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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 20:33

Franchement, quelle idée a eu Renault de discuter fusion avec FCA. Il me semble que ce soit FCA qui ait fait les premiers pas et c'est logique car, à moyen terme, ce groupe risque fort de tomber très bas, faute d'avoir investi dans les technologies d'avenir : voitures autonomes et électriques, plates-formes communes entre l'Europe et les Etats-unis. De plus la gamme européenne est vieillissante et peu rentable. Son point fort actuel et ce qui rapporte 90% du profit, ce sont les SUV que Chrysler vend comme des petits pains. Pour combien de temps ? ce sont de gros producteurs de CO2, devenus invendables dans de nombreux pays, surtout en Europe. Dans 5 ou 10 ans, ce point fort deviendra un boulet.

 

On nous raconte et les media naïfs les premiers, qu'il y aurait eu 5 milliards d'euros de synergies entre les deux groupes. Naturellement beaucoup écoutent cela d'une oreille, sans trop y croire. Pour moi, 5 milliards d'euros de synergie, cela signifie essentiellement des réductions de coût c'est-à-dire des fermetures d'usines et des licenciements.

Les gens de Renault devaient être confiants car ils pensaient que les usines de Renault plus rentables, plus mécanisées seraient donc les dernières à fermer. Et puis Carlos Ghosn, depuis qu'il est à la tête du groupe n'a cessé de réduire les effectifs et la production en France sous l'oeil bienveillant de son premier actionnaire, l'Etat (ce que n'a pas fait PSA avec des actionnaires privés). Ce qui fait qu'il n'y a plus en France que des sites de recherche et de technologie pointue. Les volumes se fabriquent ailleurs.

Les gens de FCA cherchaient surtout à récupérer des technologies et des méthodes qui leur permettraient de se repositionner avec des produits compétitifs. FCA a déjà négocié un accord avec Tesla pour éviter de payer trop de taxes carbone et gagner du temps pour développer des voitures électriques – avec l'aide de Renault pensaient-ils ?

De plus, la famille Agnelli cherche avant tout à sauver son capital dans l'automobile. Une fois le diamant du groupe, Ferrari mis en bourse par le magicien Sergio Marchione et la richesse des Agnelli augmentée jusqu'à 40 milliards €, que reste-t'il à faire pour s'enrichir un peu plus et surtout protéger son capital ?

Pourquoi le PDG de FCA, Mike Manley a t'il vendu brusquement un gros paquet d'actions. Sans doute parce qu'il s'est rendu compte que la fusion ne se ferait pas et que la valeur en Bourse de FCA allait plonger.

 

On cherche en vain ce qu'aurait gagné Renault dans cette affaire ? Lorsqu'on regarde l'ensemble Renault-Nissan-Mitsubishi, non seulement ce sont des entreprises complémentaires sur de nombreux points mais cet ensemble a derrière lui une histoire, des réussites, des plates-formes communes, des territoires où l'un d'entre eux est fort et peut aider l'autre, en couvrant le monde entier.

Qu'apporte FCA ? des positions de force aux Etats-Unis, non pas vraiment : Nissan y est présent depuis longtemps avec une grande variété de produits et pas seulement des SUV, avec des voitures électriques, des usines compétitives et est mieux positionné à moyen/long terme. Avec Nissan, la stratégie de Renault a été de se développer sur d'autres marchés où Nissan n'était pas présent comme la Russie, pour le plus grand bien de l'Alliance.

De plus, l'histoire récente montre que les alliances franco-italiennes sont compliquées et la réussite est peu fréquente (voir Essilor-Luxotica, les aventures de Bolloré avec Mediobanca). Une fusion serait remplie d'embûches que l'on sous-estime toujours.

 

On entend déjà que le président Jean-Dominique Senard a été fragilisé parce que, s'étant très engagé en faveur de la fusion, il aurait été en quelque sorte doublé par son ministre, Bruno Le Maire qui a joué un rôle tel que tous les partenaires sont maintenant effrayés par la présence de l'État au capital de Renault et par ses exigences, et au premier chef FCA. Jean-Dominique Senard a été en fait fragilisé par une erreur stratégique fondamentale, celle de s'engager dans ce projet de fusion qui n'a aucun sens pour le mega groupe Renault Nissan Mitsubishi, qui vient au contraire perturber la relation déjà troublée par l'affaire Ghosn. On peut se demander si il est toujours l'homme de la situation pour continuer de construire le seul attelage qui ait un sens à moyen et long terme, l'alliance avec Nissan et Mitsubishi. Maintenant, il faut qu'il répare d'urgence les dommages faits à l'Alliance et se préoccupe d'abord de continuer à la renforcer avec toujours plus de projets communs et de stratégies complémentaires et à supprimer tout élément d'incompréhension, de fragilité et d'éloignement.

 

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