Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 21:57

La presse de notre pays s'est emparée récemment de l'annonce qu'Esther Duflo, économiste française, allait rejoindre l'équipe du Président Obama au sein du « Conseil pour le développement global ». Créé en 2012, ce conseil de 9 membres a pour vocation d'« informer et conseiller le Président et d’autres responsables américains sur les politiques et pratiques américaines relatives au développement mondial ».

 

Esther Duflo se différencie du petit monde des économistes français : spécialiste des questions de développement et de la pauvreté, ses travaux la placent clairement dans la famille des microéconomistes ; ses collègues, pour la plupart des macroéconomistes qu'on interroge souvent dans nos media et qui ont l'oreille de nos politiques, sont eux des spécialistes des projections globales et des prévisions de conjoncture.

 

Bien que personne ne l'ait mentionné, Esther Duflo est très proche de Ronald Coase, prix Nobel 1991, dont j'ai parlé récemment. Tous deux se consacrent à l'étude de l'homme et de ses comportements économiques, et tentent d'en tirer des enseignements et des conclusions qui tendent à améliorer notre compréhension du monde autour de nous.

 

Les travaux d'Esther Duflo qui codirige le J-PAL (Jameel Poverty Action Lab) au MIT à Boston, sont centrés sur l'évaluation des actions de lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Ses clients sont les ONG, les gouvernements locaux et les entreprises, qui s'interrogent tous sur l'efficacité des programmes. Sa méthode expérimentale d'évaluation est construite sur le modèle des essais cliniques de médicaments.

 

Comme pour un essai clinique, on définit un échantillon de taille double de celui qui va bénéficier du programme que l'on souhaite évaluer. On scinde cet échantillon en deux parties les plus comparables possible ; on conduit le programme uniquement pour une des parties et on collecte les données des deux parties en début et en fin de programme. Par exemple, on identifie 200 villages où on va construire des écoles, on en choisit au hasard 100 où les écoles sont construites, on mesure la scolarisation des enfants des deux types de villages. Quand l'expérience est terminée, en général on construit des écoles partout.

 

Esther Duflo souligne que nombre d'actions de lutte contre la pauvreté sont en échec parce qu'on réfléchit rapidement, on identifie un problème et on déverse des millions, des milliards de $, sans être sûr de leur efficacité, pendant des années ! Les politiques sont souvent définies en fonction d'un public rêvé et non du public tel qu'il est, en méconnaissant totalement la réalité du terrain. Connaissant le montant de l'aide au développement financé par l'Etat en France depuis des années, ne devrions-nous pas lui demander de l'aide ?

 

On peut se demander pourquoi Esther Duflo n'a pas créé son laboratoire en France ? La réponse fuse : l'approche des économistes français est extrêmement théorique, il n'y a pas de place pour l'expérimentation. De plus aux Etats-Unis, l'avancement n'est pas lié à l'âge et les financements sont faciles à trouver !

 

 

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 17:01

L'industrie française du logiciel se porte bien, parait-il : selon Ernst & Young, le chiffre d'affaires global des 408 éditeurs qui composent son récent panorama a progressé de 5,9 milliards € en 2009, à 6,7 milliards en 2010 et 7,4 milliards en 2011, soit une croissance de 13,5% puis de 10,4% par an. En deux ans, les effectifs ont augmenté de 15%.

 

Arbitrairement, les éditeurs de jeux video sont inclus dans ce panorama ; si ils sont exclus, ce qui est très généralement le cas dans les études de marché, les ventes du secteur sont ramenées à 5,0 milliards en 2009, 5,55 en 2010 et 6,2 en 2011.

 

En fait, Ernst & Young se place avec ce panorama, en concurrence avec un vieux routier de l'étude du secteur : Truffle Capital qui publie chaque année depuis 2005 un palmarès des 100 premiers éditeurs français et depuis 2006, celui des 100 premiers éditeurs européens. Il serait souhaitable d'ailleurs que Truffle songe à éditer celui des 100 premiers éditeurs mondiaux ! Cela ramènerait les choses dans une perspective bien plus réaliste : les logiciels sont des produits désormais facilement achetés et quasiment instantanément livrables via Internet ; en version SAAS (software as a service), ils ne sont même plus livrés mais utilisés en tant que service. Les transactions concernant les logiciels n'ont plus de frontières.

De plus l'industrie européenne du logiciel est face à de formidables compétiteurs qu'il importe de considérer : les ventes totales de logiciel des 100 premiers européens qui se montent à 37,2 milliards € sont inférieures à la somme des ventes de logiciel d'IBM ($25 Md ou 20 Md€) et d'Oracle ($26 Md ou 21 Md€). 

On notera que l'Allemagne pèse la moitié de l'industrie européenne grâce à SAP qui avec 14 Md€ en constitue 1/3.

IndieEU logiciel Truffle100

 

La clef de la croissance en édition de logiciels

 

Naturellement, ce qui différenciera un éditeur d'un autre, sera souvent sa capacité à fournir un support personnalisé aux clients et aux utilisateurs dans telle ou telle région du globe. Et c'est là vraiment la clef du développement d'une entreprise éditrice de logiciel : la croissance des éditeurs provient d'abord de leur présence dans le plus grand nombre de pays.

C'est ainsi que Dassault Systèmes qui est le leader français avec un chiffre d'affaires de 1 783 millions € (soit 30% de l'ensemble des éditeurs français !), est présent dans 35 pays et réalise 88% de son activité hors de France.

De même, le numéro 2, Murex qui est un leader mondial dans le domaine des logiciels de « trading » et de la gestion de trésorerie des entreprises, ne réalise en France que 5% sur des ventes totales de 318 millions € …

A contrario, les PME éditrices de logiciel ont 80% de leur activité en France.

Sur ce point, Ernst & Young se trompe totalement en prétendant que la R&D et le crédit impôt-recherche (CIR) qualifié de moyen de financement, sont les clés de la croissance des éditeurs. En particulier, si les plus petites sociétés consacrent 20% de leur chiffre d'affaires à la R&D, cela signifie simplement qu'adressant généralement un marché restreint, elle ne peuvent supporter leur R&D (nécessaire pour maintenir leur compétitivité face aux plus gros acteurs) qu'avec des ventes au potentiel limité par la taille de ce marché. Le crédit impôt-recherche a ceci de pervers qu'il rend la R&D relativement moins coûteuse à l'entreprise que d'autres activités stratégiques comme le développement commercial international et le support des clients localisés dans les autres pays à potentiel. 

Le discours récurrent des politiques et des responsables de lobbies comme Croissance Plus ou Syntec Editeurs en faveur de l'innovation (technologique) est absolument étonnant. A cela s'ajoute un concert de louanges en faveur d'un hypothétique Small Business Act, du statut de jeune entreprise innovante (JEI) et du CIR. Il n'est jamais question de développer la puissance commerciale, la présence sur les marchés les plus importants, le support des clients dans le Monde entier, ce qui a pourtant un impact bien plus fort sur la croissance de l'entreprise, sa capacité de résister à la concurrence et au passage sur l'équilibre de la balance commerciale du pays.

 

A quand le crédit impôt-prospection ?

 

Certains d'entre vous, chers lecteurs, êtes sans doute familiarisés avec l'« assurance prospection » proposée par la Coface, filiale de Natexis Banque Populaire. Il s'agit en fait d'une aide remboursable à la prospection commerciale sur les marchés étrangers, très similaire à l'aide remboursable à la R&D proposée par OSEO (ex-ANVAR). Ce programme de la Coface finance en partie le développement commercial dans certains pays, ce financement étant remboursé (sans intérêt) en proportion des ventes réalisées dans ces mêmes pays.

Dans la même ligne que les aides publiques aux entreprises et dans cet environnement délirant et typiquement français des crédits d'impôt, on peut imaginer qu'un crédit d'impôt-prospection soit mis en place qui rembourse en partie les frais de prospection des entreprises exportatrices, comme le crédit d'impôt-recherche (CIR) rembourse en partie les frais de R&D et le nouveau crédit d'impôt-compétitivité-emploi rembourse en partie le fait d'employer des salariés jusqu'à 2,5 fois le SMIC !

 

J'espère que cette proposition vous fera sourire mais je suis convaincu qu'elle serait bien plus efficace pour la croissance de notre économie qu'une enième amélioration du crédit d'impôt-recherche et autre statut de jeune entreprise innovante (JEI).

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 17:00

Ronald Coase, prix Nobel d'économie, 102 ans le 29 décembre cette année, vient de publier un article dans la Harvard Business Review sur son thème fétiche : que l'économie telle qu'elle est enseignée, expliquée dans les livres et pratiquée est déconnectée de la vie des entreprises et encore plus de la création d'entreprises et de l'entrepreneuriat ; elle devient de plus en plus un instrument théorique que les gouvernements utilisent pour gérer, un instrument qui n'est plus ancré dans l'étude empirique du fonctionnement de la vie économique, dans l'étude de l'homme et de l'économie telle qu'elle existe.

 

Ronald nous explique que cela n'a pas toujours été le cas : quand l'économie moderne a émergé, les premiers auteurs, Adam Smith avec la Richesse de Nations puis Alfred Marshall, ont porté leur attention à l'étude empirique de la croissance économique et du développement des richesses. L'économie avait alors un sens pour les entrepreneurs.

 

Depuis l'économie est devenue une profession, développant des théories abstraites et impropres à guider les entrepreneurs et les dirigeants dans leur quête permanente de création de nouveaux produits à un coût toujours plus bas. Il en résulte que les entrepreneurs et les managers s'appuient sur leur propre jugement et leur expérience pour prendre des décisions.

Pire, en temps de crise, lorsque les difficultés surgissent en termes d'emploi et d'innovation, ils se tournent vers les gouvernements qui eux-mêmes font souvent confiance aux économistes et à leur vision théorique du monde économique.

 

Ronald en conclut qu'avec l'émergence de l'économie de marché et de l'entrepreneuriat dans les pays d'Asie et d'Afrique, il est temps de se remettre à étudier l'homme tel qu'il est et le système économique tel qu'il existe, avec sa grande diversité de cultures, d'institutions et d'organisations.

 

Autour de nous, on s'aperçoit depuis des décennies que l'enseignement de l'économie, une discipline universitaire qui a envahi les classes du secondaire, est largement inutile pour la vraie vie dans les entreprises. Il suffit d'ailleurs de constater que les diplômés en économie ne trouvent guère d'emplois que dans la sphère publique, et plus tard dans les cercles et autres think tanks qui essaient d'influencer les politiques. On prétend à tout moment que les Français ne comprennent pas l'économie, mais ne serait-ce pas simplement parce qu'elle est isolée de la vie réelle des entreprises, de là où ils travaillent ; quel lien y a t'il entre les théories des prix et de la monnaie et la vie de tous les jours ? La plupart des gens se disent : laissons l'économie aux experts, je n'en vois pas l'utilité à mon niveau, pour développer mon activité, mon commerce, mon entreprise, pour ma vie quotidienne.

De plus, les économistes ne sont pas crédibles, qu'ont-ils fait depuis 30 ans qu'un chômage élevé sévit en France ? S'appuyant sur les théories de Keynes, ils ont prôné toujours plus d'interventions de l'Etat, un politique de déficit public supposé générateur de croissance économique et de plein emploi. Avec quel résultat ?

 

Bien sûr me dira t'on le lobby de la profession est puissant et nourri chaque année par l'arrivée de nouveaux diplômés. Il y a 40 ans, on n'enseignait pas l'économie au lycée … revenons donc à cette situation et développons plutôt la sensibilisation des jeunes aux entreprises, à la vrai vie économique, là la valeur se crée tous les jours.

 

Dans son dernier rapport « Pour un New deal entrepreneurial », Philippe Hayat, créateur de l'association 100 000 entrepreneurs, ne dit pas autre chose dans ses premières recommandations : populariser l'entrepreneuriat auprès du grand public, assurer une sensibilisation structurée à l’entrepreneuriat pour tous les collégiens et lycéens de 13 à 18 ans.

Mais il ne va pas assez loin en omettant de proposer de remplacer l'enseignement de l'économie par celui de l'entrepreneuriat. Pourtant, il faudra bien un jour faire un choix : lequel de l'entrepreneuriat ou de l'économie est le plus important pour favoriser l'innovation, la création d'emploi et de richesse ?

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:16

La division propriété intellectuelle du groupe américain d'information Thomson Reuters publie chaque année une étude listant les 100 organisations les plus innovantes, les « Top100 ».

La méthode utilisée est fondée sur les brevets et prend en compte 4 facteurs :

  • le taux de réussite soit le rapport entre le nombre de dépôts de brevets et de brevets validés dans les 3 dernières années,

  • le nombre de brevets déposés dans les 4 marchés majeurs : Europe, Etats-Unis, Japon et Chine,

  • le degré d'influence des brevets mesuré par le nombre de citations de chacun d'eux par d'autres organisations au cours des 5 dernières années,

  • le nombre de brevets réellement innovants, c'est-à-dire citant pour la première fois une nouvelle technologie, un nouveau médicament, un processus, etc.

 

Utilisant une batterie d'indices, Thomson Reuters a déterminé que les 100 organisations les plus innovantes – qui sont principalement des grandes entreprises, contribuent plus largement à la croissance de l'économie de leur pays et à la richesse de leurs actionnaires. Elles ont notamment créé près de 125 000 emplois en un an. Leur valeur boursière a augmentée de 15% en un an, d'octobre à octobre.

 

On clame sur tous les tons que la France est en retard en innovation, hors elle se retrouve classée troisième avec 13 organisations dans les Top100, après les Etats-Unis (47) et le Japon (23). Et la France progresse, passant de 11 à 13 en un an. L'Allemagne elle, est dans le fond du classement avec une seule organisation (Siemens) en recul par rapport à 2011 (4). La Corée du Sud fait des progrès importants avec 7 organisations contre 4 en 2011. On remarquera l'absence de la Chine qui est maintenant le premier déposant de brevets au Monde. Ceci est expliqué parce que les entreprises chinoises visent essentiellement la protection de leurs innovations en Chine même et seulement 6% des brevets sont actuellement déposés hors du pays.

 

Les organisations françaises retenues sont : 7 grandes entreprises (Alcatel-Lucent, Arkema, EADS, L'Oréal, Michelin, Saint-Gobain et Snecma), 3 organismes de recherche (CEA, CNRS et IFP Energies nouvelles) et Renault, Thales et Valeo qui figurent dans le classement pour la première fois. On retrouve la dominance des organismes de recherche étatiques et d'industries relativement matures : aéronautique et automobile, et l'absence de l'informatique et de l'électronique.

Il y a plusieurs biais évidents dans cette étude : les grands groupes dans le Top100 sont pour les plupart très internationalisés. Ils sont seulement identifiés par le pays où leur siège social est situé, ce qui peut n'avoir que peu de rapport avec le ou les pays où sont situés les centres de recherche et les établissements en pointe sur l'innovation. Trois exemples : ST Microelectronics a son siège en Suisse, n'y fait pas de R&D et ses principaux centres de recherche sont en France et en Italie ; Alcatel-Lucent dont le siège est en France, a la majorité de ses chercheurs dans les Bell Labs aux Etats-Unis, en Chine, Irlande, Belgique, Allemagne, Corée du Sud et …. France ; EADS a des activités de développement essentiellement en Allemagne et en France, à parts a peu près égales.

 

La méthode utilisée est-elle la bonne ?

 

Pourquoi l'Allemagne, premier exportateur mondial et dont l'excédent commercial fait pâlir d'envie de nombreux pays, est-elle si mal placée et de plus perd des places dans le Top100 par rapport à 2011 ? Pourtant sa position économique est toujours aussi forte, les entreprises allemandes sont largement réputées pour leur garnde capacité d'iinovation et il y en Allemagne autant de grandes entreprises qu'en France. Cela conduit à penser que la méthode de mesure de l'innovation utilisée par Thomson Reuters est très imparfaite. 

Dans le domaine automobile, Volkswagen et Nissan ne sont pas présentes alors qu'elles sont renommées par leurs capacités d'innovation, sans doute bien plus que Renault ou Ford qui elles sont citées dans le Top100.

Les 3 organismes de recherche français présents sont peut-être à la pointe dans le dépôt de brevet mais confient à d'autres leur exploitation, leur industrialisation et leurs applications. Ce transfert ne paraît guère efficace vu le faible nombre d'entreprises de croissance qui en sont issues. De plus les entreprises, surtout en émergence, à qui sont concédés ces brevets sont à la merci de concurrents plus gros qui peuvent attaquer les brevets qu'ils exploitent. Les centres de recherche se gardent bien de les défendre et les startups n'ont pas les moyens de le faire, une telle défense coûtant en moyenne 1 million $.

 

En fait, il apparaît que les brevets deviennent de plus en plus souvent des armes « atomiques » utilisées par les grands groupes pour affaiblir et bloquer les concurrents. Les combats récents entre Apple et Samsung en sont témoins. Que Google rachète à prix d'or le portefeuille de brevets de Motorola en est un autre.

 

A l'opposé, la grande majorité des dirigeants de PME et même d'ETI se refusent à déposer des brevets. Leur philosophie est que la compétitivité provient d'abord de l'avance technologique et de savoir-faire qu'ils arrivent à maintenir face à leurs concurrents, sans qu'il soit nécessaire de déposer des brevets. Ils considèrent que le dépôt de brevet rend visibles à leurs concurrents les domaines et les orientations de leurs développements, facilitent la veille technologique de ces mêmes concurrents et la poursuite de développements visant à contourner les brevets.

 

Le brevet unitaire européen

 

Un autre facteur spécifiquement européen a longtemps conduit les entreprises à renoncer au dépôt de brevet : afin d'obtenir une protection dans tous les états membres de l'UE, le coût moyen était de 36 000 €, car il fallait traduire le brevet dans toutes les langues et payer des redevances dans chaque pays. Aux Etats-Unis, le coût moyen du dépôt d'un brevet est de 2 000 € et en Chine 600 € !

Après 30 ans d'efforts, les européens viennent enfin de lancer le brevet unitaire, à la majorité relative permise par le traité de Lisbonne. Un brevet pourra être publié en une seule langue, français, anglais ou allemand. Adieu les frais de traduction et les redevances à payer dans chaque pays ! 25 pays se sont mis d'accord, l'Italie et l'Espagne restant en rade, ayant refusé de renoncer à la publication dans leurs langues. Et une seule cour de justice sera compétente pour les litiges.

Il paraît que c'est une grande victoire, mais n'est-ce pas un peu tard pour l'industrie européenne ? Je suis tenté de considérer que les entreprises, surtout les PME et ETI notamment allemandes ont appris à développer leur compétitivité dans le monde entier sans le secours des brevets.

 

Et je conseillerais à Thomson Reuters d'envisager d'autres éléments pour mesurer l'innovation des entreprises et des pays. Le brevet semble un outil qui ne sert plus vraiment à la protection de la propriété industrielle et de l'innovation.

Alors quels éléments utiliser ? On pourrait prendre en considération par exemple les budgets R&D des entreprises en absolu et relatifs à leur chiffre d'affaires, le nombre de docteurs travaillant en entreprises, le montant des contrats de recherche entre entreprises et organismes spécialisés publics et privés (pour l'Allemagne, Max Planck Inst., Inst. Franhaufer, ...), une mesure de la croissance des jeunes pousses comme le chiffre d'affaires global des entreprises de moins de 3 ans et sa progression d'une année à l'autre.



Partager cet article
Repost0
30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 17:39

Créée en 2007 à Paris, par Pierre-Emmanuel Calmel et Mathias Moronvalle, tous deux ingénieurs issus des laboratoires de recherche de Nortel associés avec trois entrepreneurs passionnés de musique et experts en design et en marketing, Devialet lance son premier produit en 2010, un amplificateur audio aux performances inégalées jusqu'à ce jour. Le point de départ est la conception d'une nouvelle technologie d'amplification du son, hybridant l'analogique et le numérique, l'ADH®.

 

Dès la première année de commercialisation, Devialet a réalisé 1 million € de ventes et prévoit des ventes de 4 millions € en 2012, son unique produit, l'amplificateur D-Premier, ayant déjà été vendu à 1 300 exemplaires à 11 920 € pièce !

 

La vision des fondateurs est de créer une nouvelle génération de produits audio aux performances exceptionnelles, au design innovant et délivrant un excellent rapport performances – prix. Selon le dirigeant de Devialet, Quentin Sannié, la stratégie est d'intégrer la technologie et de proposer la même qualité dans un produit à un prix inférieur à 1 000 €.

 

Pour financer le développement, les fondateurs ont d'abord apporté 500 k€, puis ont réalisé deux levées de fonds successives en février et octobre 2010, chacune de 1,1 millions €, auprès de 80 investisseurs individuels, enthousiasmés par le projet et issus de leurs réseaux professionnels.

 

Afin d'accélérer en 2012, l'équipe de Devialet s'est adressé à de nouveaux investisseurs aux poches plus profondes : Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Ventes privées.com) et Bernard Arnault (LVMH), qui apportent chacun 3 millions €. Les 80 actionnaires historiques apportent aussi 3 millions €.

 

Avec ces 15 millions € levés en novembre 2012, il est prévu de développer un nouveau produit miniaturisé et toujours aux performances exceptionnelles d'ici 4 ans et de poursuivre l'expansion commerciale dans le Monde entier. Il y a déjà un réseau de 120 boutiques dans 30 pays et un magasin pilote rue Réaumur à Paris. L'ambition est de prendre une part significative du marché mondial qui est, parait-il, de 500 millions d'amplificateurs audio par an …

 

On notera au passage que les cartes électroniques du D-Premier sont réalisées par une entreprise d'une centaine de salariés située à Vire en Basse-Normandie, Seprolec, qui travaille aussi pour le médical, la défense et l'aéronautique.

 

Depuis les débuts de l'entreprise, les dirigeants ont souhaité rassembler autour d'eux des investisseurs qui soient des entrepreneurs et des passionnés et ne pas avoir affaire à des fonds d'investissement. N'est-ce pas à nouveau un signal que dans le domaine de la création et du développement des entreprises, de leur financement, il se produit une sorte de désintermédiation ?

Les fonds de capital risque qui ont des difficultés pour lever de nouveaux capitaux, en grande partie sans doute du fait de leurs mauvaises performances, laissent de plus en plus la place à des investisseurs privés. Ceux-ci se passionnent pour les projets, apportent leurs carnets d'adresse et en définitive, favorisent directement le succès des jeunes pousses dans lesquelles ils investissent.

Partager cet article
Repost0
25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:18

Il y un an, l'AFIC (Association Française des Investisseurs de Croissance) s'inquiétait de la baisse des fonds levés par les acteurs du capital investissement. La tendance n'a pas changé. Les banques et les assureurs sortent du marché sous la pression des réglementations Bâle III et Solvabilité II ; les épargnants se restreignent et font des économies en prévision des notes diverses qu'ils vont recevoir du percepteur.

 

Alors que font les entrepreneurs ambitieux, notamment ceux de l'Internet qui doivent à tout prix viser une forte croissance ? En effet, sur Internet, il y a une prime élevée au numéro un et il est difficile d'exister si on ne fait pas la course en tête. Pour trouver les fonds nécessaires à cette croissance, ils font feu de tous bois et vont chercher des fonds dans le monde entier. Certains commentateurs prétendent qu'ils vont ailleurs qu'en France parce que les fonds de capital risque et de développement français ne pourraient plus suivre. Ce n'est pas aussi simple ….

 

L'observatoire des investissements dans l'Internet récemment publié par KPMG qui a étudié les levées de fonds entre janvier 2010 et juin 2012, permet d'éclairer en partie la situation.

 

Les sociétés françaises de l'Internet ont levé 830 millions d'euros sur un total de 238 opérations sur cette période de 18 mois. Les 20 opérations les plus importantes représentent 40% des fonds levés. Le secteur du commerce électronique est le plus dynamique avec 93 levées de fonds (39% du total) et 404 millions € soit 49% du total. Suivent les secteurs du service électronique (120 M€), du marketing (100 M€) et du social (94 M€) et le tiercé gagnant est constitué de : Fotolia (120 M€ en mai 2012), ShowroomPrive (37 M€), CommentCaMarche (27 M€).

 

La très forte majorité des montants levés viennent des fonds d'investissement (54%) et d'investisseurs privés (business angels) (44%) ; les fonds d'entrepreneurs (Kima, Isai, Jaina), les fonds corporate et les fonds à capitaux publics interviennent chacun pour 9%, plusieurs types d'investisseurs pouvant être représentés dans une même opération. Et il y a eu seulement 3 introductions en Bourse ...

 

En fait, les sociétés de l'Internet les plus dynamiques ont des ambitions mondiales. Afin de s'implanter rapidement dans une région du Monde, il est particulièrement important de lever des fonds dans la région même. Par exemple Criteo a successivement levé 3 M€ en France, puis 5 M€ aux Etats-Unis (avec Bessemer) et dernièrement 30 M€ au Japon (avec Softbank). Criteo a pu ainsi déclencher une visibilité renforcée sur chacun de ces marchés et s'assurer l'aide des investisseurs locaux pour développer l'activité. Pour Criteo, la prochaine étape est la Chine, un marché très fermé selon son dirigeant Jean-Baptiste Rudelle. Une nouvelle levée de fonds s'imposera, avec des investisseurs chinois, cette fois-ci. Il semble que le fait de se rapprocher avec l'« éco système » local soit plus important que le montant des fonds levés. Bien sûr, les actionnaires des précédentes levées doivent accepter d'être dilués, mais c'est le prix à payer pour une développement mondial et une présence significative sur les marchés clefs.

De même, après plusieurs levées de fonds en Europe, Fotolia a levé 120 M€ en mai 2012, auprès de KKR à New York avec pour principal objectif d'accélérer son développement en Amérique du Nord.

 

Tout ce qu'on peut donc souhaiter à nos jeunes pousses de l'Internet, c'est de franchir les frontières et d'aller au-delà des océans pour rencontrer des investisseurs aux poches profondes qui les aideront dans leur développement mondial. Sont-elles toutes prêtes à franchir le pas un jour ? Sinon, il leur arrivera ce qui s'est produit par exemple pour Price Minister : se faire avaler par un groupe, le japonais Rakuten en l'espèce, ou par un concurrent comme cela a été la cas pour iBazar rachetée par eBay en 2001. Dans les deux cas, c'est la disparition à plus ou moins brève échéance.

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:04

Le feuilleton Lacoste vient d'aboutir à sa conclusion : tous les membres de la famille vont céder leurs parts dans l'entreprise créée en 1933 par René Lacoste, au groupe suisse Maus Frères. Le prix proposé était vraiment attractif : il valorise l'ensemble des parts à 1,25 milliards €. Difficile de résister, quand on sait que le chiffre d'affaires de Lacoste est d'environ 140 millions €.

 

La galaxie Lacoste

 

René Lacoste, champion de tennis des années 1920, fit confectionner en 1927 pour son usage, un lot de chemises en coton en maille aérée, absorbant la transpiration. En 1933, il s'associe avec André Gillier, dirigeant d'une des plus grandes bonneteries de Troyes fondée en 1825, et créateur de la première marque de sous vêtements masculins Jil en 1929, pour lancer cette chemise en « jersey petit piqué » blanc, nommée la « 1212 » avec son emblème le crocodile.

Pour la première fois, un vêtement est commercialisé avec sa marque, le fameux crocodile, brodée à l'extérieur, bien en évidence. René Lacoste est à l'origine d'autres inventions destinées au sport qui le passionne : en 1927, une machine à lancer les balles de tennis, en 1961, une raquette en acier qui donnera le signal de l'abandon du bois. Cette raquette innovante commercialisée par Wilson gagnera 46 tournois de Grand Chelem de 1966 à 1978 !

 

En parallèle, Lacoste licencie d'autres partenaires : en 1968, une Eau de Toilette pour hommes avec le parfumeur Jean Patou, racheté depuis par Procter & Gamble ; en 1985, des chaussures de sport avec Pentland ; une ligne de maroquinerie avec Samsonite reprise par Devanlay en 2010, des montres (Movado), du linge de maison (Zucchi te Uchino), des bijoux (GL Bijoux), des lunettes (Marchon) ….

 

Aujourd'hui, un réseau de plus de 1000 boutiques Lacoste et 2000 autres points de vente diffusent les produits de la marque dans plus de 110 pays, dont 15% aux Etats Unis, 9% en France, 6% en Chine et 6% en Italie, pour un total des ventes 2011 de 1,6 milliards € … Les vêtements réalisés par Devanlay restent le point fort de la marque avec 60% des ventes, Lacoste touchant 8% de royalties sur ces ventes.

 

 

Devanlay

 

Pierre Levy qui a épousé l'héritière d'une usine de maille, rachète l'usine Devanlay-Recoing dans les années 30, puis l'ensemble des Etablissements Gillier en 1961, plusieurs années après le décès d'André Gillier en 1935.

En 1975, Léon Cligman, gendre de Pierre Levy, reprend la direction de Devanlay alors en difficulté et la redresse, en renouant avec les bénéfices trois ans plus tard. En 1996, Devanlay avait un chiffre d'affaires de 300 millions € et un bénéfice de 17 millions €, constitué essentiellement de la marque Lacoste et de marques de sous-vêtements (Scandale, Jil, Coup de coeur, Orly). Agé de 77 ans en 1998, Léon Cligman, vend son groupe à Maus Frères pour 440 millions €.

Aujourd'hui, Devanlay poursuit son développement en France avec 8 sites industriels, plus de 1000 salariés, dans l'Aube, la Marne, la Meuse,... et des ventes de 1,4 milliards €, se consacrant depuis 2000, à la confection de tous les articles en maille Lacoste. On notera qu'elle est confrontée à une pénurie de main d'oeuvre qualifiée …

 

 

Maus Frères

 

Le groupe suisse Maus Frères rachète ainsi en 1998, 90% de Devanlay, 10% étant conservé par Lacoste. Ce groupe fondé en 1902 par Ernest et Henri Maus et Léon Nordmann avec l'ouverture en 1902 de leur premier supermarché à Lucerne. Les enfants des fondateurs poursuivent le développement dans la distribution en créant un réseau de grands magasins, à Bâle, Lausanne, Genève puis, en 1974, un premier hypermarché Jumbo à Dietlikon, dans les années 1980, une chaîne de restaurants Manor et en 1985 avec l'ouverture des premiers City-Disc, en 1994, les premiers magasins electroPlus et Jeans & Co, puis en 1995, le premier magasin Athleticum, enfin en 1998, la franchise des magasins de mobiliers Fly.

À partir de 1996, le groupe se développe hors de Suisse avec l'achat des parapharmacies françaises Parashop. Après l'acquisition de Devanlay en 1998, Maus Frères rachète en 2003 la marque de sport et d'extérieur Aigle et en 2008, devient l'actionnaire principal de la marque de vêtements suédoise Gant.

Cet empire familial dirigé par Didier Maus, 56 ans, de la quatrième génération, a un chiffre d'affaires global de 4,4 milliards € (2011) et 22 000 salariés.

 

 

La famille Lacoste

 

Pendant 35 ans, le fils ainé de René Lacoste, Bernard a présidé l'entreprise. En 2005, il démissionne pour raisons de santé et décèdera peu après. Son frère Michel lui succède. En 2012, agé de 69 ans, il doit céder sa place et essaye de favoriser sa nièce Béryl, fille de Bernard. Mais c'est sa fille âgée de 36 ans, Sophie Lacoste-Dournel qui est élue le 24 septembre 2012, par le conseil d'administration, après plusieurs années de conflit avec son père.

C'est alors que Michel Lacoste décide de céder sa participation de 30,3% dans Lacoste à Maus Frères qui en possède déjà 35% depuis l'acquisition de Devanlay et qui élargit son offre à l'ensemble de la famille. Michel a préféré confier l'avenir de Lacoste aux suisses plutôt qu'à sa fille qu'il taxe d'incompétence. Il a ainsi déclaré à la presse : "ne pas vouloir mettre en péril l'avenir de Lacoste" et qu'une cession était "la meilleure façon de soutenir la marque".

Pendant quelques jours, les autres membres de la famille qui possèdent 28,3% du capital, recherchent un financement qui pourrait leur permettre de bénéficier de leur droit de préemption prévu au pacte d'actionnaires et empêcher la prise de contrôle par le groupe suisse. Il y a quelques années, ils avaient pu racheté ainsi la part d'Anne et de Christine, deux filles de François (un autre frère), mais au bout de deux ans et demi de procédure...

Cette fois-ci, cela n'a pu fonctionné, la barre a été fixée trop haut par Maus Frères.

Ils ont accepté leur offre. Sophie Lacoste-Dournel a expliqué à la presse, que cette décision avait été "très difficile et très douloureuse", mais que "c'était la seule qui puisse être prise pour la pérennité de l'entreprise et de ses salariés", ajoutant que "ces actions nous avaient été léguées par nos grands-parents, non pas dans un esprit de possession mais de transmission".

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Clairement, l'adage selon lequel de nombreuses affaires familiales disparaissent à la 3è génération se trouve en quelque sorte confirmé : le père crée et développe, les enfants maintiennent et les petits enfants dilapident.

Dans le cas de Lacoste, on pourrait même dire que les enfants ont commencé le travail.

En effet, à la fin des années 1990, Bernard et Michel Lacoste confient à Devanlay la moitié des 1 200 boutiques du groupe, situées dans 114 pays. Et en 2010, Michel met un terme à son partenariat avec Samsonite pour la maroquinerie et offre la licence à Devanlay. Lacoste devient de plus en plus dépendent de Devanlay qui pèse 70 % du chiffre d'affaires de la marque.

En 2002 puis en 2008, Maus Frères avaient déjà tenté de racheter Lacoste, profitant de luttes entre les héritiers.

 

Comme toujours, une transmission familiale qui tourne à l'échec est le résultat de nombreuses années d'impréparation et de mauvaise gestion des conflits. A l'évidence, dans le cas Lacoste, très tôt, Bernard n'a pas su ou n'a pas pu organisé sa succession. Et il ne fallait surement pas que son frère lui succède. Personne, parmi la 3è génération, n'a pu être formé au sein de la famille qui ait les qualités et les capacités pour maintenir les liens, obtenir la confiance de tous, notamment de ceux de la 2è génération, et communiquer une vision et une stratégie pour l'avenir.

Cela n'était certainement pas très facile, Lacoste étant une affaire assez particulière dont le savoir-faire est essentiellement dans le développement d'une marque et faisant confiance à des licenciés pour fabriquer et diffuser. Mais le cas est fréquent dans le domaine du luxe et de la mode.

Il est certain par exemple, que la stratégie initiale d'ouverture de boutiques vendant tous les produits de la marque quel que soit le licencié, sous un même toit, était un élément clef de pérennité de l'entreprise, assurant le contact avec les clients finaux et le marketing aval. Le transfert de quelques 600 boutiques à Devanlay à la fin des années 90 a été un premier signe de divergence loin d'une stratégie de poursuite de l'entreprise à long terme.

 

On peut s'interroger pourquoi une entreprise familiale suisse dirigée par la 4è génération a su reprendre une pépite française à la 2è et 3è génération ?

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 22:55

Robert J. Gordon, professeur d'économie à l'université de Northwestern, près de Chicago, et chercheur à l'OFCE (Paris), a publié en septembre un « papier » où il s'interroge sur les causes du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis. Son analyse remonte aux premiers jours de la première révolution industrielle appelée IR1, qui s'est produite à partir de 1750 en Angleterre. Avant cette date, il n'y a eu pendant des siècles, qu'une infime croissance économique. Jusqu'en 1906, R. Gordon considère que l'Angleterre a devancé le reste du monde en productivité et donc en revenu par tête. A cette date, les Etats-Unis sont passés devant l'Angleterre et sont restés jusqu'à aujourd’hui, le numéro un en terme de revenu par tête.

 

 

Et les autres pays ?


On remarque que, bien qu'il n'en fasse pas mention, R. Gordon ne tient pas compte des micro états dont le revenu par tête est supérieur ... L'hypothèse implicite de R. Gordon est que le cours de la croissance économique de tous les pays a suivi et va suivre avec plus ou moins de retard le chemin emprunté par l'Angleterre d'abord (jusqu'en 1906) et les Etats-Unis ensuite, la référence étant le revenu par tête. On conçoit que les pays émergents, au cours des 20 ou 30 dernières années, ont connu un rattrapage à marches forcés, bien sûr facilité par le fait que les découvertes et les inventions des 250 dernières années sont derrière nous et qu'ils ont bénéficié ainsi de progrès de productivité très rapides. Il est prévisible que les causes qui ralentissent la croissance des Etats-Unis, vont aussi impacter les autres pays, y compris les émergents, avec plus ou moins de retard.

 

 

La croissance des années 1300 à 2100


R. Gordon nous indique que le revenu annuel par tête ramené à la valeur d'aujourd'hui, a été seulement multiplié par 3 en 5 siècles de 1300 à 1800, augmentant de 1 150 $ à 3 450 €. En 1906, il était de 6 350 $ en Angleterre et aux Etats-Unis, soit pratiquement un doublement en un siècle. La croissance a été ralentie jusqu'à la crise de 1929 puis s'est soudainement accélérée, doublant de 8 000 € à 16 000 € en 28 ans (de 1929 à 1957) et doublant à nouveau à 32 000 $ en 31 ans, en 1988.

En 2007, l'année de base utilisée par R. Gordon pour sa prospective, le revenu par tête était de 44 800 $, soit une progression de 40% seulement en 19 ans : il y a donc maintenant un ralentissement significatif de la croissance ; il prévoit que la croissance jusqu'à 2100, va retomber au niveau du 19è siècle soit un doublement en un siècle ! Ceci correspond à une croissance moyenne de 0,7% par an. R. Gordon observe que la croissance moyenne a été successivement de 2,33% par an de 1891 à 1972, puis de 1,38% jusqu'en 1996, de 2,46% de 1996 à 2004 et de 1,33% par an jusqu'en 2012.

 croissance économique de 1300 à 2012

Croissance économique en % par an de 1300 à 2012 en Angleterre (bleu) et aux Etats-Unis (rouge) (extrait de Policy Insight nº63 - sept 2012)

 

 

Les trois révolutions industrielles IR1, IR2 et IR3


Pourquoi la croissance a t'elle été si rapide au début du XXè siècle ? Tout simplement parce que la seconde révolution industrielle (IR2) entre 1870 et 1900 connut en peu de temps les inventions qui ont eu le plus d'influence sur l'amélioration des conditions de vie : après le télégraphe inventé en 1844, l'éclairage électrique et le moteur à explosion apparurent ensemble en 1879. Pendant cette courte période et avant 1929, le téléphone, le phonographe, la photographie, la radio et les films, les ascenseurs et les escaliers mécaniques, les automobiles, les camions et les avions, les autoroutes, les supermarchés, les grands magasins et la vente par correspondance, l'eau courante, le chauffage central et les égouts, la chimie, les plastiques et les médicaments, les lave-linges et les réfrigérateurs furent tous inventés ou créés. Ces inventions ont été suivies par d'autres comme la télévision, la climatisation qui ont eu leur plein effet avant 1970. Mêmes les ordinateurs ont eu l'effet le plus marquant au début des années 60, tôt après leur invention, remplaçant le travail manuel ou répétitif par des automatismes ; par exemple, les opératrices téléphoniques ont rapidement disparu et les banques et les compagnies d'assurance ont émis des documents générés par leur informatique. Les premières cartes de crédit ont été introduites dans les années 50. R. Gordon indique que les ordinateurs ont eu surtout pour effet de prolonger la période de croissance rapide générée par IR2 jusqu'au début des années 70 et que par la suite, ils auraient empêché que le freinage de la croissance soit plus sévère. IR2 a eu ainsi un impact bien plus fort et durable que IR1.

 

 

On constate que la troisième révolution IR3 dont on situe le début autour de 1995 et qui nous a apporté l'Internet, le Web, les téléphones portables,... a un impact bien moins important que IR2 sur les augmentations de productivité et donc sur la croissance. Son impact a surtout été de plus courte durée : seulement 8 ans à comparer aux 81 ans qu'a duré IR2. Les innovations récentes comme les smart phones ajoutent simplement des fonctions existant sur d'autres outils personnels ...

 

 

Un trait commun aux innovations de la révolution IR2, de 1870 à 1970, c'est que la plupart des améliorations ne pouvaient arriver qu'une seule fois ; par exemple la température dans les habitations est passée d'une alternance entre un froid glacial l'hiver et une chaleur étouffante l'été, à une température contrôlée toute l'année : cette transformation ne peut se produire à nouveau. Après 1970, les innovations sont devenues souvent en quelque sorte des innovations de second tour, dont l'effet sur la productivité est bien moindre. Le traitement de texte des ordinateurs personnels n'a fait que remplacer les machines à écrire à mémoire qui avaient déjà très largement simplifié le travail de secrétariat.

 

 

Que valent les innovations des années 2000 comparées à celles de IR2 ?

 

R. Gordon décrit une expérience illustrant l'importance des inventions de IR2 : deux choix sont proposés, A ou B. Avec A, on conserve la technologie de 2002, y compris un ordinateur sous Windows 98 capable d'accéder aux sites marchands, l'eau courante et des wc intérieurs, mais on ne peut utiliser ce qui a été inventé après 2002. Avec B, on obtient tout ce qui a été inventé dans les dix dernières années, jusqu'à Facebook, Twitter et l'iPhone ou l'iPad mais il faut porter l'eau jusque chez soi et aller à l'extérieur, peut-être sous la pluie ou de nuit, pour accéder aux wc. Quelle option choisit-on ? quelles sont les inventions les plus importantes ?

 

 

Qu'en est-il du futur ?

 

R. Gordon rappelle qu'il ne faut jamais sous-estimer le potentiel des innovations, citant le président d'IBM, Thomas Watson qui estimait que le marché mondial pour ordinateurs était de 5 systèmes maximum ou Bill Gates qui déclarait qu'une mémoire de 640 kilooctets était suffisante pour une disquette.

 

Mais l'innovation est désormais confrontée à 6 facteurs qui en freinent les effets :

- la démographie : la population des retraités augmentant en pourcentage de l'ensemble de la population, la proportion des actifs diminue et le nombre d'heures travaillés par tête diminue également, et la production par tête augmente moins vite que la productivité. On notera que les pays européens traitent indirectement la question en se focalisant sur la maintenance des retraites par répartition : en repoussant l'âge de la retraite, on augmente la capacité de production grâce à un nombre d'heures travaillés plus élevé, et on stimule la croissance. Le lecteur notera qu'en France, une première fois au début des années 80, l'âge de la retraite passant de 65 à 60 ans, a sûrement eu un effet de freinage sur la croissance et que le présent gouvernement qui appelle la croissance de ses voeux à toutes les occasions a pris une mesure qui freine la croissance en ramenant la retraite à 60 ans pour certains. Au contraire, les Allemands sont en train de passer à une retraite à 67 ans ...

 

- la formation : aux Etats-Unis, il apparait que le niveau moyen de la formation des jeunes se détériore depuis plus de 20 ans. Une des causes est l'inflation du coût des études supérieures qui limite de plus en plus l'accès aux catégories les plus pauvres et fait que les autres accumulent des dettes qui biaisent leur orientation de carrière. R. Gordon cite également les mauvais scores des élèves américains dans les tests PISA de l'OCDE. Il est évident que le même effet est présent en France, notamment en considérant le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail, ayant des difficultés en connaissances de base et sans formation professionnelle, ainsi qu'en observant le biais de notre enseignement supérieur du côté des catégories les plus favorisées. La vrai question pour la France est de savoir si la situation s'améliore, devient pire ou est stabilisée. Aux Etats-Unis, elle empire et c'est un frein à la croissance.

 

- l'inégalité croissante : aux Etats-Unis, de 1993 à 2008, la croissance moyenne du revenu par foyer a été de 1,3% par an mais pour 99% d'entre eux, la croissance a été de 0,75% par an seulement, les 1% les plus aisés captant la différence de 0,55%. D'où une croissance réelle diminuée de 0,55% pour l'immense majorité de la population. En France, en se focalisant sur le maintien du pouvoir d'achat, nos politiciens depuis 20 ans ont su limiter la croissance de l'inégalité avec de nombreux outils. On peut donc considérer que ce facteur est quasiment absent ici.

 

- la globalisation : R. Gordon prétend que la globalisation, en mettant en concurrence la main d'oeuvre bon marché des pays émergents bénéficiant de capacités techniques croissantes avec celle d'un pays avancé comme les Etats Unis agit comme un frein sur la croissance. Il cite la théorie d'égalisation du facteur prix de Hecksher-Ohlin-Samuelson. On peut argumenter exactement le contraire en indiquant que, grâce aux produits importés bon marché, le pouvoir d'achat des individus et des entreprises augmente induisant une croissance économique. Sur ce point, j'observe que le seul impact vraiment significatif sur la croissance est celui provenant d'une balance commerciale en déficit avec les pays émergents causée par l'importation massive de produits venant de ces pays. C'est le cas des Etats-Unis comme de la France. Une balance commerciale en déficit induit un appauvrissement du pays importateur donc une perte de croissance du même montant. Si les Etats-Unis et la France réussisaient à équilibrer leurs échanges, ils regagneraient plusieurs dixièmes de point de croissance. Une petite partie de la croissance de l'Allemagne, du Japon, de la Chine provient de leurs excédents commerciaux.

 

- énergie et environnement : ce facteur est à l'évidence de plus en plus important, par les contraintes en termes de coût des ressources et de dégradation de l'environnement. R. Gordon renvoie simplement la balle aux "mauvais", l'Inde et la Chine en l'espèce, qui produisent à eux deux maintenant plus de CO2 (10,3 milliards de tonnes en 2010) que les Etats-Unis (5,5 milliards de tonnes mais tout de même 2,3 milliards d'habitants en Chine + Inde contre 350 millions ...) et, selon lui, ne veulent pas contrôler leurs émissions, puisqu'à la même époque de développement économique, il y a 20 ou 40 ans, les pays avancés ne se souciaient pas d'émissions de CO2 ... Il résume cependant assez bien la question en termes économiques : le traitement des questions d'environnement et d'épuisement des ressources représente un compensation de la croissance économique passée, en quelque sorte une dette contractée lors des périodes de croissance rapide qu'il va falloir rembourser.

 

- le poids des dettes : en 2007, les américains avaient une dette équivalente à 133% de leurs revenus annuels ; ils cherchent maintenant à réduire cette dette, à épargner et cela a un impact négatif sur leurs dépenses. Pour l'instant, l'Etat américain ne prend pas vraiment de mesures pour réduire sa dette qui est abyssale mais si cela se produisait un jour, il y aurait un impact sur la croissance. En France, la question sur le devant de la scène est la dette publique et la manière dont le gouvernement compte la réduire sous la contrainte des marchés.

 

On reste un peu sur sa faim avec cet ensemble de 6 facteurs freinant la croissance économique. Il y manque notamment :

- l'intervention des Etats

Je pense que R. Gordon n'est pas républicain, car il aurait alors à coup sûr indiqué que les gouvernements et états de toutes sortes freinent la croissance économique par leurs interventions, par la mauvaise utilisation des fonds collectés via les impôts. Il est avéré que la création d'un emploi public détruit plus d'un emploi privé et que les emplois privés sont seuls producteurs de valeur et générateurs de croissance économique au sein des entreprises. Dans ce domaine, la France a un handicap très important et les efforts de réduction des emplois publics doivent être poursuivis.

- le commerce international

Un autre élément qui a joué un rôle très favorable depuis la deuxième guerre mondiale est la libéralisation du commerce international et la baisse des droits de douane de toutes sortes. De même, pendant toute la période de 1300 à 1750, on a pu constater que la liberté de commercer et une diminution des droits de douane, octroi et autres taxes sur la circulation des biens ont conduit à une croissance économique significative. Les efforts de l'OMC doivent être poursuivis et que les négociations soient figées depuis plusieurs années, n'a pas aidé la croissance économique mondiale.

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 21:06

Pricewaterhouse Coopers (PwC) et l'association FBN France viennent de réaliser une enquête sur les entreprises familiales françaises en interrogeant 270 dirigeants. Membre du réseau international de 25 associations du Family Business Network (FBN), FBN France fédère les membres familiaux d’entreprises dont le capital est contrôlé par la même famille depuis au moins deux générations ; elle accompagne aussi les familles qui préparent leur première transmission ; sa mission est de favoriser le succès et la pérennité des entreprises familiales.

 

En résumant la définition de la Commission Européenne, sont désignées comme familiales les entreprises contrôlées par un ou plusieurs membres d'une famille, qu'ils soient de la première génération ou des suivantes. En France, elles représentent 83% des entreprises (60% en Europe).

 

En préambule, on notera que les seules indications sur la population des dirigeants interrogés, sont que le chiffre d'affaires de leur entreprise est compris entre 10 millions € et 1,5 milliards €, qu'ils sont de la 1re à la 4e génération et dans toutes les régions de France et dans tous les secteurs. Aucune autre information n'est fournie tendant à déterminer le caractère représentatif de l'échantillon. On peut penser que les personnes interrogées sont des membres de FBN France, mais ce n'est pas certain. 

Les résultats devront donc être interprétés avec prudence et plutôt en termes qualitatifs, en tant qu'indicateurs de tendance.

 

Une croissance supérieure à la moyenne, tirée par l'international

 

60 % des dirigeants interrogés confirment une croissance supérieure à 5 % de leur chiffre d’affaires 2011 par rapport à 2010, 33 % d'entre eux, une croissance supérieure à 10 % et 7% supérieure à 25%. Les deux facteurs dominants pour les entreprises de croissance sont la présence à l'international et la taille (supérieure à 50 millions €). On ne s'en étonnera pas ! Il existe bien sûr un « cercle vertueux » : à partir d'une certaine taille sur son marché, une entreprise a la capacité d'investir en développement international, elle aborde alors un potentiel beaucoup plus large qui se retrouve dans une croissance plus dynamique.

Le caractère ambitieux et dynamique de l'échantillon des dirigeants interrogés se confirme par le fait que 57 % d’entre eux annoncent une stratégie de croissance et d’expansion pour 2012, en hausse par rapport à 2011 (53%).

 

Il y a 20 ou 30 ans, on constatait que la présence à l'international se résumait souvent par une activité en Europe et dans les pays francophones, en Afrique en particulier. Cette situation a considérablement évolué : 51% des répondants sont en Asie et 39% en Amérique du Nord. A l'évidence, la « grande exportation » se développe.

 

Une relation privilégiée avec les banques

 

Il est tout à fait remarquable que plus des 3/4 des dirigeants interrogés considèrent leurs banques comme de véritables partenaires qui savent s’adapter à leurs besoins et y répondre rapidement et efficacement, capables de les accompagner dans le développement de leur entreprises. Il semble que cette relation de confiance se soit bâtie au fil des années, parfois depuis plusieurs générations..

Il est aussi certain que ces entreprises présentent un risque faible pour les banques.

 

Et l'autofinancement ?

 

Les auteurs de l'étude décernent un étrange satisfecit aux entreprises, en prétendant qu'elles affichent un taux important de réinvestissement des bénéfices. 

Les chiffres en parlent autrement : 57% des répondants ont réinvesti de 1 à 10% des bénéfices sur les deux derniers exercices. Ce qui signifie en fait qu'entre 90 et 99% des bénéfices ont été versés en dividendes pour les actionnaires. Et seuls 17% des répondants ont réinvesti 25% ou plus des bénéfices. Aucune information n'est donnée sur les entreprises qui auraient réinvesti 50% ou même 100% de leurs bénéfices.

On est loin du comportement des entreprises de forte croissance, les fameuses gazelles, qui devraient réinvestir la totalité de leurs bénéfices pour financer leur développement, la récompense venant pour les actionnaires au moment de la mise en bourse ou du rachat de leurs parts.

Contrairement à ce que prétendent les auteurs, même les entreprises familiales, supposées les mieux gérées et ayant une stratégie de long terme, s'autofinancent peu en France. Il en résulte qu'elles manquent de fonds propres !

Ce qu'il en ressort, ce que nous savons par d'autres études, c'est que les entreprises françaises même familiales ont une rentabilité faible et des bénéfices limités, ce qui les oblige à les utiliser en grande partie pour rémunérer les actionnaires et à avoir recours au financement bancaire pour leur développement. Voilà en corollaire, l'explication du « message d'amour » envoyé aux banques.

 

Une volonté de transmission familiale

 

Les répondants appartiennent pour 36% à la 1ère génération, 26% à la 2è et 38% au-delà. 58 % des dirigeants de 1re génération ont déclaré vouloir transmettre à la génération suivante. Ce taux apparaît très élevé et s'explique certainement parce qu'il s'agit sans doute de membres de FBN France qui adhèrent à l'Association justement pour qu'elle les aide à transmettre à leurs enfants.

Il me semble par contre symptomatique du tissu des entreprises françaises que les entreprises de 3è génération et au-delà soient minoritaires : il témoigne de la difficulté en France de transmettre au delà de 1, 2 ou 3 générations.

Il est certain qu'un effort est fait pour impliquer la nouvelle génération dans l'entreprise et la préparer à prendre les rênes. C'est ce qu'on répondu 53% des dirigeants. 

Toutefois 1/4 d'entre eux sont prêts à considérer ou ont déjà recours à un DG externe pour se donner du temps et identifier le repreneur au sein de la famille.

 

Alors se pose la question du financement de la transmission : le pacte Dutreil institué seulement en 2003, est cité comme étant un élément important. Il permet en effet de réduire de 75% la valeur pour le calcul des droits de mutation, de l'entreprise donnée aux héritiers, à condition que ces derniers s'engagent à conserver les titres. Mais on sait pas vraiment si il est largement utilisé. Il semble cependant que le pacte Dutreil soit insuffisant pour la transmission des grosses PME et ETI familiales. 

Favoriser la transmission familiale est un chantier encore inachevé et pourtant stratégique pour la pérennité des entreprises et de l'emploi.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 18:28

Tesla Motors, Inc. a été créée en plein coeur de la Silicon Valley californienne, à Palo Alto, le 1er juillet 2003, par un groupe d'ingénieurs désireux de prouver qu'une voiture électrique peut être dotée de hautes performances. Aujourd'hui, plus de 2 300 Roadsters – son premier modèle lancé en 2008, ont été vendus dans 37 pays au prix unitaire de 100 000 $.

 

Le Roadster, qui ne ment pas son nom, présente des performances exceptionnelles : il atteint le 100 km/h départ arrêté en 3,7 secondes ce qui est aussi rapide que le coupé Ferrari California 30 ou la Porsche 911 Turbo ! Sa vitesse maximale est d'environ 200 km/heure ; son autonomie selon les normes américaines de l'EPA est de 394 km avec une seule charge de batterie. Tesla a conçu un système de charge rapide qui procure une demi charge de batterie en 30 minutes, le temps de prendre un petit casse-croute avant de repartir.

La transmission est extrêmement simple, en prise directe avec une seule vitesse grâce à un moteur bénéficiant d'un couple élevé à basse vitesse. Ce moteur est un moteur alternatif triphasé qui peut supporter un courant de 900 ampères sous 375 V et délivrer une puissance de pointe de 288 chevaux. A la vitesse maximale du roadster, il tourne à 14 000 tours/mn. La marche arrière est obtenue en inversant le sens de rotation du moteur.

 Le roadster Tesla

 

Un nouveau modèle a été lancé en 2012 avec les premières livraisons en juin : la berline S avec une batterie de 40, 60 ou 85 kWh, une autonomie de 257 à 426 km, une garantie de 8 ans sur la batterie et un prix de 49 900 à 97 900 $ selon les modèles (comprenant le bonus de 7 500 $ octroyé par l'Etat américain). Tesla espère livrer 5 000 berlines S d'ici la fin 2012.

Un prototype du modèle X 4x4 a été présenté début 2012, dont les premières livraisons sont prévues pour 2014.

 

 

La stratégie

 

 

Il apparaît que la stratégie de Tesla est de :


1) nouer des partenariats industriels pour minimiser les investissements de production et amortir les développements en matière de motorisation électrique sur de plus grande séries.

C'est Lotus en Angleterre qui assemble le châssis, la carrosserie et l'intérieur du Roadster qui est terminé en Californie avec l'ensemble batterie – moteur – transmission – contrôle électronique. L'usine de Sotira 35 à Saint-Méloir-des Ondes près de Saint Malo fournit les pièces de carrosserie.

Tesla a signé des partenariats avec Toyota et Daimler et fournit ainsi la motorisation électrique des Smarts et des Mercedes Class A. Un accord de 2010 avec Toyota prévoit la fourniture de la motorisation électrique du RAV4

Le partenariat avec Daimler a été couplé à une prise de participation dans Tesla Motors de 10%, en 2009.


2) développer un réseau propre pour la commercialisation des voitures et pour la recharge rapide des batteries.

A ce jour, aux Etats-Unis, Tesla a ouvert 18 agences dont 4 en Californie et 10 centres de service ; il y a 13 agences en Europe et 7 centres de service et 2 agences en Asie et 2 au Canada. L'agence française est située 41 avenue Kléber à Paris. D'autres ouvertures sont en projet pour compléter ce réseau.

Le 24 septembre 2012, Tesla a annoncé l'ouverture de 6 stations de recharge en Californie, nommées « Supercharger ». Ces stations ont une capacité de charge de 100kW, soit par exemple recharger complétement la batterie de 40kWh d'une berline S en 24 minutes. Elles sont alimentées par des panneaux solaires, ce qui rend possible un fonctionnement à énergie positive, où elles délivreraient plus d'électricité au réseau qu'elles n'en consomment tout en alimentant les voitures qui s'y arrêtent. C'est au moins ce qu'annonce Tesla pour répliquer à ceux qui prétendent que les voitures électriques ne font que transférer les besoins en énergie aux centrales thermiques au gaz ou au charbon et n'abaissent pas vraiment les émissions de CO2.

Le projet est de mettre en place des Superchargers sur tout le territoire américain en 2013.

 

3) progressivement élargir la clientèle potentielle avec des modèles plus abordables ;

Elon Musk, cofondateur et président de Tesla, – il est aussi le cofondateur de X.com devenue Paypal et de Space X, a annoncé la stratégie de Tesla en 2006 : réaliser d'abord une voiture haute performance alors que le coût de la technologie développée par Tesla est encore élevé car à peine sortie des laboratoires de R&D et parce que les volumes de production sont encore faibles. La clientèle, comme on pouvait l'espérer, s'est ruée sur cette voiture relativement chère. Elon Musk prévoyait déjà la berline S ainsi qu'un modèle encore plus économique à venir ensuite.

Les efforts de développement de Tesla portent avant tout sur l'industrialisation et l'amélioration de la technologie de motorisation électrique, visant des coûts en baisse et de meilleures performances. C'est ainsi que la production des 2 500 Roadsters de première génération a cessé en janvier 2012. Il ne semble pas que Tesla projette de relancer la production des Roadsters à court ou même à moyen terme. C'était donc vraiment un produit d'appel, pour faire connaître la société et sa technologie, en même temps que les efforts de développement étaient poursuivis. On peut pronostiquer que les Roadsters vont devenir des objets de collection de valeur ...

 

 

Les finances

 


Aujourd'hui Tesla Motors n'est pas encore profitable et a déjà « grillé » plus de 556 millions $ en frais de développement et de marketing au 30 juin 2012. A cette date, il y avait encore 210,6 million $ en réserve.

Avec la montée en volume de la production des berlines S, Tesla prévoit d'atteindre le point d'équilibre fin 2012 et devrait commencer à gagner de l'argent en 2013.

Tesla a mené plusieurs tours de table financiers auprès d'investisseurs privés comme les co-fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page et l'ancien président d'eBay, Jeff Skoll et des fonds d'investissement, avant d'être introduite en Bourse en 2010, alors qu'elle ne gagnait pas encore d'argent.

Ce qui est un peu inhabituel dans le domaine « mature » de la construction automobile !

 

Tesla est vraiment une affaire à suivre, qui tirera sûrement, à l'avenir, face aux constructeurs traditionnels, un grand avantage de ne pas avoir une activité en déclin, celle des voitures à moteur thermique.

 

 

 

Partager cet article
Repost0