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18 janvier 2019 5 18 /01 /janvier /2019 16:29

Une catastrophe naturelle de plus a touché la région de l'Aude dans la nuit du 14 au 15 octobre 2018. Les politiques se sont manifestés très vite pour faire part de « l'émotion et de la solidarité de toute la nation ». Ces inondations rappellent celles des 12-13 novembre 1999 qui avaient occasionné, dans la même région, 25 décès, 200 000 personnes sinistrées et 610 M€ de dommages selon Les Echos. Cette fois-ci, le bilan provisoire est de 11 morts et la crue de l'Aude approche le record de 1891. En fait, dans cette région, les crues torrentielles sont fréquentes, avec une périodicité au moins décennale.

 

Les PAPI et Vigicrues Flash

Des programmes d'action de prévention des inondations PAPI sont en cours pour investir dans des réalisations diverses pour réduire l'effet des crues dans la région : construction de digues, re-calibrage des cours d'eau, suppression de piliers de ponts, création de bassins de rétention,... De 2006 à 2014, 81 M€ ont été ainsi investis par les collectivités avec l'aide de l'État. Et les collectivités se plaignent de la lenteur d'exécution de ces investissements et que les crédits tardent à être consommés.

 

Un dispositif d'alerte Vigicrues Flash se met en place pour les mairies. On note en passant qu'une alerte reçue par une mairie un dimanche soir a peu de chance d'atteindre les premiers intéressés, les habitants de la commune. Ce dispositif paraît très insuffisant comparé aux possibilités techniques actuelles de joindre les personnes concernées. Pourquoi, n'y aurait-il pas un dispositif d'envoi en nombre de textos à tous les habitants de la commune (qui souhaiteraient être abonnées?)

 

En fait tous les plans évoqués ne visent que les effets secondaires de ces intempéries exceptionnelles. Cela fait penser à Fukushima : on construit des digues pour empêcher les inondations. Manque de chance, le prochain tsunami — le prochain orage dans le cas de l'Aude, est plus violent que prévu et les digues sont inopérantes.

 

Des ouvrages conjurant les catastrophes récurrentes

Et pourtant il nous arrive que, face à des conditions naturelles catastrophiques et récurrentes, on finisse par réaliser des ouvrages qui suppriment ces conditions et remédient largement aux causes sinon en limitent les effets.

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Un bel exemple est celui du Riou Bourdoux dans la vallée de l'Ubaye, qui au XIXè siècle, suite aux orages, envahissait régulièrement la vallée de boues schisteuses noires qu'on ne pouvait stopper. Le déboisement intense de la montagne que les gens du pays pratiquaient à l'époque, pour augmenter les surfaces cultivées et consacrées à l'élevage, ne faisait qu'empirer la situation. Jusqu'au jour où l'Ubaye a failli être barrée par le torrent de boue. Alors de grands travaux ont été entrepris : reboisement de tout le versant, construction de petits barrages en escalier tout le long du torrent. Ces petits barrages empêchent la boue d'être entrainée et de poursuivre sa descente vers la vallée. Le reboisement systématique de la montagne a permis d'éviter que les pluies se transforment quasi instantanément en torrent : l'eau des pluies d'orage est retenue par la végétation et s'écoule lentement. Depuis la réalisation de ces travaux, il y a 150 ans et leur entretien par les Eaux et Forêts, on ne parle plus du Riou Bourdoux, sauf pour y faire des randonnées.

 

J'observe qu'on semble avoir oublié cette leçon plus haut dans la vallée de l'Ubaye, car les torrents de Faucon et du Bourget, envahissent régulièrement les terres autour leur lit et passent au-dessus de la route principale qui parcoure la vallée. Les maires accordent des permis de construire dans les zones inondables et il semble que le style des petits barrages du Riou Bourdoux n'ont pas encore été adoptés pour ces torrents.

 

Un exemple d'une toute autre dimension est la construction du barrage de Serre-Ponçon en 1960, après plus d'un siècle d'études. Sa réalisation a été longuement différée parce que les techniques et technologies n'existaient pas encore pour résoudre les difficultés d'une construction sur un terrain incertain et peu solide. Ce barrage a vraiment transformé la vallée de la Durance en domptant le fleuve, régularisant les crues torrentielles de l'amont, éliminant les inondations et en irriguant les terres agricoles sur plus de 100 km. Et grosse cerise sur le gâteau, le lac de Serre-Ponçon est devenu un espace de loisir et de vacances dont le succès grandit chaque année.

 

Clairement, dans chaque cas ci-dessus, on s'est attaqué à la source des catastrophes pour en supprimer les effets de manière durable et avec des conséquences bénéfiques.

 

Pourquoi ne lance-t'on pas un projet de ce type pour supprimer définitivement les conséquences des crues torrentielles et régulariser le débit des cours d'eau dans l'Aude ?

On peut certainement imaginer la construction d'une série de barrages en amont des zones habitées qui pourraient être largement vidés hors de la saison des orages, qui constitueraient des tampons lors des orages avec un débit limité. En parallèle, il serait bon de poursuivre des actions de reboisement des versants pour augmenter la capacité d'absorption des terrains et réduire l'érosion. Et la cerise sur le gâteau serait au moins une production d'électricité à la place de crues désordonnées et dévastatrices.

 

Il semble que l'Etat n'ait pas le courage de lancer ce type de projet et préfère continuer à soigner les effets, alors que les gens du pays peuvent légitimement considérer qu'ils sont abandonnés, au moins partiellement. Le choc des inondations et des destructions massives n'est pas seulement économique, il atteint aussi le moral et la volonté des gens de rester où il sont, dans ces terres auxquelles ils tiennent.

C'est alors à la région et aux collectivités locales de se mobiliser, de lancer des études, d'interpeller EDF pour qu'elle s'attelle à des études concrètes.

Mais vont-ils y aller ou attendre la prochaine catastrophe ?

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