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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 20:41

Il y a quelques semaines, le groupe Volkswagen a annoncé le lancement de la construction d’une giga usine d’assemblage de batteries au lithium-ion. Il s’agit d’un investissement très lourd et structurant. Face à Volkswagen, diverses stratégies sont menées par les autres groupes européens.

Ainsi BMW proclame qu’elle investit depuis dix ans dans le développement de batteries plus performantes, achètant ses cellules chez Samsung et le Chinois CATL. Elle vient d’inaugurer à Münich un centre de compétence de 12000 m² et 200 chercheurs. Elle prévoit d’y installer une ligne pilote de production de cellules.

Les autres constructeurs restent très discrets sur leurs initiatives. On peut penser et surtout espérer que Renault travaille de près avec Nissan. Fiat-Chrysler semble très en retard et cela explique que ses dirigeants soient prêts à un rachat par PSA. Mais que fait PSA dans ce domaine ? Est-il bien sage de continuer de compter soit sur les batteries chinoises soit sur la réalisation d’un projet européen sponsorisé par les Etats – l’« Airbus des batteries » ?

 

En parallèle, de nombreux acteurs de haute technologie se sont lancés et développent des solutions de plus en plus évoluées en direction d’une autonomie complète des véhicules. Les constructeurs risquent ainsi d’être réduits au simple assemblage et à la commercialisation de leurs produits, l’essentiel de la valeur étant produite par les spécialistes des batteries et des ensembles automatisant la conduite.

 

Dans le monde automobile traditionnel dont la place semble amenée à se réduire, la chaîne de propulsion comprenant moteurs thermiques et boîtes de vitesse, constitue un élément essentiel des savoir-faire et des progrès notamment en matière de consommation, de performance et de valeur ajoutée pour tous les constructeurs. Typiquement, ces derniers ont la maîtrise de la conception, du développement, de la production et des évolutions de la chaîne de propulsion. Et cette chaîne constitue une part importante du coût des véhicules. Dans le monde automobile qui se profile, avec des voitures à batterie ou à pile à combustible, le coût du véhicule bascule et la chaîne de propulsion devient réduite à un moteur électrique bien moins coûteux que la chaîne traditionnelle. De plus le moteur électrique est l’affaire de spécialistes qui viennent d’une autre industrie. Une part importante du coût se trouve dans les ensembles fournissant l’électricité aux moteurs. Actuellement, les batteries au lithium-ion forment 40 % du coût d'un véhicule électrique et les ensembles stockage de l’hydrogène et pile à combustible sont encore plus coûteux.

 

C’est ainsi que tous les constructeurs se retrouvent face à une révolution qui menace leur position compétitive et le niveau de valeur ajoutée qu’ils seront capables de générer. Une part importante de la valeur ajoutée leur échappe et les besoins en personnel se réduisent comme une peau de chagrin. Il leur faut développer d’urgence de nouvelles compétences en chimie, en électricité, en logiciel. Le personnel en majorité expert en mécanique peut-il se reconvertir ?

 

Audi vient d’annoncer qu’elle va supprimer 9500 emplois sur 60000 soit 16 % des effectifs d’ici 2025 et 2000 nouveaux postes vont être créés afin de s’adapter au nouveau modèle : à l’évidence la construction de voitures électriques requiert bien moins de main d’oeuvre que celle de voitures à moteur thermique et de nouvelles compétences sont nécessaires..

 

Curieusement les annonces viennent essentiellement des constructeurs allemands. Ils s’organisent, ils déroulent leurs plans et investissent. Que font les deux constructeurs français, on peut se le demander ? Ne sommes-nous pas sur un baril de poudre, avant l’annonce de licenciements massifs ? Et l’État qui est présent au capital des deux, ne les soumet-il pas à une forte pression pour qu’il ne prennent pas les mesures nécessaires ?

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