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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 20:26

Le 13 novembre 2018, Blablacar annonce qu'elle rachète pour un montant non dévoilé la filiale de cars longue distance de la SNCF, Ouibus – appelée idBus lors de son lancement en 2012. A regarder les chiffres cités dans cette annonce, on peut s'interroger sur la valeur de ce montant  : en 2017, Ouibus a perdu 35 M€ sur un chiffre d'affaires de 55 M€, en achetant littéralement 12 millions de voyageurs soit 40% du marché, ce qui constituait parait-il, un énorme succès. Je ne peux que féliciter tous ces voyageurs qui ont su bénéficier de ces prix cassés.

Ouibus a accumulé 165 M€ de pertes de 2013 à 2017 et au moins 25 M€ en 2018. Mais c'est une goutte d'eau dans l'océan des 40 milliards € de pertes de la SNCF que l'Etat s'est fait un plaisir de reprendre en 2018 pour les mettre à la charge de tous les contribuables français d'aujourd'hui et des décennies futures

 

Il est aussi annoncé que SNCF achève de modifier le modèle économique de Ouibus en confiant 90% de l'activité à des sous-traitants et des "franchisés". Franchement, on peut espérer que notre cher groupe public n'a pas dépensé un centime dans l'achat de cars et qu'elle n'a pas recruté de chauffeurs. On peut comprendre que ce modèle économique convienne à Blablacar : cette dernière n'est qu'un intermédiaire de mise en relation, elle ne possède aucun véhicule, ce sont les automobilistes qui les fournissent et en sont les chauffeurs. Avec des bus détenus par ces sous-traitants et conduits par leurs chauffeurs, c'est cohérent.

Il est cependant douteux que la stratégie des prix cassés soit poursuivie : l'intérêt de Blablacar n'est certainement pas de remplir les cars à tout prix, ce ne sont pas les siens. On peut imaginer que Blablacar s'appuiera sur sa plateforme et son réseau européen : c'est le message actuellement diffusé. Mais comment développer une offre transnationale avec des sous-traitants et franchisés qui sont certainement présents très majoritairement dans une seul pays ? alors que les deux grands concurrents que sont Transdev et Flixbus sont déjà solidement implantés dans la plupart des pays d'Europe. Il a bien été annoncé que Ouibus n'a développé une activité qu'en France, donc avec des sous-traitants français

L'abandon du nom Ouibus est déjà annoncé et je ne serais pas étonné que l'on ait du mal à trouver un nouveau nom et que cette activité va doucement disparaître, ce qui permettra à la SNCF de sauver la face ! il parait donc logique que le montant du rachat soit proche de 1 € et la boucle est bouclée.

 

Un abandon prévisible

 

Mon fidèle lecteur peut relire l'article du 13 juin 2015 à http://le.gargaillou.over-blog.net/2015/06/la-guerre-des-bus-aura-t-elle-lieu.html : l'échec de Deutsche Bahn face à Flixbus après moins de 3 ans de guerre des bus en Allemagne laissait prévoir celui de SNCF face à ce même Flixbus et Isilines, filiale de Transdev.

Toute la communication prédisant que les cars Macron prendraient le marché du covoiturage s'est avérée fausse dans l'esprit des stratèges de la SNCF : en fait avec Ouibus en France, SNCF a vite considéré que c'était un concurrent des TGV qui se manifestait. Se débarasser de Ouibus devenait nécessaire avec la mise en oeuvre des TGV "lowcost" Ouigo 

Toutefois dans de nombreux pays, les cars longue distance se sont développés, créant une nouvelle offre économiquement viable parallèle aux trains. C'est le cas en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne. Explication : la SNCF a de tels coûts fixes, qu'il lui est impératif de remplir tous ses trains au maximum et de ramasser la plus grande part de marché possible, là où ses trains circulent. Dans les autres pays, les concurrents ont appris à s'adapter. A quand la restructuration drastique que l'on ne cesse de différer ?

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