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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 21:06

Anaplan a été créée à York en 2006 par Michaël Gould, un spécialiste en architecture logicielle et Guy Haddleton. Son siège est maintenant au sud de San Francisco.

L'équipe dirigeante comprend des vieux routiers de la "business intelligence" notamment le CEO est Frédéric Laluyaux qui a été VP Opérations stratégiques chez SAP et Senior VP Ventes et Opérations de Business Objects, le responsable EMEA Laurent Lefouet a été VP Ventes France chez SAP et responsable EMEA chez Business Objects.

En janvier 2016, Anaplan a annoncé qu'elle avait levé 90 millions $ auprès de 13 capital risqueurs, valorisant la société à plus d'un milliard $, le chef de file étant Premji Invest. C'est le quatrième tour de table (série E) réalisé par Anaplan depuis 2012 pour un total levé de 234,4 millions $.

 

Anaplan ne publie ni son chiffre d 'affaires ni ses résultats mais il est évident que sa croissance est très rapide : de 20 employés en 2012, elle est passée à 600 en 2016 ; depuis 3 ans, le chiffre d'affaires double tous les 6 mois.

Anaplan a maintenant un réseau de 14 bureaux et plus de 50 000 utilisateurs au sein de nombreux grands comptes comme P&G, HP, AXA, Zynga, Faurecia, Verizon,.... Elle a ouvert un troisième centre de R&D à Paris début 2015 après ceux de York et de San Francisco.

 

Anaplan a développé un ensemble d'outils de planification, d'analyse et de simulation des données d'entreprise en vue de faciliter des prises de décision en temps réel dans tous les domaines d'activité : Finances, Ventes, Marketing, Ressources humaines, Chaîne d’approvisionnement, Opérations et IT. Cet environnement en mode cloud dispose d'une interface utilisateur conviviale et propose plus de 100 applications de planification prédéfinies sur la plateforme Anaplan App Hub. Les utilisateurs peuvent aussi créer facilement leur propre application. Ces outils permettent aux entreprises d'anticiper les événements critiques, de modéliser rapidement les impacts potentiels et de les corriger à la volée.

 

Clairement, la technologie qu'a développé Anaplan a introduit une "rupture" dans le petit monde de l'analyse des données d'entreprise, de la "business intelligence". Sans connaître intimement SAP et ce qu'elle a pu faire depuis l'acquisition de Business Objects, on peut imaginer sans trop de risque, que les technologies développées par Business Objects n'ont pas beaucoup évolué depuis l'acquisition et que cela a laissé un boulevard aux développeurs d'Anaplan qui de plus se sont associés avec des experts du marché comme Frédéric Laluyaux et Laurent Lefouet.

Cela devrait inciter le lecteur intéressé par la Bourse de suivre Anaplan avec attention et une introduction probable dans les mois à venir.

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 19:57

Le 7 décembre 2015, pendant la COP21, la Maire de Paris et le PDG d'Air Liquide ont inauguré la première station de recharge d'hydrogène place de l'Alma à Paris, destinée à la flotte de 5 taxis de la société STEP (Société du Taxi Electrique Parisien). Ces taxis sont des Hyundaï ix35 FCEV (FuelCell Electric Vehicle), surnommés "hype".

L'ix35 FCEV, un gros "SUV" 5 places, est caractérisé selon Hyundaï, par une autonomie de 594 kilomètres, une vitesse de pointe de 160 km/h et une accélération de 0 à 100 km/h en 12,5 secondes. Le plein d'hydrogène s'effectue en 3 minutes. Comme toutes les voitures à hydrogène, elle n'émet que de la vapeur d'eau.

 

Présentée pour la première fois au Salon de Genève 2010, la version à hydrogène du ix35 va être produite en 1000 exemplaires. La plupart des constructeurs ont des développements en cours sur des véhicules à hydrogène, essentiellement sur le coeur de la technologie qu'est la pile à combustible. Honda a déjà lancé la FCX Clarity en 2008 et la produit en petite série. Toyota qui a introduit la Mirai en 2015, a noué un partenariat avec Mercedes qui a commencé une petite série de Classe B en 2010. Un des obstacles qui apparait comme en partie surmonté, est le coût élevé de la pile à combustible dû à la quantité de platine utilisé.

 

Mais l'obstacle le plus important à la diffusion des véhicules à hydrogène est l'absence d'infrastructure de distribution et de stockage, un des freins étant le coût élevé des stations services (1 million €). En Allemagne qui est très engagée pour développer cette infrastructure, il n'y avait que 25 stations à la fin de 2015.

 

Créée en 2009, STEP a d'abord lancé en 2011 avec l'appui de PSA, une flotte de taxis composée de Citröen C-Zero. Cette initiative audacieuse n'a cependant pas eu le succès escompté. Cela s'explique en particulier parce que le C-Zero est un véhicule de petit taille, inférieur à la norme des taxis, notamment pour la taille du coffre à bagages. Sa faible autonomie (140km), la durée de 30mn des recharges rapides, le nombre limité de postes de recharge, sont également des facteurs négatifs.

 

Donc fin 2015, avec le partenariat d'Air Liquide, STEP tente de se relancer avec un nouveau type de taxi électrique. Il est certain qu'il est plus prometteur : le service fourni par ces voitures à hydrogène est quasiment le même que celui des taxis traditionnels, diesel ou essence. Son prix est relativement élevé : 66 000 € duquel il faut déduire un bonus de 6 300 € plus une prime de 7 000 € accordée par la Ville de Paris aux taxis électriques. STEP annonce qu'elle aura 70 ix35 supplémentaires d'ici la fin de 2016. Air Liquide indique qu'elle envisage d'installer 3 stations à hydrogène haute pression (700 bars) supplémentaires dont une à CDG et une à Orly.

 

On peut parier qu'Air Liquide va soutenir cette aventure avec détermination car l'enjeu est important pour elle qui a investi dans de nombreux pays, piloté plusieurs expériences et créé de nombreuses infrastructures d'alimentation en hydrogène (75 stations à ce jour). Par exemple au Japon, elle a déjà ouvert 6 stations et le pays envisage la construction de 100 stations d'ici 2017. L'hydrogène y est principalement obtenue à partir de résidus de bois, donc sans effet sur l'environnement.

 

Une importante question est celle de l'origine de l'hydrogène qui sera utilisé dans les transports. Air Liquide comme ses grands concurrents Air Products, Linde et autres, produit de l'hydrogène depuis longtemps pour les raffineries de pétrole : cet hydrogène rentre dans le traitement des hydrocarbures pour les rendre plus légers. Il est obtenu par réformage du gaz naturel, réaction chimique qui produit également du CO2. L'électrolyse de l'eau est une voie possible sans production de CO2, notamment associée aux installations d'énergie renouvelable - éoliennes et panneaux solaires, qui peuvent produire de l'électricité à des moments où les besoins sont faibles. Un autre voie qui semble avoir beaucoup d'avenir mais en est actuellement au stade de la recherche : l'électrolyse de l'eau à haute température dans les centrales nucléaires de 4ème génération. On peut imaginer qu'aux heures creuses, ces centrales nucléaires produisent de l'hydrogène et qu'aux heures de forte consommation, elles alimentent à 100% le réseau électrique. Les experts indiquent que l'industrialisation de ce procédé ne sera possible qu'en 2030, c'est-à-dire demain. On voit que tout un ecosystème se développe autour du transport à hydrogène, avec des possibilités de production sans effet de serre. Il contribuera certainement dans les décennies à venir à réduire la production de CO2 tout en satisfaisant les besoins de transport et de mobilité.

 

En post scriptum, on notera que quatre artisans taxis parisiens se sont équipés en 2014 de Tesla S. Les caractéristiques de la Tesla S en font un véhicule adapté au métier : autonomie de 480km, coffre de large capacité. Le prix de ces voitures : 95 000 € ne facilite pas les choses. Mais le surplus de coût par rapport aux taxis traditionnels serait compensé par l'économie en carburant et en maintenance. N'ayant pas de nouvelles de l'expérience de ces artisans, on ne peut en tirer de conclusions ...

 

 

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 21:27

Algolia, fondée en septembre 2012 par Nicolas Dessaigne et Julien Lemoine, qui viennent d'Exalead, un moteur de recherche racheté par Dassault Systèmes, s'impose comme le spécialiste des outils de recherche pour les sites Internet, les sites marchands et les applications pour mobiles. Il a maintenant plus de 1200 clients dans plus de 100 pays.

 

D'abord accompagné par The Family en France, Algolia s'est installée à San Francisco – tout en gardant une équipe à Paris, et a intégré l'accélérateur Y Combinator en janvier 2014. Algolia a d'abord levé 1,5 millions $, en octobre 2013 auprès des fonds Index Ventures, Point Nine Capital et Alven Capital et d'investisseurs privés comme d’Ilan Abehassera, fondateur de Producteev et Thibaud Elzière, fondateur de Fotolia ; elle a ensuite levé 1,2 M$ auprès de Storm Capital en juin 2014, puis 18,3 M$ en mai 2015. Cette levée de fonds menée par Accel Partners, comprenait des investisseurs existants comme Alven Capital, Point Nine Capital et Storm Capital et de nouveaux partenaires comme Lead Edge Capital. L'objectif annoncé est d'accélérer le développement des produits, l'expansion internationale et le recrutement pour accompagner une croissance rapide.

 

A l'origine d'Algolia, le constat que les champs de recherche intégrés aux sites Internet sont lents et peu pertinents : ils font pâle figure face aux moteurs de recherche comme Google.

Algolia a conçu un API qui permet d'obtenir des résultats de recherche sur un site Internet ou avec une application pour mobile en moins de 10 millisecondes en moyenne : les résultats apparaissent aux utilisateurs au fur et à mesure qu'ils tapent sur leur clavier. La perception des utilisateurs en est considérablement améliorée, ce qui augmente notamment la conversion en ventes des recherches sur les sites marchands. En vue de fournir des résultats instantanés aux utilisateurs des sites de ses clients, Algolia a mis en place un réseau de 12 centres de données avec des temps de réponse inférieurs à 50 millisecondes.

A titre d'exemple, après la mise en place d'Algolia, le site Growthhackers a constaté que le volume de recherche avait augmenté dans un rapport 4, que les utilisateurs avaient visité 2 fois plus de pages et passé 5 fois plus de temps sur le site.

 

Jusqu'où va aller Algolia ? Considérant le nombre de sites Internet, surtout les sites marchands, dans le Monde : voilà sa clientèle potentielle !

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 16:05

Entendons-nous sur ce qu'est réellement l'innovation ? Un vieux proverbe d'entrepreneur proclame que "l'innovation c'est transformer des idées en factures".

Le processus idée –> développement –> mise en oeuvre et exécution –> résultats ne s'appelle vraiment innovation que si les résultats sont positifs, que si la valeur ajoutée est significative.

En pratique, pour une entreprise, on peut par exemple mesurer la capacité d'innovation par la proportion du chiffre d'affaires ou des bénéfices réalisée avec des produits ou des services ou encore un canal de distribution (par exemple un nouveau réseau de boutiques) qui ont été lancés il y a moins de x années, le nombre x étant déterminé selon la vitesse d'évolution du domaine d'activité ou une proportion de la durée de vie des produits.

 

Contrairement à une idée fort répandue, l'investissement est loin de créer nécessairement de l'innovation. Un exemple remarquable est celui des grands groupes pharmaceutiques qui investissent chaque année des sommes considérables en recherche et développement  (R&D) sans nécessairement découvrir ou créer de nouveaux médicaments. Un autre exemple est le cas de Kodak dont les investissements gigantesques en R&D n'ont pas empêché la déconfiture. De même, ce n'est pas parce qu'une jeune pousse lève des fonds importants auprès d'investisseurs, que ses ventes vont se développer en proportion. Dans chacun de ces cas, l'innovation – qui se traduit en ventes croissantes rentables, n'est pas nécessairement au rendez-vous.

 

De même, dans notre pays, la plupart du temps, l'innovation dont on parle est en fait uniquement de l'innovation qui aurait sa source dans la R&D. Alors qu'à l'évidence, l'innovation peut se développer dans tous les domaines : commercial, marketing, design, ergonomie, service, production, logistique, comptable,... On considère trop souvent que cette innovation générée par la R&D est le facteur essentiel à l'origine de la croissance des entreprises et de la croissance des emplois.

En fait, l'histoire des entreprises montre que l'innovation dans d'autres domaines que la R&D, est à l'origine de développements tout aussi importants.

 

Une étude récente du Boston Consulting Group met en avant les éléments clefs qui permettent de transformer avec succès des idées en innovation et propose un classement mondial de 50 entreprises les plus innovantes. On ne sera pas surpris d'y voir 29 américaines sur les 50, 11 européennes et 10 asiatiques. Seules 2 entreprises françaises sont présentes, AXA (22ème) et Renault (33ème).

Sans surprise, l'on voit en tête du classement : 1-Apple, 2-Google, 3-Tesla Motors, 4-Microsoft et 5-Samsung. Sur les 11 européennes, il y a 7 allemandes : 7-BMW, 10-Daimler, 11-Bayer, 25-Allianz, 29-BASF, 30-Siemens, 35-Volkswagen ! A part les 2 françaises, il y a une suisse (Roche) et une anglaise (BT Group).

 

La vitesse prend de plus en plus d'importance

L'obstacle le plus fréquemment cité qui s'oppose à l'obtention de bons résultats à partir de l'innovation et du développement de produits, est la durée excessive du développement. De plus les innovateurs rapides sont aussi les plus forts et les plus perturbateurs, ceux qui bouleversent le plus le marché. Lancer rapidement de nouveaux produits conduit à générer plus de ventes.

Par exemple, Zara a construit son succès en créant et en lançant ses nouvelles collections en 2 à 4 semaines. Alors que traditionnellement, la création et le lancement de nouvelles collections de mode prenaient plusieurs mois.

Les entreprises qui sont organisées pour réaliser rapidement de l'innovation présentent de nombreux avantages compétitifs : elles peuvent réagir plus vite face aux actions de la concurrence et aux évolutions du marché ; leurs coûts de développement sont plus réduits ; elles parviennent à construire une part plus élevée du marché avant que les produits ne deviennent matures ; leurs prévisions sont plus précises.

La clef du succès est bien sûr dans l'exécution, dans la capacité à la fois de développer rapidement les nouveaux produits ou services et de les livrer rapidement aux clients.

Il apparaît que c'est l'ensemble de l'entreprise qui doit se mobiliser : en simplifiant tous les processus, en rendant les équipes responsables d'un projet 100% engagées dans la réalisation dudit projet.

 

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 09:45

Le crédit d'impôt recherche (CIR) est un dispositif considéré comme à l'origine de la compétitivité de la France dans le domaine de la recherche, de l'innovation et du fait que de nombreuses entreprises étrangères y installent des centres de recherche. C'est la plus grosse "niche fiscale" et selon des termes convenus, repris en coeur par de nombreux consultants et commentateurs, il s'agit d'une aide aux entreprises. Le Medef et les chefs d'entreprise interrogés par les media le considèrent comme essentiel : il ne faut surtout pas y toucher.

 

Acies, un cabinet de conseil spécialisé dans l'assistance des entreprises en matière de crédit impôt recherche, vient de sortir son Cahier nº4 de l'Observatoire du CIR qui chante les louanges de ce merveilleux dispositif. On peut les comprendre : c'est l'existence même de ce dispositif qui lui permet de vivre et de développer son activité comme de nombreux autres cabinets de conseil, dont le leader Alma Consulting Group.

 

Un dispositif au succès croissant depuis 2004

 

Le dispositif a été créé en 1983, avec pour objectif d'inciter les entreprises à investir en recherche et en développement ; longtemps, les montants déclarés et rétrocédés au titre du CIR sont restés très limités ; le frein principal était la quasi certitude que l'entreprise déposant une déclaration de CIR serait soumise à un contrôle fiscal à brève échéance. Cela a laissé pendant des années des traces dans l'univers des PME. Il y a une dizaine d'années, j'ai rencontré un chef d'entreprise qui m'a raconté qu'il trainait depuis le début des années 90 un litige avec l'administration fiscale suite à une déclaration de CIR ; naturellement il s'était bien juré de ne plus jamais y recourir.

Depuis des instructions ont été données, des réformes ont été menées en 2004 et en 2008, et peu à peu les entreprises n'ont plus hésité à effectuer des déclarations, le risque de contrôle fiscal s'étant considérablement atténué.

Les montants versés au titre du CIR qui plafonnaient jusque là autour de 500 millions d'€, ont commencé à décoller en 2004 (890 millions €) pour monter à 1,8 milliards € en 2007, avec un nouveau saut en 2008 à 4,45 milliards €. Depuis la progression est devenue marginale, les montants se situant à 5,33 milliards € pour 2012. En parallèle le nombre d'entreprises déclarantes a été multiplié par 4, autour de 20 400 en 2012. Cette dynamique semble avoir été stoppée par une recrudescence des contrôles fiscaux qui ont donné lieu à des rectifications qui ont progressé de 33 M€ en 2008 à 271 M€ en 2012. Depuis le nombre d'entreprises déclarantes diminue.

Bien que personne ne le dise, Bercy a sûrement donné des instructions pour que la progression des montants versés soit arrêtée, car ils commençaient à avoir un impact trop important et non prévu sur le budget de l'Etat !

 

Le crédit d'impôt innovation

 

Un nouveau dispositif, le crédit d'impôt innovation (CII) a été créé en 2013 pour les PME ; le taux est de 20% des montants déclarés au lieu de 30% pour le CIR. Présenté comme un élargissement des dispositifs d'aide aux entreprises, il est censé supporter la conception de prototypes ou d’installations pilotes de produits nouveaux. Pour mémoire un projet éligible au CIR doit faire progresser l’état de l’art, c’est à dire les connaissances scientifiques et techniques disponibles au début des travaux. En fait, la frontière entre les 2 crédits d'impôt étant assez floue et sujette à diverses interprétations, il apparait que le CII est un piège qui permet à l'administration fiscale de requalifier le CIR et de réduire le montant versé sans pour autant annuler l'éligibilité.

 

Le débat sur le CIR

 

Périodiquement, un débat nait au sein des politiques, du parlement et du gouvernement : beaucoup considèrent que le CIR provoque un effet d'aubaine et que les entreprises n'investiraient pas plus avec le CIR que sans. D'autres prétendent que l'aide fiscale a bien un effet stimulant.

En réalité, son effet est très probablement structurant depuis le début des années 2000 où l'industrie qui concentre comme dans la plupart des pays, 80% de la recherche privée, a vu sa part du PIB baisser aux alentours de 12/13% alors qu'elle s'est maintenue au-dessus de 20% en Allemagne. En parallèle, la R&D privée a augmenté de 22 Md€ en 2012 à 29 Md€ en 2011 (soit une croissance moyenne de 2,8% par an)

Trois secteurs ont connu un accroissement particulièrement élevé de l'intensité de leur R&D : les produits informatiques, électroniques et optiques, l'industrie automobile et l'industrie pharmaceutique.

Ce qui est certain est que le CIR a pour effet une baisse du coût moyen d'un chercheur en entreprise. Selon l'étude 2015 de l'ANRT (Association Nationale de la Recherche et de la Technologie qui rassemble plus de 300 entreprises privées et acteurs de la recherche publique), si le coût d'un chercheur français avec incitations (CIR et subventions) est de 100, il serait de 135 sans incitations ; aux Etats-Unis il est de 165, en Allemagne de 119, au Japon de 116, en Grande Bretagne, Belgique et Pays-Bas de 114, en Chine de 77, en Espagne de 73 et en Inde de 53 ! En quelque sorte, le CIR permet de ramener le coût d'un chercheur en France à un niveau très compétitif. Il compense en fait un niveau global de charges bien supérieur aux autres pays développés : selon une étude 2015 de PWC, ce niveau global de charges est de 67% en France, 48% dans les pays du G8 et 41% en moyenne dans l'OCDE.

Il semble jouer le même rôle pour le coût des chercheurs que le CICE pour les bas salaires.

Ceci explique notamment les nombreux projets d'implantation de centres de R&D en France, que de nombreuses grandes entreprises internationales maintiennent une grande partie de leurs effectifs de R&D en France (en tous cas très supérieur au poids de la France dans leur chiffre d'affaires global) et une croissance relativement rapide des dépenses de R&D.

 

Mais est-ce bien efficace ?

 

Le CIR comme le CICE reflète l'idéologie interventionniste qui domine la classe politique française et qui est certainement très incrustée à Bercy ; en particulier, la conviction qu'avec l'outil fiscal, on peut modeler les comportements des acteurs économiques – les entreprises comme les individus. Dans le cas du CIR, il s'agit de la croyance que la R&D et l'innovation technologique améliore la compétitivité des enterprises et est à la source de la croissance économique : en baissant le coût des chercheurs, les entreprises vont devenir plus compétitives et vont croître plus vite, entrainant toute l'économie. On est obligé de constater que cette stratégie industrielle qui ne dit pas son nom, est un échec : les dépenses de R&D augmentent à un rythme qu'on aimerait voir transférer à la croissance économique globale du pays. Mais il n'en est rien et l'économie stagne.

 

De nombreux effets contraires

 

En réalité, de nombreux effets contraires viennent limiter l'obtention de bons résultats économiques. Les grandes entreprises maintiennent ou même développent leur R&D en France mais dans le même temps, elles réduisent la production en France ; témoin l'industrie automobile qui a divisé par deux le nombre d'employés dans les usines en 10 ans : les salaires dans les usines sont au-dessus du niveau du CICE (2,5 x SMIC) qui n'a donc aucun effet sur leur compétitivité ; ils subissent de plein fouet un niveau des charges 20 à 30% plus élevé qu'ailleurs. Il en est de même des équipes commerciales notamment export, qui sont pourtant essentielles pour développer les ventes : à quoi sert de créer des produits innovants si les coûts commerciaux sont trop élevés et ne permettent pas d'être présent de manière compétitive sur tous les marchés cibles. 

Le CIR cible particulièrement l'aide aux PME, en se fondant sur la croyance que la croissance économique viendra d'elles. Mais pour elles, un bon spécialiste export coûtera 3 à 4 fois celui d'un chercheur subventionné par le CIR.

On notera au passage qu'il existe des aides à l'export (crédit d'impot export et assurance prospection de la Coface — qui est une aide remboursable), mais ces aides ne contribuent à compenser que les frais liés à l'activité export et les indemnités versées aux VIE (volontaires  internationaux en entreprise) et dans le cas du crédit d'impot, conditionnées par le recrutement d'un commercial et plafonnées à 40k€ ; il en résulte que leur impact est très limité, si nécessaire, la preuve en est qu'elles ne sont pratiquement jamais évoquées dans les débats ou les études. A l'opposé, le CIR n'est pas plafonné et compense directement les charges de personnel en R&D.

 

Un autre effet contraire : afin de se protéger contre les contrôles fiscaux et les rectifications pénalisantes, les PME ont recours aux services de sociétés de conseil qui les aident à préparer des dossiers de justification transmis à l'administration fiscale en réponse aux nombreuses questions posées après chaque déclaration avec demande de "restitution anticipée". Les honoraires de ces sociétés se montent typiquement à 15/20% du CIR, réduisant effectivement le CIR à 24% des charges de R&D après règlement de ces honoraires. C'est ainsi que toute une industrie s'est créée, parasitant le versement du CIR. En parallèle, l'administration fiscale a du recruter et former à grands frais toute une catégorie d'inspecteurs capable d'analyser la grande diversité des dossiers qui lui sont soumis. Le coût pour la collectivité de ces inspecteurs est bien sûr inconnu. Avec la création du CII, les choses ne se sont pas simplifiées.

 

L'inertie intrinsèque du CIR

 

Un dernier effet contraire : les déclarations de CIR sont remises en mai de chaque année avec la liasse fiscale, pour des charges de R&D étalées sur l'année précédente, donc datant en moyenne du 1er juillet de l'année précédente. La restitution s'effectue selon les aléas du contrôle, la disponibilité des contrôleurs et les demandes complémentaires, dans le courant du 4ème trimestre soit environ 16 mois après les dépenses réelles. Il en résulte qu'a minima, l'entreprise a dû avancer la trésorerie correspondante et en conséquence, différer d'autant les investissements ou autres dépenses telles que des recrutements, le lancement de nouveaux projets de R&D ou l'introduction des nouveaux produits issus de la R&D. Pour les ETI et grandes entreprises, l'effet retard est encore plus important puisque le CIR leur est versé 3 ans après chaque déclaration.

 

Le lecteur conviendra que la réduction des charges sur l'ensemble du personnel des entreprises serait une solution a) éliminant les parasites (sociétés de conseil), b) qui rétablirait l'équilibre des coûts avec les investissements commerciaux et de marketing, c) qui aurait un effet immédiat sur la compétitivité des entreprises.

En l'état, le CIR a un effet peu dynamisant et aide difficielement les entreprises françaises qui sont en concurrence avec les entreprises étrangères qui bénéficient d'un financement direct – donc soit préalable soit simultané aux charges de R&D, C'est le cas des entreprises espagnoles, allemandes ou américaines. Ce dernier facteur est sans aucun doute le plus important et explique en grande partie le faible impact du CIR sur la croissance.

Comme l'indique une étude récente du BCG sur les 50 entreprises les plus innovantes au Monde, la vitesse à laquelle les innovations sont mises en place et lancées sur le marché est un facteur incontournable de leur réussite. Dans ce classement, Apple et Google caracolent en tête, avec une vitesse d'exécution des innovations inégalée. Les seules entreprises francaises du lot sont Axa et Renault (qui bénéficie largement de son partenariat avec Nissan). Avec la lenteur et les aléas de la restitution du CIR, on peut affirmer que si les innovations issues de la R&D des entreprises débouchent sur une réussite commerciale, ce ne sera pas grâce au CIR.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 20:51

La maison connectée est considérée comme l'une des applications ayant le plus fort potentiel sur le marché en pleine explosion des objets connectés. Fondée en mai 2011 à Boulogne-Billancourt, Netatmo bénéficie de cet engouement et vient de lever 30 millions € auprès de ses premiers investisseurs – Iris Capital, le fond Ambition Numérique de la BPI, et de Pascal Cagni via son fond C4 Ventures et du groupe Legrand, spécialiste du matériel électrique. Selon le dirigeant de Legrand, cette participation a pour objet de renforcer la stabilité de l'actionnariat de Netatmo, de créer des produits en commun et d'en faciliter l'interopérabilité. L'objectif de cette levée de fonds est de soutenir la croissance rapide de l'activité et le développement de nouveaux produits pour la maison connectée.

 

Frédéric Potter, fondateur de Netatmo, n'en est pas à sa première aventure entrepreneuriale : en 1998, avec Jean-Pierre Dumolard, un ancien de Matra et Nortel, il a repris une activité de l'opérateur longue distance Kaptech, avec une équipe de spécialistes de la commutation et des logiciels de télécommunication, qui a été appelée Cirpack. Cirpack est un fournisseur de solutions de télécommunications en voix sur Internet (voix sur IP) pour les opérateurs et les grandes entreprises. Nos deux fondateurs, qui étaient majoritaires et associés avec les fonds Siparex Ventures, Iris Capital et Endeavour L.P, ont vendu Cirpack à Technicolor (ex Thomson Multimedia) en avril 2005. Cirpack avait alors 45 clients et 60 employés. Frédéric Potter a ensuite participé à la création de Withings avec Eric Carreel et Cédric Hutchings.

 

Netatmo a été créée avec un apport de 2 millions €, puis a levé 4,5 millions en janvier 2013. Dès janvier 2012, une filiale américaine a été créée puis une filiale à Hong Kong en janvier 2013. La jeune entreprise est très présente sur le marché américain et a gagné à plusieurs reprises des prix au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas.

 

Après le lancement en 2012 d'une station météo contrôlée par téléphone mobile commercialisée dans plus de 100 pays, Netatmo a introduit un thermostat connecté, dessiné par Philippe Starck et une caméra de surveillance reliée à Internet et capable de reconnaître les visages (Welcome).

Le thermostat dont la gamme de réglage s'étend de 5º à 30º par pas de 0,5º est entièrement contrôlable à distance via une application téléchargeable sur l'App Store, Google Play ou Windows Phone Store et peut servir à réguler une chaudière au fioul, au gaz ou à bois avec des scenarii programmables. Selon Netatmo, ce thermostat permettrait d'économiser 37% sur le coût du chauffage.

 

Selon les dirigeants de Netatmo, les ventes doubleraient actuellement tous les ans, les dépenses de R&D se monteraient à 20/25% du chiffre d'affaires, et les effectifs, actuellement de 100 personnes, passeraient à 150/180 d'ici un an. 80% des ventes sont actuellement réalisées à l'export, dans 175 pays ; Netatmo vise d'atteindre 94% des ventes à l'international grâce à une croissance forte en Chine et aux Etats-Unis.

 

A l'évidence, les dirigeants de Netatmo ont convaincu leurs investisseurs de leur capacité à poursuivre un développement échevelé, dans le monde entier et à réaliser des nouveaux produits à une cadence accélérée qui seraient à chaque fois des innovations de rupture, capables ainsi de s'imposer sur tous leurs marchés. Ils ambitionnent de détenir rapidement des positions de leader, ce qui facilitera l'adoption des produits.

 

On notera un élément qui, à terme, risque de limiter le potentiel : les dirigeants de Netatmo paraissent très attachés à conserver la majorité des parts. Il est certain que cela rend plus aisée la prise de décisions, mais cela limite le recours aux ressources en fonds propres nécessaires pour financer une croissance rapide.

 

A quand l'introduction en Bourse ? Si tout va bien, et que la conjoncture soit favorable, cela est prévisible dans 2 ou 3 ans ...

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 23:46

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 15:21

Carbon3D fondée en 2013 par Joseph DeSimone et localisée à Redwood City dans la Silicon Valley a pour ambition de réaliser des systèmes d'impression 3D qui soient véritablement des outils de production de série et non plus seulement de prototypage et de fabrication en petites quantités.

L'objectif est de réduire les coûts de production dans un rapport de l'ordre de 1/30 par rapport aux solutions actuelles.

 

Le principal obstacle à une véritable industrialisation de l'impression 3D est la vitesse de réalisation des pièces. Actuellement, cette vitesse est encore similaire à celle que l'on obtient par l'usinage avec des machines à commande numérique qui typiquement réalisent une pièce à la fois, souvent en plusieurs heures, la durée étant directement liée à la complexité de chaque pièce.

On est très loin de la vitesse de production en plasturgie ou injection de métal qui sort des pièces de haute précision et en bonne matière – comme l'ABS -PC ou l'aluminium, à des cadences de l'ordre de la seconde. Les temps machine – qui fonctionnent en automatique, par pièce étant très faibles, le coût des pièces se rapproche de celui de la matière, surtout quand les séries sont longues. Plus les séries sont longues, moins les temps de lancement et de mise au point et les outillages n'ont d'influence sur les coûts unitaires. On observera au passage que, dans ces conditions, le marché des matières premières (plastiques, métal) étant mondial, les coûts de production ont tendance à se rapprocher entre notre pays et les pays lointains, justifiant souvent des relocalisations.

 

Les ambitions de Carbon3D sont tout à fait intéressantes mais de là à se substituer aux techniques de l'injection plastique et métal, il y a encore beaucoup de chemin à faire.

 

Depuis sa création, Carbon3D a réussi à intéresser de nombreux investisseurs de poids ; elle a déjà effectué 3 levées de fonds (11 mill. $ en décembre 2013, 30 mil. $ en mars 2015, 100 millions $ en août 2015, total 141 millions $) dont la dernière rassemble Google Ventures, Reinet Investments, Yuri Milner, F.I.S. (Fidelity Information Services), Northgate Capital avec les précédents fonds : Sequoia Capital (*), Siver Lake Kraftwerk et Autodesk Spark Investment Fund.

 

La technologie Carbon3D

 

La promesse de Carbon3D est fondée sur une technologie dont son fondateur Joseph DeSimone dit avoir eu l'idée en regardant la scène du T-1000 du film Terminator II où on voit un cyborg émerger en liquide métal. En mars 2015, lors d’une conférence TED à Vancouver, Carbon3D a présenté un prototype de machine CLIP permettant en théorie de multiplier par 25 à 100 la vitesse d'impression et d'améliorer la qualité des objets produits.

 

Les innovations de Carbon3D s'appuient sur l'utilisation de résine, de lumière et d'oxygène pour donner la technologie CLIP (continuous liquid interface production). Concrètement, la machine polymérise la matière en projetant des rayons UV dans un réservoir de résine à travers une fenêtre perméable à l'oxygène. Selon 3DVF.com, CLIP est une variante des techniques DLP/SLA : un projecteur vidéo projette une image sur une résine photosensible qui se solidifie. Un support se soulève lentement, et l'objet se forme petit à petit, collé au support. La partie inférieure du bac de résine est perméable à l'oxygène de l'air, qui réagit avec la résine de telle sorte que les trente premiers microns de résine restent liquide, et l’objet solide ne se forme que plus haut, en continu.

 

CLIP fonctionne ainsi en continu et non en "couche par couche" comme les autres techniques d'impression 3D. Elle pourrait créer des élastomères extrêmement souples, 25 fois plus rapidement qu’une impression Polyjet 3D et 100 fois plus vite qu’en stéréolithographie. avec une meilleure résolution et une structure plus proche des objets injectés.

 

L'état du marché

 

En 2014, selon un cabinet spécialisé (Wohlers), le marché de l'impression 3D se montait à

3,6 milliards € avec une croissance de 35 % par an. Le segment de l'impression 3D des métaux (20 % du marché) est celui qui croit le plus vite. Cinq grandes catégories de technologies se disputent ce segment : a) couches successives de poudre métallique agglomérées par un liant organique projeté par une rampe d'impression multijets puis frittage agglomèrant les grains métalliques (ExOne, VoxelJet, SLS de 3D Systems, Digital Metal de Fcubic/Höganäs), b) le procédé SLM : laser balayant la surface et fusionnant les grains métalliques (Concept Laser, EOS, Phenix Technologies de 3D Systems, Realizer, Renishaw, SLM Solutions, Prodway...), c) le procédé SLM : faisceau d'électrons fusionnant les grains métalliques (Arcam...), d) projection de poudre métallique au travers d'une buse concentrique à un faisceau laser qui la fusionne sur un substrat ou la couche précédente (Optomec, Trumpf, Beam...), e) le fabricant de matériels de soudage Sciaky propose des machines permettant de déposer un fil de titane qui est soudé sur la couche précédente. Le marché est en pleine évolution, les technologies étant encore largement aux stades de développement.

 

Carbon3D elle, se positionne pour l'instant sur le marché de l'impression des plastiques et élastomères. A l'évidence, vu les enjeux et le potentiel considérable, vu l'intérêt soulevé dans de nombreuses industries, les très nombreuses jeunes pousses qui se créent, lançant des défis majeurs aux leaders actuels du secteur, il faut s'attendre à de grands mouvements. Je suis prêt à parier que d'ici moins de 18 mois, d'autres acteurs annoncent des machines rapides et précises en concurrence frontale avec Carbon3D.

Les clefs sur un marché bouillonnant comme celui-ci sont bien sûr : la qualité de l'équipe, la capacité de mobiliser des fonds pour investir plus vite et plus fort que les autres et ne pas se tromper de technologie.

Cette course échevelée est passionnante. On peut penser que le marché devenant plus mature, des niches s'établiront, à côté des produits de masse, par exemple pour le grand public. Il y aura toujours de la place pour de nombreux acteurs.

 

(*) Sequoia qui était le seul investisseur dans WhatsApp, un service de messagerie sur téléphone mobile racheté par Facebook en 2014 pour un montant estimé à 19 milliards $, a aussi investi dans Stripe, Airbnb et Dropbox.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 06:59

In'Tech Medical créée en 2000 vient de faire parler d'elle en rachetant l'américain Turner Medical (Athens, Alabama), ce qui d'un coup la fait quasiment doubler de taille et l'implante solidement sur le marché nord américain.

 

En 1999, le groupe américain Medtronic qui a racheté plus tôt Sofamor-Danek, fabricant d'implants et d'instruments de chirurgie pour la colonne vertébrale, ferme le site de Rang-du-Fliers (62) où il y a 120 employés. Deux cadres, Jean-Luc Malpièce et Alain Degrave, créent In'Tech Medical avec les équipes de Rang-de-Fliers et s'appuyant sur la clientèle de Medtronic, développe rapidement la jeune société : dès 2002, il y avait 100 employés. D'autres sites de production sont rachetés : en 2004 à Annecy avec 32 personnes et à Memphis (Tennesse) avec 8 employés et en 2008 à Toulon (52 personnes). Le développement a été financé par les fonds propres, des emprunts bancaires et la participation du fonds d'investissement TSR Capital qui détient maintenant 70% du Capital. Les confondateurs ont laissé la place à un autre cadre Laurent Pruvost, ancien directeur commercial et ils détiennent chacun 10% du capital.

 

In'Tech est spécialisée en instruments chirurgicaux et en implants pour l'orthopédie, la hanche et le genou, le rachis et la traumatologie. Elle cible des marchés de niche comme la chirurgie mini invasive du rachis (la colonne vertébrale). Elle a longtemps opéré avec des cahiers des charges établis en partenariat avec des chirurgiens puis à partir de 2006, un département R&D a été créé qui conçoit des produits en propre. Elle estime le marché sur lequel elle intervient à 900 millions $ et ses concurrents sont surtout américains.

 

Turner Medical

 

Il y a plus de 35 ans, John Turner créa Turner Machine, une entreprise d'usinage de précision. Depuis six ans, son fils Bill orienta la société devenue Turner Medical, exclusivement vers les instruments et implants pour l'orthopédie. Certifiée ISO 13485 et homologuée par la FDA, va permettre à In'Tech Medical de mettre en place aux Etats Unis un Prototype Garage.


 

Le Prototype Garage


 

Le Prototype Garage, lancé par In'Tech Medical début 2015, est une cellule autonome de prototypage rapide. Il est dédié à la réalisation de prototypes de haute qualité, équivalente à de la production de série, afin de servir une clientèle qui a des besoins urgents de produits d'aussi bonne qualité que les produits catalogue réalisés en série. Selon Laurent Pruvost, il y a actuellement une demande en croissance exponentielle de ce type de prototypes en instruments et implants prêts pour les opérations chirurgicales. L'objectif du Prototype Garage est de les fournir via une cellule intégré des solutions rapides et à un coût compétitif.

 

Les perspectives


Les ventes d'In'Tech Medical ont progressé de 32 millions € en 2013 à 39 en 2014, avec déjà une portion significative aux Etats Unis. Turner réalisant un chiffre d'affaires de 21 millions $, le groupe va dépasser les 60 millions € cette année avec plus de 500 employés dont 185 chez Turner et environ 50% des ventes combinées des deux sociétés aux Etats Unis.

Avec l'acquisition de Turner Medical, la croissance continue avec une dynamique impressionante, beaucoup d'innovations et une grande proximité de la clientèle des chirurgiens spécialisés.

In'Tech Medical surfe aussi sur le vieilliement général des populations et la croissance de la demande en implants orthopédiques.

Encore une jeune entreprise pleine d'avenir du secteur médical dont la France apparait s'être fait la spécialité. 

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 19:43

Ludwik Leibler, fondateur et directeur du laboratoire Matière Molle et Chimie de l'ESPCI, a reçu en juin 2015, le prix de l'inventeur européen décerné par l'Office européen de Brevets pour la création d'une nouvelle classe de matériau : le vitrimère.

 

Le vitrimère : un matériau façonnable et "durable"

Comme le plastique,

il est très résistant, léger et insoluble, il peut être utilisé comme une résine thermodurcissable telle que l'époxy. Suivant sa conception, il peut être mou et flexible ou solide et résistant,

Comme le verre,

il est façonnable à chaud à volonté, recyclable et réparable sous l’action de la chaleur. Comme le verre, il passe progressivement de l'état liquide à l'état solide et vice versa. Il est possible de réaliser des soudures et des réparations par pression à chaud, ce qui est impossible pour un plastique : une fois cuites, on ne peut plus modifier la forme des résines plastiques.

 

Le vitrimère est constitué d'un réseau de molécules qui se réorganise lorsqu'il est chauffé sans changer le nombre de liaisons entre les atomes. Ce qui explique sa stabilité et la reversibilité de ses caractéristiques.

 

Les applications du vitrimère sont potentiellement innombrables, là où les résines régnaient jusqu'à maintenant : les planches à voile, les bateaux de plaisance, les skis, circuits imprimés, structures aéronautiques, etc. Conçus en vitrimère, ils seront désormais réparables et recyclables.

 

Ludwik Leibler, un chercheur et inventeur exceptionnel

 

Ludwik Leibler, né en Pologne, venu en France après un doctorat en physique de l'université de Varsovie, a effectué un stage post-doctoral au Collège de France et au CEA, sous la direction de Pierre-Gilles de Gennes.

Il a très vite développé ses travaux de recherche au CNRS en partenariat étroit avec le monde industriel, a créé en 1996 un laboratoire mixte CNRS/Elf-Atochem dans le domaine des polymères et des colloïdes, et fonde en 2001 le laboratoire Matière Molle et Chimie de l'ESPCI/CNRS. Ce laboratoire comprend sept chercheurs permanents et une vingtaine de thésards et post-docs.

Il invente des matériaux co-continus aux propriétés mécaniques exceptionnelles, puis en 2008 avec Arkema, un caoutchouc auto-cicatrisant, en 2011 le vitrimère et tout dernièrement en 2014, une technique révolutionnaire permettant de faire adhérer entre eux des gels et des tissus biologiques.

Il est notamment depuis 2004 membre de la National Academy of Engineering des Etats-Unis et a déposé plus de 50 brevets.

 

Un futur prix Nobel ?

 

On peut certainement rêver que Ludwik Leibler reçoive un jour pas très lointain le prix Nobel de Chimie. Ce qui constituerait le 7ème prix Nobel reçu par des chercheurs de l'ESPCI, après Pierre Curie (fondateur de l'Ecole), Marie Curie, Eve et Frédéric Jolliot Curie, Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak.

Ce qui renforcera encore la preuve qu'un établissement de petite taille, à la culture de recherche fondamentale orientée vers les applications innovantes et créatives, peut réussir d'une manière récurrente.

Ce qui n'est pas le cas des grandes structures type mastodontes qui ont la faveur des politiques et des bureaucrates des ministères – à titre d'exemple la nouvelle COMUE de Lyon St Etienne avec 140 000 étudiants. Et tout cela pour essayer de monter dans le classement de Shanghaï !

Sans coup férir, l'ESPCI se place dans les 300ème à ce classement, non loin de Polytechnique et en tête de toutes les Ecoles françaises pour les dépôts de brevets.

 

Et c'est heureux que la Ville de Paris dont dépend l'ESPCI ait décidé enfin de réhabiliter et agrandir l'Ecole toujours située sur la Montagne Sainte Geneviève en investissant 176
millions € d'ici à 2022.

 

La rentrée 2015 à l'ESPCI

 

Et une dernière nouvelle, un très bonne nouvelle nous arrive de l'ESPCI : à la rentrée 2015, il y a stricte parité entre les nouveaux élèves ingénieurs, 45 filles et 45 garçons. A noter que 30 filles sur 45 viennent des prépas Physique-Chimie.

 

L'ESPCI : un modèle pour les autres Ecoles d'ingénieurs

 

On peut se demander pourquoi le modèle de l'ESPCI n'inspire pas plus d'autres Ecoles. On constate que les Ecoles des Mines sont aussi très performantes pour ce qui est de la recherche partenariale avec l'industrie et quelques autres comme l'Ecole Centrale de Lyon, qui a su développer un laboratoire de renommée mondiale : le LTDS (tribologie - science des contacts et des frottements, et dynamique des systèmes) qui collabore à une grande échelle avec l'industrie.

Clairement, l'ESPCI est un modèle en termes de formation à l'innovation et à la créativité et de relations enseignement-recherche-industrie.

C'est ce dont nous avons besoin pour redynamiser notre industrie, qui a tant perdu dans les 10 dernières années. Aux dernières nouvelles, l'industrie ne constitue plus que 11% du PIB français contre 27% en Allemagne. Et quand on sait que l'industrie est un facteur qui entraîne toute l'économie, les services, l'immobilier, les exportations ...

 

L'ESPCI n'accueille que 90 étudiants par promotion, dont la majorité poursuit ensuite une thèse de doctorat.

A l'opposé, des Ecoles comme Centrale Paris qui a fusionné avec Supelec (1000 élèves par promotion) pratiquent la course à la taille : pour quelle stratégie ? Former des ingénieurs qui vont aller dans les services, la distribution, la finance, les assurances, des ingénieurs qui très vite ambitionnent de devenir managers, loin de la création de produits, loin de l'innovation technologique. J'estime que l'on déraille et c'est grave car l'enseignement supérieur d'aujourd'hui c'est l'élite de la France de demain.

 

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