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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 15:36

Il est un domaine en France où l'innovation, la recherche, le financement semblent à la hauteur de la compétition internationale : les biotechnologies. De nombreuses jeunes pousses émergent, se développent souvent en abordant très vite l'international ; elles lèvent les fonds dont elles ont besoin pour leur développement et vont ensuite jusqu'à l'introduction en Bourse.

Ainsi un cercle vertueux s'instaure : les investisseurs en capital risque n'hésitent pas à aller avec ces entreprises car ils ont une bonne chance de rendre leur investissement liquide via la Bourse. Les jeunes entreprises de biotech étant relativement nombreuses en Bourse, elles sont suivies par nombre d'analystes qui entretiennent l'intérêt des détenteurs d'actions par leurs articles et leurs avis dans les media.

Mais le panorama ainsi décrit est-il aussi rose ?

 

 

SuperSonic Imagine

 

Fondée en 2005 et basée à Aix-en-Provence, SuperSonic Imagine est un spécialiste de l'échographie dont la technologie Aixplorer® lancée en 2009, permet d'enregistrer des images 200 fois plus vite que les appareils existants. Il en résulte une meilleure capacité de visualiser et analyser de façon fiable et en temps réel, et ainsi de meilleures performances en diagnostic de nombreuses pathologies notamment le cancer. Il s'agirait là de la première rupture technologique dans l’univers de l’échographie depuis 20 ans !

Il est certain que des progrès en échographie sont les bienvenus, car c'est une technologie bien moins coûteuse que la résonance magnétique nucléaire (IRM) et moins dangereuse que les rayons X (scanners).

Plus de 500 systèmes ont été vendu et SuperSonic Imagine a réalisé des ventes de 14 millions € en 2012, en croissance de 40% et à 80% à l'international.

 

Accompagnée par ses investisseurs historiques les fonds Auriga Partners, Omnes Capital, CDC entreprises, NGBI Ventures, Wellington Partners, Edmond de Rothschild Investment Partners, IXO Private Equity et Merieux Développement, et par le FSI (qui a mis 14 millions €) et par Alto Invest et KLSC (Kuwait Life Science Company), SuperSonic vient juste de lever 28 millions € pour accélérer la commercialisation de ses produits à l'international.

 

Il semblerait qu'une introduction en Bourse soit envisagée, ce qui serait le bienvenu pour les investisseurs, toujours soucieux de pouvoir sortir. Ce qui serait aussi favorable au développement, car cela facilite l'accès à de nouveaux capitaux et l'actionnariat individuel. Mais combien de temps, cette « gazelle » va t'elle rester indépendante ? Les mastodontes de l'équipement médical que sont Siemens, General Electric, Philips, Toshiba, doivent surveiller cette étoile de près. La nouvelle présence du FSI au capital est peut-être une indication que l'imagerie médicale est considérée en haut lieu comme stratégique, plus de 20 ans après la vente de Thomson Médical à General Electric.

 

 

Gensight Biologics

 

De création encore plus récente, en 2012, Gensight Biologics a levé 32 millions € avec 4 investisseurs internationaux : Novartis Venture Fund, Versant Ventures, Index Ventures and Abingworth LLP. Cette jeune pousse hébergée par l'Institut de la vision à Paris, bénéficie du parrainage de nombreux experts du monde entier en thérapie génique et cible le traitement des maladies des yeux. Les fonds collectés vont cette fois-ci financer en priorité les travaux de recherche et les essais cliniques. Les deux premiers projets portent sur la neuropathie de Leber et la rétinite pigmentaire.

 

 

MedDay

 

Dernière en date, MedDay a collecté 8 millions € auprès des fonds InnoBio (géré par CDC Entreprises) et Sofinnova Partners, afin de poursuivre les essais cliniques de trois candidats-médicaments, dont l'un est en phase IIb/III pour le traitement de la sclérose en plaque progressive et les autres visent un sous groupe de psychoses résistantes et la maladie d’Alzheimer.

Medday a été créée en 2012 par le Dr Frédéric Sedel, neurologue à l'Hôpital de La Pitié Salpètrière, et est incubée à l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière.

 

On notera qu'Innobio a été créée en 2009 dans le cadre du Grand Emprunt, à l'initiative de Nicolas Sarkozy avec une dotation de 139 millions € dont 52 millions par le FSI et le reste par 9 grands labo pharmaceutiques dont 25 millions chacun pour Sanofi et GSK.

Naturellement, lors de la création d'Innobio, France Biotech s'est inquiétée de la présence des labos pharmaceutiques et du fait que la dotation de l'Etat soit insuffisante. A l'évidence, il s'agit là d'une posture, car France Biotech devrait savoir que le FSI a des moyens limités et que ce n'est pas l'Etat qui va financer le développement des biotechs en France ! Gensight Biologics et SuperSonic Imagine l'ont bien compris qui sont allé chercher des investisseurs partout dans le Monde.

 

Le rôle de l'Etat est de constituer un cadre pour faciliter les investissements dans les entreprises d'avenir ; en particulier, de faire revenir les particuliers en Bourse par un traitement équilibré de la fiscalité des investissements. Depuis quelques années, et plus particulièrement ces derniers temps, malheureusement on n'en prend pas le chemin ! Ceci permettrait de prendre le relai des investisseurs le moment venu, au lieu de laisser partir ces belles affaires potentiellement créatrices de nombreux emplois, dans le giron des groupes étrangers.

La santé, les biotechnologies, ce sont pourtant des thèmes porteurs susceptibles de séduire de nombreux actionnaires individuels en puissance.

Le succès de certaines introductions en Bourse comme celle de Carmat (prothèses de coeur), les projets en cours comme celui de SpineGuard (chirurgie du rachis), de récentes levées de fonds comme 7,5 millions € par Théravectys (vaccin anti Sida) et 25 millions € par Cellectis (ingénierie du génome) auprès d'investisseurs individuels de tous horizons en sont témoins. Qu'attend-on pour le faire ?

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 17:33

Est-ce le signe d'un nouvel élan donné à une énergie souvent considérée comme pleine de promesses : la Ministre de l'Ecologie a signé il y a quelques semaines, deux nouveaux permis exclusifs de recherches de géothermie profonde à haute température ?

Deux jeunes entreprises ont obtenu ces permis : Electerre de France créée en 2011 par Olivier Bouttes, pour le « Permis de Chaudes Aigues-Coren » dans le Massif Central et Fonroche créée en 2008 par Yann Maus, pour le « Permis de Pau-Tarbes » dans les Pyrénées.

18 autres demandes de permis sont en cours de traitement par le Ministère.

 

 

Le projet de Soultz-sous-Forêts


A l'origine de cet élan, il y a l'aboutissement de 25 ans de travaux et d'essais en Alsace, à Soultz-sous-Forêts, près de Pechelbronn où a été foré le premier puits de pétrole en France ; Pechelbronn où les frères Schlumberger ont développé leur technique de mesure des propriétés des roches traversées lors des forages, qui a été le point de départ d'une des plus belles histoires industrielles du XXème siècle.

Ce projet a été lancé en 1985 par le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) et 80 millions € cofinancés par l'Allemagne (25 M), la France (25 M) et l'Europe (30 M), y ont été investis ; il a abouti en 2010 avec la mise en service d'une centrale électrique pilote produisant 1,5 MW en permanence, d'une manière durable et naturellement sans dégagement de CO2.

Le système fonctionne en boucle fermée, un puits injecte jusqu'à 5 000 m de profondeur de l'eau salée qui est portée à 200ºC et qui remonte par un autre puits distant de 450 m. L'eau arrive à la surface à 170ºC et passe dans un échangeur qui transfère la chaleur à un fluide spécial (l'isobutane) qui se détend dans une turbine entrainant un alternateur et produisant l'électricité. Une pompe reprend l'eau en sortie de l'échangeur et l'envoie dans le puits d'injection à 70ºC.

Ce type d'installation dit en cycle binaire ou ORC (Organic Rankine Cycle) est une première mondiale !

 

 

Un défi technologique

 

De nombreux problèmes techniques ont dû être résolus, notamment liés au caractère corrosif de l'eau chargée de sel circulant dans la boucle (100 g/litre), ce sel provenant des roches traversées à 5 000 m de profondeur. La corrosion est accentuée par la haute température, le débit relativement élevé (35 litres/s), la forte pression dans les canalisations (20 bars à la surface du sol). Il arrive que les dépôts bloquent les canalisations ou provoquent l'arrêt de la pompe.

A Soultz, la nature de la roche à 5 000 m de profondeur et l'évolution de la température sont bien connues grâce à l'exploitation du pétrole dans la région ; en particulier, la roche est naturellement fracturée et relativement perméable. Ce qui a bien sûr réduit les frais de recherche : les puits ont été forés avec une quasi certitude de résultat.

 

 

Les avantages de l'électricité géothermique

 

A l'opposé du solaire et de l'éolien, une centrale géothermique fournira une puissance électrique constante, jour et nuit, quel que soit le temps. On peut même imaginer que la puissance soit relativement modulable à terme selon la puissance mise en oeuvre par le système de pompage. A ce titre, sa contribution sera similaire en termes de régularité, à celle d'une centrale nucléaire.

Certains sites sont plus favorables avec des gradients de température de l'ordre de 10ºC par 100 m mais la température augmente partout lorsqu'on pénètre vers le centre de la terre, en moyenne de 3ºC par 100 m.

 

 

Les projets de Fonroche et d'Electerre


Ces projets vont bénéficier de l'expérience acquise à Soultz où tout un réseau d'entreprises a acquis un savoir-faire et où ont été mises en place des solutions techniques qui paraissent opérationnelles et fiables.

Il reste que le sous-sol des régions dans lesquelles les permis ont été récemment délivrés, est beaucoup moins connu. Il va donc falloir utiliser les techniques de prospection habituelles en recherche pétrolière : d'abord essais sismiques puis forage de puits avec une certaine incertitude de résultat, ce qui va induire des coûts supplémentaires par rapport à Soultz.

 

Electerre prévoit des investissements à hauteur de 26 M€, une production de 5 MW (suffisante pour 10 000 habitants) à partir de 2016 et un prix d'achat de l'électricité garanti de 0,20 € /kWh. Il espère obtenir de l'eau à 160-200ºC à 3000 m de profondeur.

Fonroche projette une stratégie bien plus ambitieuse avec une dizaine de permis d'exploitation demandés, des investissements programmés de 400 M€ et la création annoncée de 500 emplois. Il est d'autant plus crédible qu'il s'appuie sur une réussite dans d'autres domaines d'énergie nouvelle : centrales photovoltaïques, éclairage par candélabres solaires autonomes, biogaz. Il est soutenu par le fonds d'investissement Eurazeo qui a participé en 2010 à une augmentation de capital de 50 M€. Le groupe affiche une belle croissance de 30 M€ en 2009 à 257 M€ en 2011 et 260 employés dont 25 en recherche et développement. Une vraie gazelle en somme !

 

Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est que les entreprises françaises et notamment Electerre et Fonroche développent un savoir-faire et un leadership dans cette nouvelle technologie de production d'énergie qui paraît pleine d'avenir. On notera que nous avons dans notre entourage, des entreprises leaders dans les technologies de forage, d'échange thermique et de turbines. Le développement de la géothermie repose notamment sur l'analyse des roches à grande profondeur, la mise en oeuvre de matériaux résistant à la corrosion et tous les technologies et savoirs-faires entourant le forage. Ce sont des domaines où une expertise de haut niveau existe dans les entreprises françaises ou internationales ayant un ancrage fort en France.

On peut souhaiter l'émergence de plus nombreux projets et d'un plus grand nombre de jeunes pousses qui se lançent sur ce marché en France et à l'international. Fonroche qui a déjà des filiales en Suisse, Espagne, Ukraine, au Bénin, en Inde, à Porto Rico et aux Etats-Unis est un bel exemple.

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 20:52

Selon une étude récente de l'OCDE, les économies des Etats-Unis, de l'Allemagne et de la France ont cru en 2012 respectivement de 1,9%, 0,4% et de –0,3%. Les prévisions pour le premier et le deuxième trimestres 2013 sont pour les mêmes, en rythme annualisé  : +3,5 et 2% (Etats-Unis), 2,3 et 2,6% (Allemagne), –0,6% et 0,5% (France) ; il y a clairement une divergence croissante entre la France et ses deux partenaires économiques principaux.

 

Et pourtant, nos gouvernants répètent à l'envi qu'ils mettent tout en oeuvre pour stimuler la croissance et conjurer le chômage et réclament des mesures européennes pour les aider dans leur efforts de stimulation. A voir les perspectives allemandes et celles d'autres pays du « noyau dur » de la zone Euro (Autriche, Finlande, Pays-Bas), ces réclamations ne risquent pas d'être satisfaites, nos amis européens considérant que la croissance est au rendez-vous pour eux et qu'aucun changement de politique n'est nécessaire. Plus que jamais, le dicton « Aide-toi le ciel t'aidera » devrait inspirer nos politiques : c'est à nous de traiter nos problèmes qui sont nombreux, comme les autres les ont traités, alors la croissance appelée de nos voeux sera plus sûrement au rendez-vous.

 

 

Les coûts de main d'oeuvre 

 

Un exemple remarquable est celui des coûts de main d'oeuvre. Le diagramme ci-dessous fait apparaître la grande divergence apparue entre 1999 et 2012 entre les pays du noyau dur, ceux du sud de l'Europe et la France : index 112 en 2012 pour les premiers, 132 pour les seconds et 130 pour la France. L'écart de compétitivité est de 18 points en défaveur de la France par rapport au noyau dur. On voit clairement l'impact des 35h qui a augmenté les coûts en 2 ans autant que 13 ans d'évolution pour le noyau dur.

Couts MO

 

Si le crédit d'impôt compétitivité apporte vraiment un gain de 4%/6% comme on nous le prétend, cela sera cependant loin d'être suffisant pour remonter le handicap de l'économie française face à ses voisines.

 

 

Le levier de l'emploi public

 

Si l'on examine l'évolution récente des Etats-Unis, il semble qu'il existe un élément très puissant conduisant à la croissance et à la réduction du chômage. Et ce qui est remarquable est qu'il est totalement sous le contrôle des gouvernants : il s'agit de l'emploi public.

Point n'est besoin de l'aide des pays voisins, de manipuler les taux de change, de provoquer de l'inflation :     réduire la charge de l'emploi public, c'est un moyen qui paraît efficace si l'on regarde ce que les Etats-Unis ont réussi à accomplir.

Entre 2010 et début 2013, les Américains ont supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public, faisant passer le nombre de fonctionnaires de 23 millions à 21.8 millions. En parallèle, 5.2 millions d’emplois ont été créés dans le privé avec une progression de 129 millions d’emplois à plus de 134 millions d’emplois.

On notera que cela a été accompli sous la présidence d'Obama qui n'est pas particulièrement réputé comme un militant du « moins d'Etat » – c'est plutôt le fond de commerce des républicains.

On constate un ratio de un à 5 : 5 emplois privés ont été créés aux Etats-Unis dans le même temps où un emploi public a été supprimé.

A comparer avec la France : 100 000 emplois ont disparu en 2012 (on prévoit 152 000 destructions en 2013) après une stagnation en 2010 ( +32 000 emplois créés) et en 2011 (+ 27 000 emplois), soit une perte de 41 000 emplois entre 2010 et 2012. Dans le même temps, l'emploi public est resté quasiment inchangé, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux étant compensé par la croissance des emplois dans les collectivités locales. Nous avons 6 à 7 millions de fonctionnaires et employés payés par l'argent public.

Rèvons une minute : supprimons 300 000 emplois publics (soit l'équivalent de ce qui a été supprimé aux Etats-Unis), en admettant la même efficacité, il serait possible de créer 1,5 millions d'emplois privés, soit un solde net de 1,2 millions.

 

 

D'où vient l'effet de levier ?

 

Quelques pistes :

- un emploi privé est nécessairement financé par un besoin ou justifié par la création de valeur qu'il apporte. Si le besoin n'existe plus ou si la création de valeur disparait, l'emploi correspondant est supprimé. Qu'en est-il de l'emploi public ?

- l'emploi public consomme des ressources financées par l'impôt qui est prélevé sur le secteur privé et réduit sa capacité de croissance.

 

 

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 16:26

Le mois dernier, Xerox a annoncé l'acquisition d'Impika. Qui est Impika me direz-vous ?

 

Créée en 2003 à Aubagne, près de Marseille, par une équipe issue de Gemplus (devenue Gemalto après fusion avec l'ancienne division cartes à puces de Schlumberger), Impika a toutes les caractéristiques d'une gazelle, dont nos politiques appellent la multiplication de leurs voeux depuis quelque temps ; elle possède une technologie de pointe dans l'impression numérique à jet d'encre à grande vitesse (375 m/minute), qui permet le dépôt rapide et sans bavure de microgouttes sur tout type de supports : papier, verre, plastique, tissus, carrelage, bois, etc. ; cette technologie est protégée par une quinzaine de brevets, le marché potentiel est, selon le dirigeant fondateur Paul Morgavi, de plusieurs dizaines de milliards d'euros ; une application phare est le remplissage à grande vitesse d'imprimés à données variables : passeports, feuilles d'impôt, relevés bancaires et téléphoniques, adressage marketing.

Avec un effectif de 55 personnes, son chiffre d'affaires 2012 a été de 16,6 millions € dont 80% à l'export.

 

Donc, un potentiel de croissance important, une technologie de pointe en avance sur les leaders de l'impression numérique (Xerox, Canon, HP, Ricoh), une présence déjà significative à l'international, une taille déjà respectable, c'est certain, une gazelle en puissance !

 

Mais ce n'est plus une gazelle, car elle vient de perdre son indépendance. Naturellement, on nous gave de promesses : l'usine d'Aubagne va doubler de taille, les effectifs vont passer de 55 à 80 personnes ; désormais filiale de Xerox, elle va pouvoir pénétrer de nouveaux clients ; avec plus de moyens, le développement va être plus rapide ; Paul Morgavi va rester à la tête de l'entreprise. Enfin de quoi endormir nos bureaucrates du ministère du redressement productif.

 

On notera que, lors de deux tours de table en 2005 et 2007, Siparex, Turenne Capital et Xange ont apporté 8 millions d'euros de fonds propres qui ont permis à Impika d'industrialiser sa technologie et de faire décoller ses ventes. Naturellement, ces trois acteurs étant des gestionnaires de fonds d'investissement de type FIP, FCPI, FCPR, ils doivent rendre l'argent investie aux souscripteurs après 6 à 8 ans ; donc vendre leur participation à Xerox a sûrement été très attractif, en particulier pour compenser les pertes sur d'autres dossiers. On peut penser que le FSI n'a même pas été consulté, de toutes façons, il n'aurait sûrement pas eu les moyens de se mesurer avec Xerox. Au passage, il faut bien aussi se dire que Xange est une filiale de la Banque Postale, détenue par l'Etat !

 

A l'évidence, la stratégie d'Impika ne va plus être décidée à Aubagne mais à Norwalk (Connecticut), au siège de Xerox.

Paul Morgavi va dépendre de Jeff Jacobson, président de Xerox’s Graphic Communications Operations mais qui n'est qu'un vice-président parmi une quarantaine d'autres dans un groupe de 160 000 employés et 23 milliards $. Xerox a développé une technologie similaire mais complémentaire, d'impression à jet d'encre à base de résine (sans eau), à grande vitesse (150 m/minute), protégée par 3000 brevets (à comparer aux 15 brevets d'Impika !) : le système CiPress™ 500 lancé en 2011. Les laboratoires de recherche sont situés à Wilsonville (Oregon), à Toronto et à Webster (New York). Xerox s'appuie sur des études qui prévoient que le marché de l'imprimerie de production à jet d'encre va croître de 21% par an jusqu'en 2015 !

L'acquisition d'Impika permet, selon Xerox, d'offrir à ses clients la gamme la plus complète de systèmes d'impression numérique.

 

Que va t'il se passer, si le marché pour les systèmes d'Impika décolle vraiment ? Xerox va t'il continuer d'investir en R&D et en production à Aubagne ? Le centre de décision est parti et avec lui, la perspective des marchés et la façon de concevoir l'avenir. Impika va clairement être absorbée rapidement dans la grande organisation de Xerox. Elle arrive au moment où il faut pour Xerox, avec des produits industrialisés qui peuvent être pris en charge par l'organisation commerciale de Xerox. L'organisation commerciale bâtie par Impika n'a sans doute plus lieu d'exister par elle-même et va être absorbée.

 

Voilà donc où va partir l'innovation et la R&D tant vantée par nos politiques pour assurer le développement de notre industrie et la croissance de l'économie !

 

Vous me direz peut-être : quelle autre possibilité avait l'équipe dirigeante d'Impika pour mener le développement de l'entreprise ? Eh bien, il existe une histoire similaire qui a très heureusement débouché vers un leader mondial dont le siège est toujours en France, avec des ventes de 2 milliards d'euros. Il s'agit de Dassault Systèmes qui pendant longtemps, s'est appuyée sur le réseau mondial d'IBM pour commercialiser ses produits. Grâce à cet arrangement, pendant des années, Dassault Systèmes n'a pas eu besoin de construire un réseau commercial important – ce qui extrêmement coûteux, et a pu investir en développement et prendre un leadership technologique incontestable sur son marché.

Lorsque Impika a été approchée il y a 2 ans par Xerox pour commercialiser ses systèmes d'impression, pourquoi ses dirigeants ne se sont-ils pas inspirés de la stratégie mise en oeuvre par Dassault Systèmes il y a 30 ans ? La réponse réside probablement dans la volonté entrepreneuriale et de poursuite d'une vision stratégique qui existe chez Dassault Systèmes et non chez Impika. Si la volonté avait été présente, je suis certain que les dirigeants auraient trouvé une solution pour la reprise des participations des fonds d'investissement et auraient pu poursuivre le développement de leur gazelle.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 21:09

Le projet d'extension de Roland Garros a du plomb dans l'aile : par un jugement du 28 février 2013, le tribunal administratif de Paris a déclaré illégale la délibération du Conseil de Paris des 11 et 12 juillet 2011 qui autorisait le Maire à signer avec la Fédération de tennis la convention lui permettant d'étendre le site du Master sur terre battue et d'empiéter sur le jardin des Serres d'Auteuil.

 

Cette annonce qui intéresse quand même les Parisiens n'a pas eu droit à beaucoup de publicité sur les ondes et les lucarnes. Je parie que le Maire de Paris leur a dit de se taire et qu'elles ont obéi.

 

On aimera apprendre que le tribunal a notamment jugé insuffisante la redevance prévue, surtout au regard d'une concession étonnante de 99 ans ! Du jamais vu. Au passage, la concession actuelle signée en 1963 se termine en 2015 : il va falloir se dépêcher pour trouver une solution, au rythme où vont les choses dans cette affaire.

 

L'autre motif important est que la Ville a omis d'informer les conseillers sur l'inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques du sol du jardin des serres d’Auteuil et sur le risque que cela fait courir à la Ville elle-même. En effet, il faudrait mettre en oeuvre une procédure de radiation partielle du sol du jardin. Si cette procédure n'aboutissait pas, le projet serait remis en question et la Ville devrait une forte indemnité à la Fédération !

 

Le tribunal a aussi observé que la Ville n'a pas du tout pris en compte le coût de la réalisation d'installations qui remplaceraient le stade Hébert et permettraient aux scolaires de continuer à pratiquer un sport.

 

La Ville va bien sûr faire appel, mais une procédure à la Cour administrative d'appel, cela dure longtemps, deux ans peut-être !


On notera que le gouvernement de Monsieur Sarkozy n'était pas contre le projet, en particulier la Ministre de l'écologie de l'époque qui n'était autre que NKM. Le Maire du 16è a aussi voté pour. Pauvres Parisiens ! Voilà que NKM revient à la charge en se disant candidate à la Mairie.

Il va falloir se battre avec la dernière énergie si la droite et la gauche restent liguées pour réaliser ce programme de fou. Mais il est possible que les Ecologistes au Conseil de Paris se réveillent ?

 

Entre nous, je serais à la place de la Fédération, je considèrerais sérieusement les autres options, notamment celle de Versailles, avec ses 35 hectares, avant qu'il ne soit trop tard. C'est-à-dire que le Master sur terre battue parte à Madrid. Même si cela coûtera plus cher.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 14:50

L'affaire de la viande de cheval mêlée frauduleusement à de la viande de boeuf fait la Une de nos medias ; les industriels de l'agro alimentaire et les grands distributeurs sont largement cités, chacun d'eux essayant de gérer au mieux sa communication. Et pourtant on ne nous parle pas d'un acteur essentiel qui produit les analyses permettant de détecter la présence de cheval : Eurofins Scientific.

 

Le laboratoire d'Eurofins à Ebersberg en Allemagne, qui est spécialisé dans les analyses d'ADN a été le premier indépendant à confirmer la présence de viande de cheval. Depuis cette annonce, la société, s'appuyant sur son réseau de 170 laboratoires dans 34 pays, a déployé son offre de tests y ajoutant celui du Phenylbutazone, un traitement anti-inflammatoire pour les chevaux de course mais interdit aux animaux destinés à la consommation humaine. Il est certain que la règlementation renforcée combinée avec la demande prévisible provenant des acteurs de toute la chaîne de traitement et de commercialisation de la viande, va donner une nouvelle impulsion au développement d'Eurofins.

 

Et voilà qu'aujourd'hui 28 février, Eurofins annonce qu'elle lance la gamme la plus complète de services d'analyse des poissons en réponse à la publication d’études révélant des pratiques frauduleuses sur les produits de la mer ! L'ONG Oceana vient en effet de publier une telle étude qui annonce que 1/3 des poissons consommés aux Etats-Unis ne sont pas ce qui est annoncé sur les étiquettes. S'agit-il d'un effet d'annonce de la part d'Oceana faisant écho à l'affaire de la viande de cheval en Europe ? On peut penser que l'étude d'Oceana a été lancée bien avant les révélations sur le cheval qui datent du 16 janvier. Ne va-t'on pas voir aussi déferler une nouvelle fièvre en Europe sur la qualité du poisson que nous mangeons ?

 

Ce qui est certain est que notre camarade Centralien, Gilles Martin, fondateur d'Eurofins Scientific doit se frotter les mains. Le marché qu'il a choisi d'investir et de développer il y a longtemps, à la fois par croissance interne et par acquisition, celui de l'analyse des produits agro-alimentaires et pharmaceutiques, est en plein développement. Dans ce domaine, il dame le pion aux généralistes comme Bureau Veritas ou SGS. Il est aussi leader mondial des services d'analyses environnementales en laboratoire. A l'évidence, avec des chaînes d'approvisionnement et de traitement de plus en plus  longues et compliquées, l'analyse des produits alimentaires a de beaux jours devant elle.

 

Pour l'instant, Eurofins poursuit sa croissance échevelée déjà évoquée lors de l'installation du siège de l'entreprise à Luxembourg début 2012. Son chiffre d'affaires qui a été multiplié par 150 en 15 ans, est passé de 828 millions € en 2011 à plus d'un milliard en 2012. Le plan est de dépasser les 2 milliards € en 2017 !

 

La stratégie monolithique d'Eurofins

 

La stratégie d'Eurofins est fondée sur la multiplication des laboratoires d'analyse dans le plus grand nombre de pays et dans une nombre croissant de spécialités, le tout interconnecté par une informatique en réseau performante. Ce qui permet de mettre à disposition du maximum de clients l'ensemble des tests et analyses développés par l'entreprise.

Ce système repose obligatoirement sur un processus d'échantillonnage chez les clients, un envoi au laboratoire qui effectue les analyses et qui retourne les résultats avec un certain délai. Il y a là trois inconvénients majeurs : l'échantillonnage, le transport et le délai. L'échantillonnage introduit nécessairement une incertitude sur le résultat final car il est une image partielle de l'ensemble à tester, le transport peut amener une altération des échantillons et le délai limite la capacité de réaction sur les produits testés, qui sont par exemple déjà vendus ou à l'inverse bloqués en attente des résultats. Bien sûr, on observe des progrès en termes de coûts et de rapidité. Par exemple il y a douze ans, vérifier la présence de dioxines coûtait 1.000 € et demandait deux mois. Aujourd'hui, le prix est de 200 à 300 € et le test prend 48 heures. On est malgré tout encore loin du temps réel !

Cette stratégie fondée sur l'analyse en laboratoire laisse la place à de nouveaux entrants que nous pouvons appeler de nos voeux car ils apporteraient un vrai plus : il s'agirait de disposer de systèmes de test et d'analyse in-situ, si possible en continu. Les clients auraient alors la capacité de vérifier immédiatement et par eux-mêmes, par exemple les produits qui leur sont livrés ou ceux qui sont en stock ou sur les étals de vente. Ces systèmes apporteraient une amélioration notable en termes de réactivité et d'efficacité des contrôles. Il n'est sans doute pas nécessaire qu'ils soient aussi précis que les analyses en laboratoire, ce qui permettrait d'en limiter le coût.

 

Naturellement, on peut souhaiter à Eurofins de poursuivre une réflexion et peut-être des développements dans ce domaine des analyses in-situ en continu. Car négliger cette opportunité risque un jour d'enrayer la belle mécanique de développement de ce leader mondial.

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:49

Depuis des mois, même des années, les PME – entreprises de 10 à 250 employés, font l'objet de la plus grande attention de la part des politiques et des media : tout le monde répète à l'envi que l'espoir de l'augmentation des emplois réside en elles, que la croissance viendra de leur développement, que tout doit être mis en oeuvre pour que nombre d'entre elles prennent une autre dimension et deviennent des ETI – entreprises de 250 à 5000 employés.

 

Le mentorat

 

Un signal a été donné récemment par la signature de la Charte nationale du mentorat entrepreneurial entre l'Etat et l'IME, Institut du mentorat entrepreneurial – le 24 janvier. Ceci affiche une volonté de soutenir les entrepreneurs dans leurs efforts de développement de leur activité. L'IME est une initiative de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, inspirée par un dispositif inventé pour les créateurs d'entreprise, il y a une dizaine d'années au Québec par la Fondation de l'entrepreneurship. Grâce à ce dispositif, le taux de survie à 5 ans des jeunes entreprises est passé de 34% à 70%. Créé en 2007, l'IME est ciblé sur l'accompagnement des dirigeants d'entreprises à fort potentiel de croissance, ayant déjà au moins 2 ans de vente et 10 à 250 salariés. Les mentors bénévoles qui accompagnent ces dirigeants, ont réussi un parcours de croissance à la tête de leur entreprise et s'engagent à partager leur expérience avec les mentorés.

Depuis 2008, 6 « promotions » se sont succédées à l'IME qui affiche les résultats suivants : 106 entreprises mentorées, 1 094 emplois créés soit une croissance de 35% et une croissance globale du chiffre d'affaires de 40%, ce qui peut s'interpréter en une croissance annuelle moyenne légèrement supérieure à 10% pour chaque entreprise.

Une belle réussite donc, mais qui reste à l'évidence limitée à une petite élite.

Je soupçonne aussi que ce beau résultat provient d'une petite minorité qui a cru bien plus vite que les autres ; lesquelles autres comme certaines que je connais, ont vu leurs ventes et leurs effectifs stagner. Sans faire une analyse exhaustive de la population des mentorés, j'observe que les sociétés de conseil et de négoce dominent et qu'il y a très peu d'industriels tournés vers les marchés internationaux, les plus porteurs de croissance.

 

L'étude sur les dirigeants de PME


Comme le mentorat le suppose implicitement en s'adressant à des mentorés qui sont à la fois dirigeants opérationnels et actionnaires importants de leur entreprise, la croissance d'une PME réside d'abord dans la capacité et la volonté du chef d'entreprise qui la contrôle, de la faire évoluer, de la transformer et de l'adapter. Une étude récente publiée par Ariane Compétences & Management* s'est donnée pour objectif d'analyser et de mieux connaître qui sont ces dirigeants de PME. Cette étude a été réalisée à partir d'une enquête auprès de 483 dirigeants de PME de 10 à 250 salariés par TNS-Sofres au printemps 2012. On peut donc supposer que l'échantillon choisi est bien représentatif de la population ciblée (méthode des quotas par secteur et taille). 

 

Ariane ayant pour vocation la promotion de la formation des dirigeants, on ne sera pas étonné qu'elle indique que les vrais freins à la croissance ne sont très généralement pas liés au financement. Je suis prêt à souscrire à son affirmation qu’il est rare qu'un projet certainement viable, ne trouve pas son financement. Par contre, il est beaucoup moins sûr que la viabilité d'un projet de croissance soit assurée par l'acquisition de compétences par le dirigeant d'une PME – avec le soutien des pouvoirs publics bien sûr, ce qu'Ariane affirme avec plein d'assurance.

 

Selon l'étude, le dirigeant d'une PME est un homme (73%), 48% ont plus de 65 ans et seulement 9% moins de 50 ans, et 70% sont diplômés de l'enseignement supérieur (45% Bac+5). 83% des PME ont 10 à 49 salariés, 14% de 50 à 149 et 3% de 150 à 250. Sur l'ensemble, 71% n'exportent pas (commerce : 79%, services-transports : 81%, industrie : 48%), 14% exportent moins de 10% de leur chiffre d'affaires (industrie : 22%), 7% de 11 à 49% (industrie : 13%), et seules 4% exportent plus de 50% (industrie : 13%). Et 9% des PME industrielles ont des filiales à l'étranger.

On remarquera donc

- que les dirigeants de PME sont particulièrement âgés et ont, pour une grande part, dépassé l'age habituel de départ à la retraite,

- qu'ils sont largement diplômés : seront-ils demandeurs de formation ?

- que plus de 50% des PME industrielles exportent.

 

Il est aussi remarquable que 27% des dirigeants ont accédé à la direction par une voie familiale et 27% ont eux-mêmes fondé leur entreprise, ce qui tend à prouver que la transmission familiale fonctionne. Les questions qui n'ont pas été posées et c'est bien dommage, sont : à qui et quand envisagez vous de transmettre votre entreprise. Compte tenu de l'âge des répondants, ces questions auraient été tout à fait justifiées. Et même avec des réponses dotées d'un large degré d'incertitude, cela aurait été une précieuse source d'information sur le futur de ces fameuses PME.

 

Là où de nombreux politiques seront déçus, c'est en apprenant que 71% des dirigeants souhaitent conserver à leur entreprise une taille comparable, 8% à doubler de taille et 19% cherchent à se développer le plus possible (donc au-delà du doublement). Ce qui est remarquable est que l'appétit de développement est similaire pour ce qui est des secteurs commerce, services et industrie, et quel que soient les tranches d'âge ! Par exemple, parmi les 65 ans et plus, 69% souhaitent conserver une taille similaire, 8% doubler et 20 croître le plus possible.

 

Didier Chabaud qui a dirigé cette étude, indique que pour beaucoup de chefs d'entreprise, la croissance est un objectif parmi d'autres, non nécessairement prioritaire ; pour croître, il faut modifier la gouvernance de l'entreprise, par exemple rendre les cadres intermédiaires plus autonomes, décentraliser les décisions, il faut aussi être à l'aise avec le projet de croissance et être prêt à modifier l'organisation. Ce n'est pas obligatoirement du goût de tout le monde !

 

En un mot et c'est vraiment là l'essentiel : le dirigeant doit avoir envie de développer son entreprise, il doit en avoir l'ambition, l'énergie et le sentiment d'en être capable. Cette envie et cette ambition sont certainement une question de motivation personnelle, de personnalité et de tempérament. Ce n'est pas lié à l'âge ni au domaine d'activité de l'entreprise. Il semble qu'en Allemagne, un motif essentiel de l'appétit de croissance est le désir de transmettre une entreprise plus importante à ses enfants ; encore faut-il que les enfants soient prêts à prendre la suite ? Est-ce moins fréquent en France ?

 

* Association de promotion de la formation continue des cadres et dirigeants  

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 19:30

Dans le paysage assez désertifié de l'industrie française du test et de la mesure, une nouvelle pousse est apparue dotée d'un beau potentiel : Leosphere qui fait preuve d'une dynamique remarquable. C'est aussi un très bel exemple de l'exploitation industrielle et commerciale des inventions et de la recherche publiques.

 

Fondée par deux frères en 2004, Laurent et Alexandre Sauvage, issus du laboratoire du climat et des sciences de l'environnement du CEA et du CNRS (LSCE), Leosphere a démarré en licenciant la technologie du lidar (« Light Detection And Ranging ») développée par l'ONERA et le CEA. Cette technologie permet de réaliser des mesures dans l'atmosphère à l'aide de signaux laser.

 

Quelles sont les applications du lidar ?

 

Un lidar enregistre des mesures en temps réel à la fois de la composition de l'atmosphère (nuages, polluants) et de ses paramètres dynamiques (vent, turbulences) jusqu'à une distance de 20 km. Il trouve ainsi des applications dans de nombreux domaines : la surveillance de la pollution atmosphérique, les mesures de météo en altitude, l'analyse des vents à différentes altitudes pour optimiser l'installation et l'exploitation d'éoliennes, l'amélioration du trafic des aéroports et la recherche sur le changement climatique. Tous ces marchés sont très porteurs pour le lidar, car cette technologie apporte une grande précision, une capacité de mesures simultanées à de nombreuses altitudes et une collecte en temps réel des données.

 

Un développement échevelé

 

Très tôt, Leosphere est partie à l'international et a réalisé notamment, en 2007, l’étude de la qualité de l’air à Pékin en préparation des JO de 2008. Au printemps 2010, elle a suivi le panache de cendres du volcan islandais Eyjafjöll et a ainsi amplifié sa réputation internationale. Selon les années, ses ventes internationales, dans le monde entier évoluent entre 70 et 90%.

Les ventes de Leosphere ont progressé rapidement : 312 000 € en 2006, 1,4 millions en 2007, 4,7 millions en 2008, 7,3 millions en 2009, 8,3 millions en 2010, 13 millions en 2011 avec un résultat net de 1,5 millions € et 59 employés. Le chiffre d'affaires 2012 est prévu à 18 millions €.

 

Une coentreprise avec l'américain NRG Systems, Avent a été créée pour développer un système permettant d'anticiper les rafales de vent qu'une éolienne peut subir et de concevoir des équipements plus légers, donc moins coûteux. Avec 25 employés, Avent à engrangé 2 millions d'euros de commandes en 2012 et prévoit 7 millions pour 2013. Les dirigeants de Leosphere prédisent une croissance encore plus rapide à cette nouvelle activité, puisqu'elle a le potentiel d'équiper chaque nouvelle éolienne en construction.

 

Il y a quelques jours, Leosphere a annoncé qu'elle allait lever des capitaux à hauteur 20 millions d'euros afin de poursuivre son développement, notamment à l'international. La première tranche de 10,5 millions a été souscrite par le fonds franco-luxembourgeois Oraxys, spécialiste du domaine des technologies pour le développement durable – les cleantechs.

 

J'invite mes lecteurs à suivre avec attention ce que devient Leosphere. Manifestement ses dirigeants ambitionnent de faire de leur groupe un leader dans les technologies de mesure et d'analyse de l'environnement, un marché plein d'avenir. Après cette levée de fonds, la prochaine étape sera peut-être l'introduction en Bourse.

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 22:02

Depuis 2008, les Français réduisent leur recours au crédit, ils empruntent de moins en moins. C'est ce que l'on constate d'après les résultats d'une enquête menée auprès de 13 000 ménages en novembre 2012 par la SOFRES pour l'Observatoire des Crédits aux Ménages. En 2012, 48,6% des ménages détenaient un crédit contre 52,6% en 2008. C'est le niveau le plus bas depuis 1989 !

 

Une baisse du crédit à la consommation

 

Ce n'est pas le crédit immobilier qui baisse : il est stable autour de 31%. C'est le crédit à la consommation qui est en forte baisse : seuls 27,6% des ménages détiennent un crédit à la consommation en 2012. De 2001 à 2011, le taux a fluctué entre 30,1% et 35,4%. Le rapport d'enquête soutient que c'est la crise de la dette souveraine en 2011 qui a conduit les ménages à réviser leurs projets et à abaisser leurs emprunts. On voit là une interprétation typique de la part d'un économiste français : il prétend qu'un événement macro économique entraîne une modification de comportement, plutôt micro économique. Comme si chacun avait pris conscience que la crise de la dette souveraine avait une influence majeure sur sa vie quotidienne et était conduit à réagir. Cela n'a pas beaucoup de sens.

 

Le crédit destiné à l'achat des voitures est certainement une part importante du crédit à la consommation. Et une proportion probablement relativement stable des clients a recours à un crédit. Le marché automobile français a baissé de 14,6% en 12 mois : tout naturellement on peut estimer que le crédit automobile devrait baisser d'un montant similaire. La diminution du crédit à la consommation est de 9% en un an, de 30,2% à 27,6%. Pourquoi le marché automobile français a t'il baissé ? En grande partie, par suite d'un report des achats à plus tard : les véhicules sont de plus en plus fiables, sont garantis pendant des périodes plus longues. Alors, dans le climat actuel de grande incertitude sur l'évolution de la fiscalité et sur la situation dans beaucoup d'entreprises, finalement sur les choses qui touchent vraiment les français tous les jours – et non les phénomènes macro économiques, il n'y a pas grand inconvénient à différer un achat de cette importance, à reporter la signature d'un nouvel emprunt et à réserver à d'autres usages les sommes disponibles.

 

Un taux d'épargne exceptionnel

 

Par ailleurs, le taux d'épargne (% du revenu qui est épargné) des Français est au plus haut et bat tous les records : il s'est établi à 16,2% en 2012. A titre de comparaison, il est de 10,1% en Allemagne, 5,3% en Grande Bretagne, 3,7% aux Etats-Unis et en moyenne de 5,7% dans les 27 pays de l'UE.

 

A l'évidence, les particuliers restreignent leur propension à dépenser à la fois en empruntant moins et en épargnant plus. Pourquoi ? Ne serait-ce pas la conjonction de deux éléments :

  • l'Etat étant toujours plus dépensier sans manifester de volonté réelle de réduire son train de vie, les particuliers s'attendent à ce que les impôts vont augmenter ; il est donc important de mettre de côté ce qui sera nécessaire pour payer les futurs impôts ;

  • le régime de retraite du privé par répartition est en difficultés et les particuliers s'attachent à épargner pour préparer leur retraite ;

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:43

Avec l'émergence du Web 2.0 et des sites Internet interactifs, de nouvelles plate-formes de financement sont apparues il y a environ 5 ans, c'est le « crowdfunding », le financement participatif, le financement par la foule ! la foule des internautes.

 

Le crowdfunding a démarré aux Etats-Unis avec le prêt entre particuliers et les dons et ce sont encore aujourd'hui les segments les plus porteurs. Un nouveau segment émerge : celui du financement de projets immobiliers, par exemple d'un gratte-ciel (*) ou d'un lotissement.

 

L'autre segment à fort potentiel est l'investissement direct en capital d'entreprises : il a été bloqué jusqu'à récemment aux Etats-Unis par la réglementation qui imposait notamment à un investisseur de posséder des actifs de plus de $1 million pour pouvoir prendre une participation dans un projet privé, hors du contrôle du SEC, l'autorité américaine des marchés financiers. A l'initiative de Barack Obama, le Jumpstart Our Business Startups Act, qui a été promulgué en avril 2012, permet à tout un chacun d'investir $2 000 ou 5% de son revenu ou de son patrimoine. Mais le SEC est toujours en train de définir le détail des règles protégeant les investisseurs requises par cette loi. J'observe qu'on peut se demander si il ne traine pas les pieds pour publier ces règles : le JOBS Act risque en effet d'introduire une concurrence radicale auprès des vaches sacrées de Wall Street.

 

Le numéro un du prêt, Lending Club a déjà intermédié plus d'un milliard de dollars depuis juin 2007. Lending Club a été fondée par un entrepreneur Français, Renaud Laplanche, DESS de droit, MBA à l'ISA (HEC), arrivé aux Etats-Unis en 1999, après une carrière d'avocat d'affaires dans un grand cabinet américain, Cleary Gottlieb. En 1999, il a créé TripleHop Technologies avec un ami, Matt Turck et un docteur en informatique, Joaquin Delgado pour développer un logiciel de recommandations, permettant aux internautes de bénéficier de conseils personnalisées à partir de questionnaires remplis au préalable. Avec l'éclatement de la bulle Internet, le projet a évolué vers un moteur de recherche pour entreprises qui tenait compte du profil et des précédentes requêtes de l'utilisateur : MatchPoint, qui a eu un rapide succès dans les domaines des media, des services financiers et de l'industrie pharmaceutique. TripleHop Technologies a été racheté par Oracle en 2005 et après un an, Renaud Laplanche est parti pour la Silicon Valley, lancer Lending Club.

 

Lending Club s'est positionné sur le prêt de particuliers à particuliers, directement en concurrence avec le crédit donc chaque américain dispose avec ses cartes bancaires, une sorte de ligne de crédit permanente, remboursable à volonté. Typiquement, le taux sur ces cartes est de 18% par an : Lending Club propose des taux plus faibles en moyenne de 14% et sert aux prêteurs des intérêts entre 5,66% et 10,27% selon le risque associé au prêt. Lending Club soutient qu'il est très sélectif dans l'acceptation des dossiers de prêt et vise des particuliers emprunteurs ayant les meilleures références ; il en résulte un taux de défaut d'environ 4% (le pourcentage des prêts non remboursés). Les prêteurs investissent directement pour financer les prêts accordés aux particuliers, ce qui simplifie grandement la gestion et autorise un différentiel faible entre les taux mais bien sûr, entraîne un lien direct entre le risque du prêt et celui de l'investissement. Lending Club n'assure pas ce risque. Cela n'empêche pas Lending Club de doubler le montant des sommes prêtées chaque année et d'attirer des investisseurs de plus en plus importants, naturellement attirés par des taux sans commune mesure avec les taux actuels de marché obligataire.

 

D'autres sites se développent dans le sillage de Lending Club : Prosper aux Etats-Unis, Zopa en Angleterre. Dans de nombreux pays, dont la France, les contraintes règlementaires notamment en matière de fonds propres bloqués, freinent le développement de ces plate-formes. Toutefois, Lending Club envisage de s'installer en France et des plate-formes naissent ayant pour actionnaire une vrai banque comme Prêt d'Union, filiale du Crédit Mutuel.

Le lecteur appréciera le rendement nettement plus intéressant servi par ces plate-formes comparé aux livrets divers, comptes à terme et autres SICAV court terme proposés par les banques traditionnelles, avec en même temps un faible risque. L'investisseur peut facilement modérer ce risque en multipliant les participations dans des prêts différents.

On peut s'attendre à une intensification croissante de la concurrence envers les banquiers, sur un segment particulièrement rentable pour elles : celui des emprunteurs présentant le risque le plus faible. A terme, les banques n'auront-elles plus que les emprunteurs à haut risque ?

 

(*) En Colombie, un promoteur newyorkais, Prodigy Network a financé par crowdfunding BD Bacatá, le plus haut gratte-ciel colombien, un immeuble de 66 étages dans le centre de Bogota. 3,100 investisseurs ont apporté $171.8 million sur les $239 million nécessaire pour ce projet. Prodigy est en train de lancer le même type d'opération sur un gratte-ciel 84 William Street à Manhattan.

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