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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 09:24

Le mouvement des Gilets Jaunes a émergé quand le gouvernement a décidé de mettre en place une taxe carbone sur les carburants. D'abord, on a cru qu'il s'agissait d'un mouvement de protestation contre l'excès d'impôts. Puis les Gilets Jaunes ont manifesté contre l'abandon de leurs territoires par l’État et les services publics, semblant demander plus d'État, plus de services, plus d'aides. Ces deux axes de protestations paraissent contradictoires.

 

La réponse politique se résume à un seul chiffre : 17 milliards € déversés en "pouvoir d'achat" financés par le déficit toujours plus grand des comptes publics. Le message implicite est clair : l'État peut tout faire et prend soin de vous, en bref c'est le règne de l'État-nounou, dans la ligne des précédents gouvernements.

 

Après 6 mois de manifestations hebdomadaires et 3 mois de grand débat, il est difficile d'identifier l'ombre d'un diagnostic profond et de solutions d'avenir. 

 

En fait, le diagnostic me semble clair : l’abandon ressenti par les Gilets Jaunes, une sorte de désertification de leurs territoires, une stagnation ou même la baisse de leur niveau de vie, tout cela s’est progressivement installé dans les régions, hors des métropoles, dans les villes petites et moyennes dans les 20-30 dernières années ; cela s’est produit avec la fermeture de nombreux sites industriels. 

 

Ce qu’on oublie souvent, c’est que l’industrie est comme un coeur qui anime et irrigue tout l’environnement local. Les salaires dans l’industrie sont plus élevés qu’ailleurs notamment plus que dans les services et les commerces, parce qu’ils correspondent à des qualifications plus élevées et plus recherchées. Ce qui génère une activité plus importante pour les commerces et services environnants. Ce qui fixe les jeunes et permet notamment la présence d’instituts de formation de bon niveau. De plus l’industrie a besoin de services d’une bonne technicité comme l’informatique, la comptabilité et des juristes d’entreprise, surtout si elle exporte et se développe à l’international.

Souvent la taille de l’entreprise qui dépérit puis disparaît est telle que cela passe inaperçu. L’accumulation des disparitions fait que l’environnement de ces villes semble après un temps plus ou moins long, vidé de son sang.

 

Un exemple marquant est celui de Prémery, une petit ville de la Nièvre, au milieu de la forêt, qui a longtemps vécu autour d’une usine chimique qui fabriquait des produits spéciaux à partir du bois des forêts. Depuis la fermeture de cette usine en 2003, Prèmery s’est assoupie, n’offrant plus de perspectives attirantes à la jeunesse qui est partie ailleurs. Elle a perdu 40% de ses habitants depuis le pic de son activité en 1968.

 

La vraie question est donc : comment ranimer toutes ces villes petites et moyennes.

 

Un article récent de Bernard Attali a rapproché ce déclin des territoires de l’abandon par l’Etat de la politique d’aménagement et de la suppression de son ministère, la suppression de la DATAR (*) (qui a entendu parler du Commissariat à l’égalité des territoires qui l'a remplacé en 2014 et qui pourtant aurait du être mis en avant ces derniers temps pour apporter des solutions aux territoires en détresse ?). Bernard Attali cite un outil tout simple qui a été abandonné et qui ne coûtait rien : la régionalisation du budget de l’Etat. Cet outil permettait au gouvernement et aux parlementaires de suivre l’impact géographique des décisions budgétaires avant le vote de la loi de finance, chaque année. Cet outil a été supprimé et maintenant le budget est voté “à l’aveugle” sans que l’on sache sa distribution géographique. 

La vérité est qu’il n’y a plus de politique nationale d’aménagement du territoire. Paris représente 30% de l’économie française et attire une proportion similaire des investissements. A côté de Paris, ce sont les métropoles qui méritent toutes les attentions alors qu’elles n’ont vraiment pas besoin d’aide, leur dynamique ayant déjà un pouvoir d’attraction qui vide les territoires environnant de leur substance. Il n’y a qu’à citer les universités et les hôpitaux de pointe : ils sont tous situés dans ces métropoles. Un exemple marquant de la défaillance de notre aménagement du territoire : le projet de mise à 4 voies de la N164 qui traverse la Bretagne par le centre. Ce projet lancé en 1969 par le général de Gaulle n’est toujours pas terminé : il reste 35% du tracé à réaliser. Simultanément la SNCF ferme ses gares et remplace les trains par des cars. Toutes les villes moyennes du Centre Bretagne perdent des activités et leurs usines et voient leur population baisser.

 

On peut y ajouter la suppression du Ministère de l’Industrie. Actuellement au gouvernement, l’industrie n’existe pas, elle n’est rattachée à aucun ministère ou secrétariat d’état, alors que nous avons depuis toujours un ministère de l’agriculture. Et pourtant, l’Etat multiplie les participations industrielles via la BPI ou la Caisse des Dépôts et l’on ne parle que de réindustrialisation. Le dernier ministre de l’Industrie était Emmanuel Macron, lorsqu’il avait également l’économie et le numérique, jusqu’au 30 avril 2016. Ne doit-on pas supposer qu’il a constaté qu’un tel ministère est inutile ? Maintenant, c’est le ministre de l’Économie qui prétend mener une politique industrielle, quand il en a le temps. En fait, il n’y a pas de politique industrielle. Le ministre joue surtout au pompier lorsqu’il s’agit de fermeture d’usines à Saint Saulve (Ascoval ex Vallourec), à Belfort (General Electric ex Alstom) ou à Blanquefort (Ford). 

 

L’industrie française est en concurrence ouverte avec le Monde entier. Ce qui la pénalise, c’est le poids des charges à la fois sociales et fiscales. A ce titre, il faut reconnaître l’idée remarquable de Michel Rocart quand il a créé la CSG : au lieu de faire supporter toutes les contributions sociales par les salariés, dont notamment ceux de l’industrie, la CSG fait contribuer l’ensemble de la population avec une certaine égalité. La TVA sociale est de la même veine, mais jusqu’à maintenant les politiques n’ont pas eu le courage de la mettre en place. En réduisant les charges sociales des entreprises, elle aurait un effet puissant pour aider les industries exportatrices et les aiderait à lutter contre la concurrence en France. En effet en parallèle, les produits importés comme les produits fabriqués en France subiraient cette TVA.

Les impôts de production qui pèsent 72 milliards € sont une autre charge qui pèse sur les entreprises, qu’elles gagnent ou non de l’argent. Ces impôts ne cessent de progresser. Dans un article récent, Olivier Babeau et Jean-Baptiste Danet proposent de supprimer progressivement ces impôts et de les déplacer vers la ligne des impôts sur les sociétés : ces impôts ne seraient alors dus qu’une fois pris en compte tous les coûts de l'entreprise.

 

C’est bien d’une politique globale des territoires dont nous avons besoin, combinant une vraie réindustrialisation, une amélioration de tous les réseaux routier, ferré, communication, une dynamique de création d’activités autour d’écoles, de campus, de centres de recherche en pleine nature et surtout une véritable participation citoyenne et l'association des représentants locaux dans l'élaboration des politiques et programmes. Que cette politique soit équilibrée et qu’aucun territoire ne soit laissé à l’abandon.

 

(*) DATAR : Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale, chargée, de 1963 à 2014, de préparer les orientations et de mettre en œuvre la politique nationale d'aménagement et de développement du territoire

 

 

 

 

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commentaires

M
j'ai lu récemment que les réseaux sociaux qui ont fait le berceau des gilets jaunes, ont reçu au départ une aide décisive, par la création d'une très grande quantité de personnes fictives sur les réseaux sociaux. Donnant une force surprenante aux à l'intérieur des groupes principaux qui ont créés les gilets jaunes. Cette convergence surmultipliée a permis les premier rassemblements aux ronds pointe autour des villes. L'agence Russe de Paris est citée pour en etre responsable, au dela de nombreuses fausses nouvelles.
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