'employés de 250 à 5 000, un total de bilan entre 43 millions € et 2 milliards € ou un chiffre d'affaires entre 50 millions € et 1,5 milliard €. Elles se placent entre les PME définies en 2003 par l'Union Européenne et les grandes entreprises. Le diagramme ci-dessous permet de déterminer dans quelle catégorie se trouve une entreprise donnée – pourquoi faire simple !

 

catégories ent

 

La comparaison avec l'Allemagne

 

Il est intéressant de se pencher sur quelques éléments de comparaison entre la France et les autres pays européens et plus particulièrement l'Allemagne dont l'économie (le PIB) et la population sont 25% plus importantes que celles de la France et qui est un peu le modèle et surtout l'objectif que nos gouvernants se donnent. C'est aussi notre partenaire économique nº1 dans les deux sens des échanges. Pour rendre la comparaison plus directe, on normalisera les chiffres allemands comme si il y avait parité d'économie et de population avec la France : d'après le tableau ci-dessous fourni par Eurostat, il y a 5000 ETI et grandes entreprises en France et 8135 en Allemagne, soit un rapport normalisé de 0,77. Par contre, le nombre total d'entreprises en France est supérieur de 37% au nombre allemand réel, soit un rapport normalisé de 1,71 (=1,37 x 1,25). Selon les données du classement des 2000 plus grandes entreprises du monde du magasine Forbes, le nombre de grandes entreprises françaises du classement est de 65 avec un chiffre d'affaires global de 2 007 milliards $, et en Allemagne, il est de 57 avec un chiffre d'affaires global de 1 417 milliards $, ce qui donne un rapport normalisé de 1,42 pour les deux éléments.

 

Ce qui se résume ainsi avec les données allemandes normalisées :

total des entreprises France = 1,71 x Allemagne

grandes entreprises France = 1,42 x Allemagne

ETI France = 0,77 x Allemagne ou Allemagne = 1,30 x France

A l'évidence, l'Allemagne compense une population d'entreprises bien moins importante aux deux extrêmes du spectre par un nombre plus élevé d'ETI, et par des ETI qui sont en moyenne de taille plus importante que les ETI françaises.

 

ETI+gdEntre Europe

 

Le Mittelstand

 

Toutes les études citent le Mittelstand comme un modèle mais s'interrogent sur la possibilité de le transposer en France.

On apprend ainsi que les entreprises du Mittelstand sont spécialisées dans des activités de niches étroites de marché, autorisant des marges élevées et favorisant l’autofinancement de leur développement plutôt que l’endettement ; qu'elles sont fréquemment des entreprises familiales, indépendantes des grands groupes avec une implication personnelle des dirigeants et des membres de la famille dans la gestion ; qu'elles baignent dans un « capitalisme de réseaux » de coopération et de mise en commun de moyens collectifs qui sont essentiels à leur compétitivité tout en préservant leur individualisme.

Notamment, le rapport Retailleau de février 2010 balaie la possibilité de transposition de manière assez étonnante en une phrase : « il s'agit d'un phénomène culturel soutenu par le discours politique plutôt que par des aides spécifiques ». Implicitement, l'on comprend qu'on ne peut guère transposer, l'environnement culturel et politique étant différent en Allemagne.

Le rapport Vilain du Conseil Economique, Social et Environnemental, évoque des caractéristiques sociales telles que cohérence entre l’entreprise et son propriétaire, attachement à la forme familiale du capital et sa pérennité, et forte identification des salariés à l’entreprise.

J'observe que de nombreuses ETI françaises présentent des caractéristiques similaires aux entreprises du Mittelstand telles que l'importance des entreprises familiales (40% des ETI selon la DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité des Industries et Services)) et l'identification des salariés à l'entreprise. Sur bien des aspects, les cultures françaises et allemandes sont très proches. Les auteurs de ces études auraient été bien inspirés d'approfondir leur analyse du Mittelstand pour pouvoir en tirer des enseignements utiles plutôt que de nier en quelques mots la « possibilité de transposer »

 

Les mesures proposées

 

Dans la batterie de mesures évoquée pour favoriser le développement des ETI, l'on retrouve au premier plan l'innovation mais, comme souvent, il s'agit essentiellement de l'innovation technique qui se traduit par plus de recherche et développement et des investissements de productivité. L'innovation est effectivement une des clefs du développement des entreprises, mais elle doit concerner tous les domaines de l'entreprise : non seulement le développement et la fabrication de produits mais aussi le commercial, le marketing, la finance, la logistique, les ressources humaines, … Les équipes de développement sont fréquemment d'un poids trop important face aux équipes commerciales et marketing. Nos gouvernants sont dans l'erreur lorsqu'ils prétendent focaliser les efforts vers la R&D alors que la tendance à surinvestir dans le développement des produits est déjà un travers français. Au lieu d'empiler les aides, ce qui ne contribue pas à assurer l'efficacité de la R&D, il conviendrait surtout de faciliter les partenariats entre entreprises et avec les labos de recherche : oui aux Pôles de compétitivité (mais il s'agit essentiellement de partenariats techniques alors que des partenariats commerciaux seraient encore plus utiles) et aux Instituts Carnot, non à Oseo Innovation.

 

L'objectif de créer 2000 ETI en 4 ans

 

Compte tenu de la population actuelle d'ETI, il s'agit d'une augmentation considérable, de l'ordre de 50%. Considérant les mesures proposées et effectivement mises en oeuvre, on peut douter qu'une fraction même de cet objectif soit réalisée.

Comme l'indique un récent article de Pascal Houillon dans Les Echos, « la mue d'une PME en ETI tient davantage à un état d'esprit conquérant qu'à une politique de soutien public spécifique. L'esprit de conquête d'une PME est avant tout le reflet de l'ambition de son dirigeant. » A l'ambition doit s'ajouter la volonté d'ouvrir le capital de l'entreprise plutôt que de sonner aux guichets des aides publiques, « de l'air plutôt que des aides » ! et l'aptitude à s'entourer de nouveaux collaborateurs capables de porter le développement de l'entreprise.

La vrai question est donc : comment créer les conditions et l'environnement qui favoriseront ces trois éléments : ambition des dirigeants, ouverture du capital et mise en place de nouvelles équipes.

 

 

Partager cet article
Repost0
20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:57

Une récente étude de l'économiste Nadia Bensaci de la fondation iFRAP, démontre qu'à population égale, on enregistre en France plus de 5 millions d'emplois en moins dans le secteur marchand (emplois hors administration publique, santé, éducation, action sociale, etc.) qu'en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Alors qu'il y a en France un peu moins de 20 millions d'emplois marchands, dans ces trois autres pays, le niveau d'emploi est de plus de 25 millions à population égale.

 

Au début des années 1980, ces pays avaient des positions similaires entre 17 et 19 millions d'emplois marchands. La position de la France s'est ensuite constamment détériorée face aux trois autres pays entre 1983 et 1997, jusqu'à atteindre le différentiel de 5 millions que l'on constate encore aujourd'hui. Comment s'explique cette différence : d'une part l'emploi public correspond à 24,1% de l'emploi total en France alors qu'il est de 18,4% au Royaume-Uni et 12,1% en Allemagne et le taux de chômage y est plus élevé que dans les trois autres pays. Des économistes comme Pierre Cahuc ont montré que, lorsque l'on crée un emploi public, on détruit un nombre bien supérieur d'emplois marchands. En effet, pour créer un emploi public, il faut opérer un transfert de fonds du secteur marchand vers le secteur public et comme la création de cet emploi public n'est pas soumise à 100% à un impératif de besoin, il y a destruction de richesse. Dans le secteur marchand, la création d'un emploi correspond véritablement à un besoin, sinon elle ne peut être financée. On peut en conclure que lorsqu'on continue à augmenter l'emploi public, ce qui est la politique poursuivie en France ces trente dernières années, l'on augmente le chômage car le secteur marchand est privé de ressources susceptibles de créer des emplois.

 

Les seuls emplois créateurs de valeur qui financent les retraites, les politiques de santé, la réduction du déficit public, ce sont les emplois marchands. Comment croire que nous pouvons continuer à supporter toutes ces charges alors que nous avons 20 à 25% d'emplois marchands (toujours à population égale) de moins que nos concurrents et partenaires directs ?

 

Il apparaît donc qu'il faut s'attaquer sérieusement à la réduction de l'emploi public en France et pas seulement, comme l'a annoncé le Président de la République, par le non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. C'est une mesurette totalement insuffisante qui n'aura d'effet que dans 20 ou 30 ans ; d'ici là la France aura eu le temps de s'appauvrir et de perdre son rang dans le concert des nations.

 

En fait nos politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche, n'ont pas conscience de la situation et vivent sur leur petit nuage. On peut se demander quel tsunami pourra les en faire descendre ?

Partager cet article
Repost0
17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:11

Contesté à la fois par les chasseurs et par les communes concernées, le projet du Parc national du Mercantour subit de nombreuses péripéties. Dès 1946, le Conseil Général des Alpes-Maritimes demanda la création d’un « parc à la façon des parcs nationaux américains pour la protection du site, de sa flore et de sa faune » dans le secteur du Boréon à 50 km au nord de Nice. De nouveau en 1960, la création du parc fut demandée par le même Conseil Général. Lancé en 1964, puis encore une fois en 1976, le projet de parc se heurta à l'opposition des communes concernées. Enfin, le 18 août 1979, le parc fut officiellement créé par un décret du premier ministre Raymond Barre.

 

S'allongeant sur 150 km le long de la frontière italienne, de l'Ubaye jusqu'à une quinzaine de kilomètres de la côte, culminant au Mont Gélas à 3 143 m, le Parc couvre une surface de 68 500 ha, avec une « zone d'adhésion » périphérique de 136 500 ha. Placé au carrefour des Alpes et de la Méditerranée, le Parc du Mercantour présente la plus grande diversité florale de tous les parcs français : on y retrouve tous les étages de végétation jusqu'aux plantes de haute altitude. De nombreuses plantes y sont endémiques, c'est-à-dire qu'on ne les trouve nulle part ailleurs. Aux merveilles de la nature, s'ajoutent dans les hautes vallées des Merveilles et de Fontanalbe, près de 36 000 gravures rupestres datant de 3000 ans avant J.C.

 

Un des sommets du Parc le MtPelat 

      Le Mont Pelat, un des sommets du Parc


Jumelé depuis 1987 avec le parc italien Alpi Marittime, les deux parcs ont fortement développé leur collaboration ; la création d'un GECT (Groupement européen de coopération territoriale) prévue pour la fin de 2010 leur permettra de se prévaloir du titre de premier parc naturel européen. Cet espace sans frontières déjà inscrit sur les listes indicatives de l'UNESCO, ambitionne d'être classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Les projets communs sont financés par un Plan Intégré Transfontalier émanant du programme européen Alcotra doté de 10 millions d'€ sur 3 ans.

 

Un récent sondage auprès des habitants du Parc a confirmé que pour 85% des personnes interrogées, le Parc du Mercantour est perçu comme une bonne chose. Plus d'une personne sur deux se déclare prête à s'engager aux côtés du Parc pour la protection de la nature.

 

Que de chemin parcouru depuis un enfantement difficile : le pari semble gagné de la protection de la nature dans un contexte très anciennement peuplé où hommes et nature sont très proches et où la frontière s'efface devant une proximité millénaire !

Partager cet article
Repost0
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 11:35

 

Dans un récent point de vue publié dans les Echos (16 juillet 2010), Eric Archambeau met en avant un concept qui semble inconnu de nos politiques et de nos agitateurs d'idées : le bouclier social.

 

Eric Archambeau nous apprend ainsi que dans la plupart des pays d'Europe, les charges sociales patronales sont plafonnées. Par exemple en Allemagne, le plafond est de 20 000 € ; en Espagne, il est de 18 000 €. En France, il n'y a pas de plafond …

 

On peut noter au passage que les prestations telles que l'assurance maladie sont les mêmes pour tous, quel que soit le montant des cotisations. Il en est de même bien sûr de la retraite de la Sécurité Sociale. Le surplus de cotisations versé avec les hauts salaires va dans le trou noir du financement de la Sécurité Sociale pour être redistribué à tous, avec naturellement des frais de gestion importants au passage. C'est cela l'égalité telle que le conçoit la plupart de nos compatriotes.

 

Il résulte de ce non plafonnement que, lorsqu'ils comparent le coût global d'une équipe dirigeante dans les différents pays d'Europe, en vue de la localisation de leur siège européen, les groupes internationaux qu'ils soient américain, indien, chinois ou japonais, ne choisissent pas la France pour s'installer. Ebay s'est installé en Suisse. Arcelor Mittal est au Luxembourg. Google hésite entre Irlande et Suisse.

 

Eric Archambeau souligne qu'en particulier dans le domaine des technologies et de l'Internet, où la croissance internationale est rapide et les métiers très porteurs d'avenir, de nombreuses sociétés cherchent potentiellement à s'installer en Europe, il est important que les jeunes français puissent facilement y faire leurs armes. Il cite notamment l'exemple de Bernard Liautaud et Denis Payre qui ont eu jeunes, des responsabilités au siège d'Oracle à Paris avant de créer Business Objects.

 

Mais à l'heure où la pensée unique propagée par les médias est de vilipender le bouclier fiscal, il sera bien difficile de faire passer ce bouclier social. La réprobation souvent observée à l'encontre des hautes rémunérations n'est pas non plus un facteur favorable. Il faut bien se dire que les cotisations sociales non plafonnées n'empêcheront jamais les hauts salaires, ceux-ci étant dictés par le marché international des cadres dirigeants. Il serait donc plus sage de s'aligner sur les conditions fiscales et sociales rencontrées dans les autres pays d'Europe et suivre le conseil d'Eric Archambeau : plafonner les cotisations à hauteur d'un salaire annuel de 100 000 €. Sur ce point comme beaucoup d'autres, cessons de nous tirer des balles dans le pied et de provoquer des délocalisations non réellement souhaitées par ceux qui partent.

 

Eric Archambeau, ingénieur de Centrale Lyon, a créé plusieurs entreprises de technologie dans la Silicon Valley et s'est récemment impliqué dans le développement du site Internet de réseau Xing. Il s'est engagé dans le capital risque avec Atlas Venture, et en Europe avec Benchmark Capital puis Wellington Partners qu'il dirige actuellement. Eric est un des cofondateurs de Social Impact et a lancé le département d'Entrepreneuriat social à l'INSEAD.

 

 

Partager cet article
Repost0
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:06

Après une carrière de consultant qui débute en 1958, Nicolas Hayek a été appelé au chevet de l'industrie horlogère suisse en 1983. Grâce notamment à un concept extrêmement innovant (montres ultra plates et composées de 50 pièces au lieu de 150), il a transformé cette industrie en développant en Suisse et en Europe, la production de montres d'entrée de gamme, les swatch, alors que cette industrie dépérissait en étant présente quasi uniquement dans le haut de gamme. Le groupe Swatch est maintenant un empire de 19 marques, 150 usines, 20 000 employés et de ventes de 4,5 milliards €.

 

 

Nicolas Hayek est décédé à quatre-vingt deux ans, le 28 juin 2010 d'un arrêt cardiaque, dans son bureau au siège de Swatch, à Bienne près de Berne. Il était encore en pleine activité, président du Groupe, dirigeant notamment la marque Breguet (le super haut de gamme de Swatch), intervenant fréquemment dans des congrès et conférences, comme à la Cité de la réussite en avril 2010. Selon lui, ainsi qu'il l'a récemment déclaré aux Echos, « un entrepreneur, c'est quelqu'un qui sait que vous et moi, nous sommes nés avec énormément de fantaisie, qu'on a cru aux contes de fées. Puis c'est la famille, l'école, l'armée pour les hommes, l'université, l'administration ou l'entreprise, bref toute une série d'institutions qui ont, petit à petit, tué cette fantaisie originelle qui était en nous. C'est cela qu'il faut retrouver. Pour moi, un entrepreneur, c'est un artiste. Il crée des choses - des produits, de nouvelles richesses et des places de travail, il surmonte les obstacles. C'est cela qui le motive. Il n'est pas intéressé par l'obtention d'un grand revenu immédiat. C'est quelqu'un qui admire la beauté et la culture, qui motive, qui refuse la domination de la finance sur l'industrie, qui passe très vite de la théorie à la pratique, à la réalisation. »

 

 

On pourrait s'interroger sur l'avenir du groupe Swatch, après la disparition de son fondateur, qui en était encore semble-t-il l'âme et l'animateur. Pourtant, curieusement, il n'y a eu aucune question dans les médias, suite à l'annonce de son décès. A minima, il est évident que la communication du Groupe a été parfaitement orchestrée et contrôlée. En fait, Nicolas Hayek a très probablement su transmettre ses valeurs à ses enfants et a préparé de longue date sa succession. Son fils Nick, après un parcours au sein du Groupe, en est devenu directeur général en 2003. Sa fille Nayla, vice-présidente, a été nommée présidente du Groupe, deux jours après le décès de son père. Le petit fils Marc-Alexandre a déjà réussi à relancer la marque haut de gamme Blancpain.


 

Nous suivrons avec attention comment Swatch évoluera avec la nouvelle équipe à sa tête. Les ingrédients sont apparemment en place pour assurer la continuité dans l'innovation et la poursuite du développement. Espérons que Swatch restera une affaire dirigée par une « famille d'artistes-entrepreneurs plutôt fous » comme l'a déclaré récemment Nicolas Hayek. C'est la marque de sa réussite.


Partager cet article
Repost0