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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 20:10

La décision de la commissaire européenne à la concurrence interdisant la fusion entre Alstom et la division ferroviaire de Siemens a provoqué de nombreuses réactions dans la presse et parmi les politiques français, notamment au gouvernement. Ce qui est remarquable est que les syndicats ont manifesté leur satisfaction à l'annonce de cette décision. N'ont-ils pas raison face à un projet de mécano industriel dont on peut douter qu'il crée réellement de la valeur et des emplois ?

 

Ce battage médiatique m'amène à quelques réflexions. L'on se bagarre curieusement sur la restructuration supposée nécessaire d'une industrie qui a plus de 150 ans d'âge et dont la production est déjà fortement concentrée. Cette industrie construit du matériel où l'innovation technique est très limitée et la croissance des ventes encore plus limitée. A l'évidence, une fusion entre deux entreprises concurrentes conduirait à des efforts de rationalisation, de réduction des coûts et très probablement à des réductions de personnel – en cela on peut qualifier l'attitude des politiques, notamment de ceux qui nous gouvernent, d'irresponsable.

De plus, même si les discours convenus prétendent qu'il s'agira d'une fusion entre égaux, bien naïfs sont ceux qui le croient. Il n'y a pas de fusion entre égaux, l'une des entreprises prend toujours le pas sur l'autre. C'est comme cela que Lafarge est devenue une filiale d'Holcim. Qui souhaite qu'Alstom devienne une filiale de Siemens ?

Plus grave, nous avons affaire à deux entreprises plus que centenaires, dont les cultures sont différentes ; en particulier les modes de management de projet dans les groupes allemands et français sont notoirement différents et même opposés : très rapidement ceci générera des blocages et des incompréhensions, de l'inefficacité, des pertes de temps et des difficultés pour agir rapidement.

 

Un élément remarquable qui devrait nous convaincre : les Etats-Unis ont très peu de présence dans ce domaine industriel et leur dernier constructeur de locomotive a été mis en faillite il y n'y a pas longtemps. Ils investissent plutôt dans des projets futuristes comme Hyperloop. Sommes-nous sur la bonne voie quand nous prêtons tant d'attention à cette industrie vieillissante, à la merci de nouvelles technologies, radicalement innovantes – pensons à Joseph Schumpeter, économiste auteur de la "destruction créatrice" ?

 

Le prétexte à ce projet de fusion est la menace supposée du mastodonte chinois qui fait déjà actuellement un chiffre d'affaires double de ce que ferait le groupe Siemens-Alstom réuni. Ce mastodonte fait plus de 90% de son chiffre d'affaires en Chine et contrairement à ce qui est souvent dit, ne remporte pas, loin de là, tous les marchés à l'export. Si ce groupe bénéficie d'aides d'État – ce qui est quasi certain, de financements de connivence de la part des banques chinoises, ce qui est également certain, la concurrence sur les marchés export est déloyale. De plus la Chine en Afrique notamment, prête abondamment de l'argent aux états impécunieux pour qu'ils achètent des équipements Chinois et lancent des projets d'infrastructures notamment ferroviaires. A l'évidence, ce n'est pas parce qu'Alstom et Siemens fusionneraient que cela changerait un iota de la situation. Pour cela, et c'est moins facile pour nos politiques, il faudrait batailler à l'OMC, au G20 et sur d'autres forums internationaux. En particulier, il faudrait continuer d'avancer avec les pays africains sur des relations équilibrées de partenaires, les aider à développer leur économie en totale autonomie ; ces derniers se rendront compte bientôt qu'ils sont en train de se faire coloniser économiquement par la Chine.

A l'opposé, la situation actuelle de concurrence entre Alstom et Siemens permet aux clients de choisir entre des solutions différentes et pas seulement entre deux mastodontes Chinois et Européen.

 

Sur ce plan, les clients du monde entier, bien au-delà des pays européens hors Allemagne et France qui ont bataillé contre la fusion – ce que la presse et les politiques oublient de mentionner, seront heureux de constater : merci Margrethe Vestager.

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